Après avoir publié le très électrique Nu là-bas en 2013, Tété a laissé du temps au temps en s’éclipsant de la scène pendant 18 mois pour écrire des chansons. Aujourd’hui, Tété est surtout un musicien nu à La Java: aucun artifice, une guitare et des chansons…

Tété décide donc de revenir aux sources de son métier et inverse le cours des choses. D’habitude, une tournée de 25 dates fait suite à la sortie d’un album. Tété fait le contraire en jouant ses chansons gratuitement dans les médiathèques d’une France délaissée avant de rentrer en studio. Grâce à cette démarche, l’auteur Fils de Cham ou d’Emma Stanton tisse de nouveaux liens avec son public.

Tété est peut-être l’un des seuls a avoir compris les bouleversements majeurs qu’a subi l’industrie musicale.

Commence se déroule cette tournée ?

Tété : Je vais te parler uniquement de ce qui est arrivé. Je suis au tout début d’une tournée qui a plus de 25 dates. Pour l’instant, c’est dément. Je n’ai pas d’autres mots. Cela fait quinze ans que je fais ce métier.
Il n’y a aucun enjeu et les gens sont au rendez-vous. La plupart des concerts sont gratuits car ils se jouent dans des médiathèques. Et je reviens dans des petits lieux. On remet les gens au milieux de l’histoire. Pour les nouveaux morceaux, il y a une belle écoute de la part du public et les retours sont plutôt très bons.

Cela fait un an et demi que j’avais arrêté de tourner. J’ai travaillé à la maison. J’ai eu le temps de travailler les choses en profondeur. Je n’ai pas eu ce sentiment « Il faut utiliser cette chanson tout de suite, le soir même ». Il y avait une absence d’enjeux. Je pouvais passer deux ou trois mois sur une chanson.

Rose & Tété – La Java – Mercedes Benz

Ta tournée passe par des endroits souvent délaissés par les tournées. Tu fais comme Paul Weller qui a décidé il y a quelques années de faire une tournée uniquement pour les villes traditionnellement laissées de coté par les tourneurs.

Tété : Je ne connaissais pas cette tournée mais merci pour ce beau parallèle. J'ai commencé mon métier avec une guitare dans la rue et les bars. Je reviens aux sources. J'ai grandi dans le Nord Est et je n'étais jamais allé en Bretagne avant de jouer de la musique. J'ai donc découvert la Bretagne lorsque j'ai commencé à jouer de la musique. Mais pour des raisons matérielles, je n'étais jamais retourné dans ces petites salles où j'ai débuté.
Quand tu es X personnes sur scène, quand tu es X personnes sur la route, tu oublies ces petites salles. J'ai donc décidé de retourner dans ces lieux car c'est là où tu prends le plus de plaisir.
J'ai fait deux tournées à l'étranger, une au Japon et une au Tahiti. C'était génial et elles vérifient l'adage "pour voyager loin voyager léger."
J'ai réussi à aller jouer aux États-Unis, au Japon et j'ai délaissé la Bretagne. C'est fou !
Pour moi, la Bretagne est une terre très particulière. Je suis un grand fan de la musique celtique et j'adore la musique folk. Cette terre est à la confluence de tous les courants.

Tu as l'impression de renouer un lien particulier avec ton public avec cette tournée ? J'ai vu que tu faisais aussi des covers du mardi ?

Tété : Absolument. Notre métier a évolué. Il y a eu des vents contraires et au fur et à mesure on te demande d'être comme une entreprise. Il te faut toujours avoir plus de fans, faire toujours plus de chiffre.
C'est comme si tu faisais ton anniversaire chez toi avec 4000 personnes. Résultat : tu ne vois personne.
Là j'essaye d'instaurer de nouveau un dialogue. J'ai, comme tous les artistes un public avec deux facettes. Des gens qui ont entendu une chanson et demie de toi à la radio et les autres qui te suivent après chaque album.
J'en suis où je suis grâce à ces deux parties du public. A chaque album, je reviens vers cette famille qui me voit grandir.
Toutes les idées pour tisser ces nouveaux liens ne viennent pas de moi. Le mardi, je faisais des reprises pour me faire plaisir. Une personne, sur Twitter, a eu cette idée géniale de faire reprendre mes chansons par des gens de mon public. Et il y a des super versions !!

Sur cette tournée, tu reviens avec une guitare. Ce dépouillement est un prélude à l'album ?

Tété : Complétement. Après ma dernière tournée, qui était une histoire musicale et humaine superbe, je me suis aperçu que le poids des choses de te faire perdre le contact avec l'essentiel. J'ai décidé de revenir à la base, à l'essence même des chansons. Plus il y a de monde sur les tournées, plus les salles sont grandes, plus tu passes ton temps à vouloir les remplir. Et au final, tu oublies de faire de la musique.
Je vais te raconter une histoire. Un bûcheron voulait se construire une maison. Sa femme lui demande quels matériaux il va utiliser. Il lui répond qu'il va la faire en béton.
Mais la maison s'affaisse sous le poids du béton. Le type n'arrête pas de remettre du sable. Et à force de remettre du sable, il oublie de faire son métier. Et il s'aperçoit qu'il ne peut plus l'exercer. C'est pareil pour mon rapport aux tournées.

Donc tu reviens, comme aurait dû faire le bûcheron, au bois ?

Tété : Oui au bois de la guitare. Notre métier a changé. Un mec m'expliquait qu'on revenait aux années 50 avec une petite structure, avec un album tous les ans et des tournées. Bref, ce nouveau Far West est très excitant.

Et où en es-tu pour ce nouveau disque ?

Tété : J'ai toutes les chansons. Je rentre bientôt en studio. J'ai hyper hâte.

Tu as des choses que tu ne publieras pas ?

Tété : Oui, comme toujours. En un an et demi, j'ai essayé pas mal de choses. Là, je peux enregistrer une trentaine de chansons.

Quelles ont été tes sources d'inspiration ?

Tété : J'ai voulu revenir à l'essence de la guitare. J'ai écouté des guitaristes anglo-saxons qui utilisent un accordage particulier. Du coup, leur son est très particulier.
J'ai aussi écouté du blues, la base de tout. Et des trucs de popeux, des vieux albums comme ceux de Travis.
C'est bien de réécouter des albums vieux de quinze ans qui ne bougent pas. J'ai creusé le sillon en écoutant du hip hop. Et des nouveautés comme Leon Bridges et Tame Impala.

Nous avons commencé avec un parallèle avec Weller... Finissons avec un parallèle avec Weller. Ce dernier expliquait dans un entretien que plus le temps avançait, plus il mettait du temps à écrire une chanson. Et toi ? Tu écris au même rythme qu'à tes débuts ?

Tété : Tu n'échappes pas à la page blanche. C'est sûr.
Pour l'écriture, j'ai passé du temps avec des rappeurs Oxmo Puccino, Féfé et Leeroy ces derniers temps. Ce qui est génial avec le rap, c'est cet autre rapport à l’écriture.
Un angle, un sujet et ils ont le départ d'une histoire.
C'est un travail totalement différent. J'aime beaucoup leur coté improvisation et ce rapport aux joutes.
Ils n'attendent pas d'être touchés par la grâce comme les types dans les années 70. C'est quelque chose de très immédiat.
Tiens tu vois ce gobelet, fais moi un parallèle avec la situation politique de notre pays. Et ils écrivent. Tout ça de manière très précise et très scénaristique.

Tété est en concert à La Java (Paris) au mois de février 2016 et en tournée dans toute la France au printemps 2016. Vous pouvez retrouver l'ensemble de ses dates sur son site officiel.