Sourire et Sueur : Monogrenade au point Ephémère

Monogrenade
Monogrenade
Monogrenade

Jusqu’ici on est d’accord, le mois de Novembre est un mois pourri. Premièrement, il pleut et dieu sait que ça énerve, et en plus de ça, c’est la crise, les gens sont maussades, gris comme mes gouttières, et pas causant pour un sou. Phénomène intéressant, le quidam de base commence toujours vers cette période à nous ressortir son album diapositives de vacances à La Baule, le club chill-out, le soleil, et cette jolie secrétaire à qui il aura langoureusement murmuré « t’as de beaux yeux tu sais » entre deux Pina Colada aussi pâteuses que ses intentions. (Et je ne vous parle même pas de mes factures on s’en sortirait plus.)

Heureusement, dans ce marasme insupportable qui caractérise l’arrivée des saisons froides, l’Homme, toujours à la pointe de l’innovation, à crée, et je vous le donne en mille (sept-cent parce que c’est vous) « La musique pour quand il fait moche ». La musique pour quand il fait moche, me direz vous, l’air hagard et les yeux bovins, qu’est-ce que c’est. Et bien mes ptits loulous (on est entre nous maintenant), la musique pour quand il fait moche, c’est Monogrenade.

Discographie

Monogrenade

Si l’on vous rabâche les oreilles avec Monogrenade, c’est bien parce que c’est un pur joyau. C’est comme ça, on n’y peut rien, il y a certains artistes qui forcent l’admiration, et ce petit groupe tout droit venu de Montréal et des climats qui en découlent a une science toute canadienne quand il s’agit d’adapter une musique à une saison. Ecouter le formidable album Tantale, c’est savoir apprécier une tasse de thé ou plus fort en face d’une vitre froide, tout en contemplant les intempéries hivernales dont on est fort heureusement à l’abri. Le sublime La Marge derrière la neige, M’en Aller, en voiture vers des contrées plus chaudes, voilà très clairement un programme magnifique pour les quelques mois à venir. Pour plus d’informations sur Tantale, je vous redirige avec un certain talent vers l’article traitant de l’album en question. (C’est moi que j’l’ai écrit, vous verrez c’est très bien.)

Ce lundi après-midi, mollement affalé dans l’amas coussineux qui me sert de canapé, je me réveillais tranquillement, Tantale dans les oreilles, quand me vint l’idée qu’il faudrait, quand même, après tout ce temps, que je vois un concert de Monogrenade. Ça tombait relativement bien, c’était le soir-même. Dans l’affolement et la précipitation toute naturelle qui s’ensuivirent, le téléphone greffé à l’oreille, je contactais l’excellent Label Atmosphérique pour supplier à genoux (quoiqu’au téléphone ce fut peu visible) qu’on m’alloue un pass.
Pass en poche, sourire aux lèvres et gagnants du concours Monogrenade sous le bras, nous voilà donc gaillardement partis vers le Point Ephémère, près du riant quartier de Jaurès, principalement connu pour son magnifique canal et la facilité déconcertante avec laquelle vous pouvez y finir lesté d’un plomb de vingt kilos aux chevilles.

L’excellente idée des organisateurs, ce soir-là, avait été d’inclure une première partie drivée par les très bons et nouveaux arrivants We Are Knights, sorte d’electro-rock languissante et enchanteresse, toute en lignes de basse, en nappes profondes et en arpèges mélodiques de guitare. Excellente idée car, et je le soutiens, aucun groupe de folk de la scène actuelle française n’aurait tenu la comparaison face à la machine de guerre que fut Monogrenade. Il fallait s’éloigner du genre pour trouver, partir à l’exact opposé, et finalement rafraîchir avec deux concerts en un, deux thèmes de soirées diamétralement opposés, mais également jouissifs pour nos oreilles. Quand ils sont pas trop occupés à fermer, ils sont quand même pas mauvais, au point Ephémère.

We Are Knights, donc, et une première partie de première partie (suivez, un peu) sans faille, peut-être même un peu trop lisse pour accrocher définitivement l’oreille. Sur les derniers morceaux toutefois, les jeunes Parisiens rentrent dans une dynamique plus sombre, le mannequin absolu leader de groupe écorche enfin un peu sa voix, prenant dans les aiguës des accents de Brian Molko (Placebo, merde, vos classiques bon sang.) les rythmiques s’approfondissent, et on décolle, vraiment. Ces quatres loulous font vraiment partie des nouveaux groupes qu’il faut suivre, et écouter. (En concert à Sannois [si si, ça existe] avec les très bon Bewitched Hands, le 9 Novembre, n’hésitez pas.)
https://www.youtube.com/watch?v=AXb_ui6ngQs

Entre deux cigarettes et un changement de set (je ne trompe personne, il faut en fait quarante-sept cigarettes pour passer le temps d’un changement de plateau), Monogrenade arrive enfin, sous les applaudissements, sur la scène du point. Deux violonistes, une violoncelliste, un bassiste, et un batteur (mais était-il réellement humain ?) et le leader, guitariste et pianiste du groupe, Jean-Michel Pigeon, grand diable souriant et visiblement ravi d’être ici. Et quelle énergie déploient-ils dès les premières minutes, avec la sublime introduction en lente montée apocalyptique de violons, et son final orageux ! Dans ce genre de concerts, on laisse très vite tomber les termes techniques pour se laisser porter par le courant, ce fil ténu et léger de la folk, la fausse tranquillité de La Marge, le dantesque l’Araignée et ses plages hantées, et le groove claqué d’Immobile. Tout un panel de ce que ce genre de musique peut offrir de meilleur. La surprise réside bien sur dans cette légère persistance Radioheadienne qui semble titiller l’esprit de Monogrenade, et leurs plages torturées, explosives, tout en percussion blastiques.

Monogrenade – L’araignée

Le batteur de Monogrenade, sous ses airs d’oncle à pique-nique, abrite un furieux expert du tom basse, un professionnel de la cage thoracique qui résonne. Sous l’effet de son jeu, les promenades mélancoliques deviennent des parades orageuses, la moindre mélodie se remplit de rage, et de fureur. Quel effet, bon sang, lorsque le final d’Escapade dévoile ses pleins et ses déliés, l’intensité de son jeu et la splendeur de ses cymbales. On était venu écouter de la folk, nous voilà plongés dans une tempête de violons et de grosse caisse, de guitares déchaînés : la concentration et l’effort sont visible sur le visage de la violoncelliste, elle tient toute la veine des morceaux, Jean-Michel Pigeon lui, exulte, perd sa sangle de guitare, finit le morceau à genoux, tout en sueur et en sourires. Lors du final, il débranchent leurs instruments et gueulent, guitares à sec, et repris par tout le public, la chanson « De toute façon » et ses lyrics « même s’ils veulent nous faire taire, nous on fera toujours c’qu’on à a faire, on fait les cons. »

Dehors, on fume, enfin. Les amis des amis sont souriants, l’air un peu ailleurs, emportés. Les couples boivent en riant devant le canal noir. Quelqu’un lâche enfin un « C’était bien, putain. »

Elles sont toutes comme des fauves,
Et nous des somnambules,
On s’entasse les uns sur les autres…

Monogrenade, d’un autre oeil.

Date : 5 novembre 2012

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