A Chevalrex !

Chevalrex © Louis Teyssedou
Louis - 09/05/2016

Chevalrex s’apprête à publier son nouvel album via le label Vietnam (H-Burns, Pharaon de Winter, O) après avoir enrichi le propos de La Souterraine. Graphiste, producteur (Eddy Crampes) et responsable de la salle des fêtes chez Objet Disque, Chevalrex est un touche-à-tout génial dont la modestie est proportionnelle à son talent. C’est donc vous dire l’étendue de ce dernier ! Son nouveau disque, Futurisme est une jungle merveilleusement luxuriante mais où tout est paradoxalement ordonné. Plus dense que Catapulte, Futurisme est un bonheur de l’instant présent et des moments futurs

Comment te retrouves-tu sur le label Vietnam ?

Chevalrex : Les choses se sont passées de manière assez simple. Je suis graphiste.

Et tu as fait la pochette d’Un torrent, La Boue d’O !

Chevalrex : Pas seulement ! J’avais fait la pochette des H-Burns. Je travaillais donc avec Renaud d’H-Burns et Franck Annese depuis un petit moment. On parlait image sans évoquer la musique. Un jour j’ai fait la première partie d’H-Burns et les choses se sont passées assez naturellement. Nous sommes passés du côté musique après avoir travaillé le côte image. C’était déjà une famille éloignée.

La pochette de Futurisme m’a intrigué. Quand j’écoute ta musique j’ai l’impression que tu laisses une part importante aux rêves. En est-elle le reflet ?

Chevalrex : Tout cela n’est pas le fruit d’un concept établi. Disons qu’il y a une part d’accident autant dans mes textes que dans mon travail sur la pochette. Il s’agit d’un portrait chinois : c’est l’ombre d’un profil. Il y a deux fois le même visage qui est projeté. C’est une histoire d’absence aussi.

Chevalrex – Aussi Loin

C’est deux choses, l’image et les textes sont liées à des associations libres, à quelque chose qui se construit sur le vif, sans trop préméditer de là où cela va aboutir. J’essaye de contourner les textes trop narratifs. J’aime bien le coté accidentel des choses. Autant pour les textes que pour la musique. La pochette raconte un peu ça, il y a un côté psychanalytique. Cette dimension est là est importante : il y a des choses qui se passent devant et d’autres qui se passent derrière et tu fais le lien entre les deux.

J’ai lu dans ton interview pour Noisey que tu appréciais le mouvement futuriste et constructiviste. Au final tu es aussi un peu surréaliste avec cette écriture automatique.

Chevalrex : L’élan de base est spontané et accidentel. Mais attention, après la matière est énormément polie et retravaillée. Avec les surréalistes, on s’en tient à ce premier jet. Moi je me sers de la matière pour l’emmener ailleurs, vers quelque chose de plus maîtrisé. Le surréalisme peut m’avoir nourri mais je ne m’associe pas forcément à ce courant. A contrario, le futurisme et le constructivisme prennent des formes et les emmènent ailleurs.

Quand tu dis que tu as travaillé ce premier jet, combien de temps as-tu mis pour enregistrer ce disque ?

Chevalrex : Il y a deux ans et demi de travail. Ce dernier a débuté après la publication de Catapulte.

Chevalrex – Catapulte

J’ai fait des concerts autour de cet album. Je me suis projeté dans une formule où je suis tout seul en concert. Étant donné que mes disques sont très arrangés et qu’il y a beaucoup de « bricolage », j’ai créé un dispositif qui permet de retranscrire mes disques sans avoir dix mecs derrière qui jouent. Il y a pas mal de choses qui s’empilent. De ce travail pour les concerts sont nés certains morceaux. Les premiers morceaux ont donc été écrits il y a deux ans. A part Avec mon frère que je me traîne depuis quelques années. Quatre ans. Il est même antérieur à Catapulte. Tous ces morceaux ont été écrits sur une période de deux ans. Après je les ai choisis, ordonnés selon une thématique. Certains apparaîtront sur le prochain disque. Tu vois, il y a une manière assez fluide de circuler dans mes morceaux. Je ne me contrains pas à écrire dix ou douze morceaux qui seront sur un album. Je suis en permanence en train d’écrire des choses. A un moment, j’arrête et je passe à une autre phase de mon travail. C’est assez fréquent que sur un album, je me retrouve à utiliser des morceaux antérieurs. Avec Mon Frère je ne l’ai pas mis sur Catapulte. Sur le prochain, il y aura sûrement des morceaux antérieurs à Futurisme. Je suis toujours en recherche d’équilibre.

Tu as déjà en tête ton prochain disque ?

Chevalrex : J’ai des visions, je le vois. J’essaye de peaufiner au maximum les choses. J’attends que les choses se précisent. J’aimerai bien faire une sorte de triptyque avec le principe de Catapulte, Futurisme. trouver un mot simple. Triptyque assez personnel. Je trouve que Futurisme> répond bien à Catapulte. Il l’enrichit, le développe. Je verrai bien un troisième disque sur ce principe. Enfin rien n’est encore défini. Disons que j’ai cette envie là.

