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La part d’ombre d’Emily Jane White

En cette fin du mois d’avril, une bonne partie de la France subit une vague de froid. Les bouleversement climatiques ne sont pas la cause de cet hiver indien. Non, pour tenter d’expliquer ces terribles gelées printanières, il faut aller chercher du coté du label bordelais Talitres qui a dans ses cartons le nouveau disque de la californienne Emily Jane White. They Moved in Shadow All Together est un disque intimiste où Emily Jane White brosse le portrait d’une kyrielle de traumatismes qui glace le sang.

Enregistrées avec la multi-instrumentiste Shaw Alpay (dont la basse et le violoncelle sont tout simplement incroyables) et le batteur Nick Ott, les chansons de They Moved in Shadow All Together hypnotisent autant qu’elles bouleversent.

Comment vas-tu ?

Emily Jane White : Je vais bien, merci.

Peux-tu m’expliquer le titre de cet album ? Pourquoi as-tu choisi ces mots de McCarthy ?

Emily Jane White : They Moved in Shadow All Together est une référence à la phrase inaugurale du second roman de Cormac Mc Carthy “Outer Dark” (“L’Obscurité du dehors”, 1968). Cette phrase évoque la descente lancinante et mystérieuse d’étranges voyageurs en provenance des Appalaches. Ces mots sont très malsains, étranges et beaux en même temps. Cette poésie m’a inspiré des images fortes.
L’album se concentre sur les symptômes du traumatisme. Le symptôme est le symbole de la fracture de soi-même. Mon but était donc de créer des arrangements vocaux pour les mettre tous en harmonie. Chaque voix possède son ombre et sa silhouette. Il s’agit en fait d’un être à part entière. Chaque voix est singulière mais fait partie d’un tout. La phrase d’Outer Dark était si frappante pour moi que j’ai décidé de l’utiliser et d’en jouer.

Emily Jane White – Frozen Garden

Et la pochette que tu as utilisé pour They Moved in Shadow All Together ?

Emily Jane White : Cette photographie a été choisie de manière très spontanée. Mon amie Cynthia et moi même prenions beaucoup de photographies en noir et blanc. Nous avons décidé d’utiliser le ciel comme arrière-plan. Ce cliché fonctionne très bien car il montre à la fois la vulnérabilité et le drame.

Comment as tu rencontré John Vanderslice (Tiny Telephone)?

Emily Jane White : J’ai rencontré John Vanderslice en 2008 lors de l’enregistrement d’une chanson pour une compilation aux studios Tiny Telephone.

Pourrais tu définir ce disque en un seul mot ?

Emily Jane White : Intégrité.

Quelle est l’histoire de Womankind ? Et celle de Nightmares on Repeat ?

Emily Jane White : Womankid est une chanson que j’ai écrite en réponse à l’épidémie de violence faite aux femmes dans le monde. Ce sujet est complètement passé sous silence aux États-Unis. Beaucoup de survivantes ne disposent d’aucun soutien pour espérer pouvoir guérir. D’autres survivantes ne sont tout simplement pas considérées comme des victimes et le système judiciaire banalise les agressions sexuelles et les viols.Les hommes politiques préfèrent rendre coupable l’individu plutôt que de changer ce système. Une femme sur quatre (ou cinq) est agressée au cours de sa vie. C’est une véritable épidémie. Il faut s’intéresser aux causes profondes de cette épidémie !
Je suis atteinte d’un stress post-traumatique et Nightmares on Repeat évoque ma guérison. J’ai dû réapprendre à vivre et à avoir des relations avec les autres.

Il y a des chansons inachevées, des chutes de studio ?

Emily Jane White : Oui, il y a quelques chansons qui vont servir de b-sides. Je dois les enregistrer de nouveau.

Comment c’est déroulé l’enregistrement ? Tu as éprouvé des difficultés ?

Emily Jane White : J’ai vraiment aimé l’enregistrement aux studios Tiny Telephone. Il a été construit et bâti par un artiste.
Ce studio est semblable à un instrument de musique. DU moins je l’ai utilisé tel quel.

Où ont-été écrites ces chansons ?

Emily Jane White : La plupart ont été écrites à dans mon appartement à Oakland. Les autres ont été écrites au Community Music Center de San Francisco. Ce centre possède des salles de répétition avec des pianos que j’ai beaucoup utilisés lors de la phase d’écriture. J’ai peaufiné les derniers aspects des chansons au studio Tiny Telephone et au studio New & Improved.

Il s’agit de ton album le plus sombre au niveau des paroles mais le plus lumineux en terme de musique. Je me trompe ?

Emily Jane White : Ma musique est souvent mélancolique. Sur ce disque, j’ai fait en sorte que la musique soit accessible, intime et très réconfortante car j’ai abordé des sujets très difficiles.

They Moved in Shadow All Together d’Emily Jane White sera publié le 29 avril 2016 via le label Talitres.
Emily Jane White sera en concert au Le Klub (Paris) le 18 mai 2016 et le 21 mai 2016 à Bruxelles (Les Nuits Botanique).

Emily Jane White – They Moved in Shadow All Together

Tracklist : Emily Jane White - They Moved in Shadow All Together
  1. Frozen Garden
  2. Pallid Eyes
  3. Hands
  4. Nigthmare on Repeat
  5. Rupturing
  6. Moulding
  7. The Ledge
  8. The Black Dove
  9. Antechamber
  10. Womankind
  11. Behind the Glass

Pouet? Tsoin. Évidemment.
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