Nouveau projet pour Pierre-Louis François (Headcases, Luis Fransesco Arena, Le Prince Miiaou) avec RubiCan. Un premier EP, Brise-Lame est sorti en mai avant un deuxième à l’automne. L’occasion d’en savoir un peu plus sur ce virage pop solitaire et solaire.

On te connait avec ton précédent projet Luis Francesco Arena calme, acoustique, envoûtant, lyrique parfois, qu’est ce qui t’a poussé à changer de direction avec RubiCan ?

Les choses se sont faites par hasard, à la suite de Stars and Stones, dernier album de LFA (Luis Francesco Arena), j’ai voulu bouleverser mes habitudes de composition pour essayer de me renouveler et ne pas refaire le même disque. Au lieu de composer à la guitare acoustique comme j’en avais l’habitude, je suis parti de petits gimmicks de guitare ou de chant, pour ensuite tout réarranger devant mon ordinateur en triturant les sons, les structures et les harmonies. J’avais envie de quelque chose de plus électrique et de moins feutré pour ces nouvelles chansons, c’est pourquoi j’ai utilisé beaucoup de boite à rythmes et de claviers.
Je pensais aussi inclure le français comme un nouvel outil de composition. Au final, je me suis rendu compte que le résultat était très loin de l’univers de LFA, il m’a paru évident qu’un nouveau projet venait de voir le jour et qu’il était peut être temps pour LFA de prendre une petite pause…

Au début je croyais que le mot RubiCan était anglo-saxon, or il vient de l’italien rabicano, (de rabo, queue, et cano, blanc), donc un terme lié aux chevaux et à leur robe tachetée, pourquoi ce choix souvent difficile pour un nom de groupe ?

Le nom du projet a été le point le plus compliqué à définir contrairement aux chansons qui sont nées assez instinctivement. Je voulais un nom qui ne soit pas forcement identifiable au niveau de la langue, et qui sonne bien à mes oreilles… Après maintes et maintes recherches, je suis tombé sur ce mot qui m’a tout de suite plu. La petite trentaine m’a apporté pas mal de cheveux blancs… J’ai trouvé le clin d’œil amusant. Pour être honnête ça ne va pas plus loin que ça !

RubiCan – Par delà la pudeur

Tu es seul sur ce projet ou il y a d’autres musiciens ?

Je suis seul à composer, Benjamin Mandeau mixe les morceaux et m’aide à affiner les sonorités, notamment les claviers. Je suis content de tout gérer pour ce projet mais je trouve indispensable de passer par le filtre de Benjamin pour redonner un peu de fraîcheur à mes idées.

Les sonorités sont beaucoup plus synthétiques, pourquoi ce choix ? quelles influences t-ont poussé dans cette direction ?

J’avais déjà amorcé ce virage électronique dans le dernier album de LFA avec le morceau de clôture Containers.
J’adore programmer les boites à rythmes et triturer les sons… Je dois avouer que l’ordinateur m’a offert les voies d’exploration dont j’avais besoin pour réinventer ma musique. Après une dizaine d’années sous le nom de LFA j’avais besoin de reprendre les choses à zéro pour retrouver une certaine liberté et un champ d’exploration de nouveau vierge. Je dirais que des groupes comme Son Lux, St Vincent, et plus largement le travail de production de John Congleton m’ont pas mal inspiré dans cette direction.

Pourquoi ce titre Brise-Lame ? L’âme ?

J’avoue avoir pensé à ce jeu de mot…
J’ai un petit faible pour les noms composés, j’aime le fait que deux noms prennent un sens différent lorsqu’ils sont réunis. Le brise-lames, c’est une protection qui empêche les vagues de submerger le pont d’un navire, ça peut être aussi une digue de protection. J’aime l’idée de fragilité qui en découle, un dernier rempart de protection empêchant un désordre éventuel, en même temps c’est un outil censé garantir un état de calme et de sérénité même si les choses peuvent basculer à tout moment.

