Tindersticks - Le Fil
Tindersticks – Le Fil

Les Tindersticks faisaient escale au Fil à St-Etienne la semaine dernière. Je me souviens de mon premier concert avec la bande à Stuart Staples en avril 1994 au club du Transbordeur à Lyon, bien avant son déménagement de Nottingham vers les profondeurs du Limousin.

Tindersticks

A l’époque, j’usais leur premier disque dans mon discman (sic !), je l’avais acheté par hasard à cause de la pochette, une Carmen à la robe pourpre emplissant totalement le carré de plastique, oeuvre de Suzanne Osborne, l’épouse du dandy crooner dont le Skies, September ’10–September ’11 orne le dernier somptueux album, The something rain. Pochette à la fois splendide et minimaliste, le mot Tindersticks venant simplement indiquer le nom du groupe avec au dos les 21 titres (+ Fruitless sur le vinyl) de ce ‘début’ album déjà monumental. J’avais été attiré par les instruments à vent utilisés, basson, clarinette, hautbois, saxophone soprano, ce qui n’était pas si courant dans la musique dite populaire en pleine britpop war. J’ai suivi attentivement par la suite leur pérégrinations, notamment leur précieuse collaboration aux films importants de Claire Denis. Quelle émotion donc de les revoir dans ce très bel écrin pour leur musique délicate qu’est Le Fil, la salle de concert des musiques actuelles de St-Etienne, salle, je ne le soulignerais jamais assez, particulièrement accueillante, où la sécurité vous dit « bonjour » et « au revoir » sans vous virer d’un bar sympathique particulièrement bien achalandé.

Tindersticks - Le Fil
Tindersticks – Le Fil

Je fus happé immédiatement par l’ambiance feutrée, les lumières tamisées et les sonorités à la fois chatoyantes et apaisantes du quatuor en costume. Stuart tantôt à la guitare électrique, tantôt à la guitare acoustique susurre ses textes de sa voix inimitable, burinée au single malt ou à la liqueur de gentiane auvergnate, dans un sucré salé qui vous enivre. Le dernier magnifique album est bien sûr à l’honneur avec ses teintes jazzy magnifiées par le jeu tout en finesse du batteur que les claviers chaloupés viennent moderniser. C’est classe mais sans fatuité, on oscille entre mélodie et psalmodie, le public retient son souffle pour écouter attentivement cette messe musicale où parfois résonnent les cloches célestes maniées avec grâce par David Boulter. Quand Staples remercie dans un souffle à la fin des chansons, le public peut relâcher la tension qui est perceptible dans la salle. Bien sûr des morceaux plus joyeux percent ce spleen diffus, la langueur n’est jamais monotone comme dans ce This Fire of Autumn où les objets du passé nous prédisent les incertitudes de l’avenir. Cette invitation au voyage se clôt après deux rappels, Stuart est un taiseux, il a trouvé son bonheur dans le Limousin avec son studio, Le Chien chanceux, mais ce soir là, au Fil, c’est nous qui étions verni de soigner notre mélancolie avec la Medecine des Tindersticks.

Tindersticks – This Fire of Autumn

Les Tindersticks seront en concert avec Lambchop et Mermonte le 7 novembre à La Cigale à Paris au festival des Inrocks.

Date : 14 octobre 2012
Lyonnais qui revendique sa mauvaise foi car comme le dit Baudelaire, "Pour être juste, la critique doit être partiale, passionnée, politique...", Davantage Grincheux que Prof si j'étais un des sept nains, j'aime avant tout la sincérité dans n''importe quel genre musical...
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