« La pudeur s’est égarée quand la laideur s’en est mêlée », qu’est-ce qui est laid aujourd’hui ? trouves-tu que l’on manque de pudeur ?

Oui complètement, je suis assez souvent embarrassé par le manque de pudeur qui prédomine dans notre société qui cherche à communiquer à tout prix et à tout va… Ce systématisme de la mise en avant de l’individu même s’il n’a rien à raconter, je trouve ça assez troublant… Malheureusement pour pouvoir exister un minimum en tant que musicien aujourd’hui, tu es obligé de te mettre en avant d’une manière ou d’une autre, notamment via les réseaux sociaux… Tu dois souvent recourir à une sorte d’auto-promotion pas forcément facile à assumer en ce qui me concerne… Je rêve du temps ou le simple fait de jouer de la musique suffisait à sortir un disque et aller le jouer en concert. Maintenant quand tu es musicien tu dois pratiquement tout gérer, j’y trouve du bon et du mauvais…

« La pudeur est une question d’éclairage. » affirmait Etienne Rey dans l’Amour de Stendhal. Tu en penses quoi ?

La pudeur est une question d’éclairage et c’est souvent dans l’obscurité, lorsque l’on prend le temps d’observer, qu’on peut déceler des trésors pas immédiatement visibles au premier regard. Mais la pudeur cache parfois des sentiments inavoués qui s’échappent et sèment le désordre lorsque les garde-fous de la colère se rompent.

RubiCan

Tu as des artistes qui chantent en français qui t’inspirent ou que tu aimes particulièrement ?

Pas vraiment pour être honnête, je n’ai pas une bonne culture « chanson française », je n’en écoute pratiquement pas…

Brise-Lame est un EP 5 titres, la suite est déjà dans les tuyaux ? tu es dans une démarche de recherche de label pour ce projet ?

Mon second EP est déjà enregistré, j’espère le mixer prochainement pour pouvoir le sortir à l’automne. Pour le label je travaille déjà avec « A tant Rêver du Roi » qui a sorti Brise-Lame, ainsi que l’album de Francky Goes to Pointe-à-Pitre groupe auquel je participe. C’est un label de Pau qui sort énormément de bons groupes comme Tom Bodlin par exemple… Je vous invite à visiter leur site, il est fort probable que mon second EP sorte chez eux également.

Tu joues pour Le Prince Miiaou et Francky Goes to Pointe-à-Pitre, quelle(s) collaboration(s) te ferait rêver ?

D’un point de vue créatif j’adorerais collaborer avec John Congleton. J’ai déjà travaillé avec lui pour la production de deux de mes disques, je n’irais pas jusqu’à dire qu’il est un ami mais le courant est bien passé entre nous. Je suis assez admiratif de son travail au sein de ses groupes The Paper Chase et plus récemment Nighty Nite.

Tu vas tourner avec RubiCan ? des dates à mettre en avant ?

Oui j’espère beaucoup ! Quelques dates devraient apparaître pour le Printemps, je vais essayer de m’y atteler le plus possible.

Peux-tu nous faire ta playlist du moment ?

Son Lux - Bones


Refused - Freedom


Tame Impala - Currents


Scott Walker - Bish Bosch

Un artiste méconnu à faire découvrir ?

Allez donc jeter une oreille sur l’album de mon ami Parad, ça s’appelle Le Bonheur Inquiet, il est sorti il y a quelque temps déjà, j’ai pas mal participé aux guitares et aux chœurs sur ce disque.

Parad - Le Bonheur Inquiet

Un livre, un film, une boisson, un lieu particulier pour l’été ?

Éclade de moules avec un verre de vin blanc à la Tremblade en Charente-Maritime…Ressourçant !!!
Je n’ai pas le temps de lire en ce moment, c’est une catastrophe !

RubiCan - Brise - Lame