Comme Damien Jurado et son triptyque !

Chevalrex : Oui voilà. Je ne les ai pas écoutés mais je vois de quoi tu parles.

Tes chansons possèdent un format assez court. Mais à l’intérieur, les choses sont extrêmement riches. Pourquoi ne pas avoir délayé la chose ?

Chevalrex : Encore une fois, je m’en suis rendu compte à la toute fin du disque. J’ai mis tous mes morceaux dans iTunes pour voir la durée totale. Combien fait mon disque ? J’ai vu qu’un seul morceau dépassait les trois minutes. J’avais l’impression d’avoir des morceaux plus longs car j’ai fait énormément d’arrangements. Sur les autres disques, j’ai toujours eu tendance à faire des morceaux très courts. Une minute vingt. C’est presque des vignettes. J’aime bien jouer avec les formats. J’ai fait un morceau de six ou sept minutes sur le disque Trente minutes avec Chevalrex il y a un an. Je n’ai pas de format de prédilection. Là, il se trouve que l’équilibre est arrivé sur des formats très courts. Ce n’est pas un manifeste où je dis que mon format c’est deux minutes quarante. Je suis assez content d’avoir compacté autant de choses dans un si petit espace tout en ayant la crainte que cela soit trop chargé. J’ai l’impression que ça reste léger même si j’y ai mis beaucoup de matière.

Et à chaque écoute, on découvre quelque chose de nouveau.

Chevalrex : Ah ça c’est plutôt bon !

Tu l’as construit seul ou tu as intégré des gens dans ton processus créatif ?

Chevalrex : A la marge il y a eu quelques interventions. Il y a Angy Laperdrix qui a mixé l’album. Cela a été une grande intervention. On a mixé ça pendant un mois. Il a mis beaucoup de lumière dans ce disque qui été plutôt lo-fi au départ. Il y a Mocke qui est venu pour les guitares. Les morceaux étaient quasiment terminés et je lui ai dit d’intervenir pour ponctuer les choses. Au final, il est intervenu à trois endroits que je trouve super chouettes. Il y a aussi un trompettiste qui a apporté un peu de justesse. J’ai fait les trompettes mais je ne suis pas un grand trompettiste. Il est donc venu quand c’était trop précaire ou pour animer le cours des choses. Je réfléchis si je n’oublie personne. Ah si un violoncelle ! Mais c’est un échantillonnage d’un vieil enregistrement. Cela n’a pas été fait pour l’album.

Donc personne n’intervient lors de ta phase d’écriture ?

Chevalrex : Non. Cela arrive assez tard. Je montre mes morceaux à la toute fin quand ils sont terminés, ou du moins quand j’estime quand ils sont terminés. Quitte à les reprendre de zéro si cela ne va pas. Souvent quand tu commences à faire écouter tes morceaux, il y a des choses qui sautent aux oreilles. Avec mon frère, j’ai dû faire 6 ou 7 versions différentes. J’ai fait une version piano voix avec des cordes pour La Souterraine mais ce n’était pas la couleur que je voulais pour ce morceau. Et je voulais que ce morceau soit sur cet album. Je ne m’arrête pas sur un arrangement. Si ça ne va pas, je repars de zéro. En règle générale, j’écris des chansons en les enregistrant. D’une improvisation ou d’une captation d’un moment arrivent une chanson. Les choses se construisent de manière assez empirique. Là, j’étais confronté à quelque chose que je ne connaissais pas. J’avais une chanson et il fallait que je l’enregistre en trouvant un équilibre. Je parlais d’accident tout à l’heure. C’est difficile de créer un accident. C’est très difficile même. Alors que c’est l’accident initial qui donne la couleur du morceau. Il y avait des morceaux écrits en amont qu’il a fallu inscrire dans un cadre d’enregistrement.

La chanson Avec mon frère a l’air assez importante pour toi ?

Chevalrex : Oui. Déjà c’est la plus vieille chanson de Futurisme. Inconsciemment, je me suis dit que j’allais faire un disque autour de ce morceau. Je ne l’avais pas mis sur Catapulte pour d’autres raisons car ce n’était pas la même thématique. Ce morceau est important pour des raisons personnelles. J’ai fait de la musique avec mon frère pendant très longtemps et c’est un peu un disque qui parle de l’affranchissement, du vivre pour soi-même et par soi-même, de sortir du cadre familial. C’est un peu la colonne vertébrale du disque.

Et la fille du morceau Ventre et Cervelle ? Elle prend cher ?

Chevalrex : Ce n’est personne en particulier. Le disque parle de moi par moment et pas de moi par d’autres moments. Ce morceau a été créé pour les concerts. La dynamique c’est de prendre une espèce d’invective. Ici c’est une chanson un peu vache sur une relation amoureuse. Ce qui est important ici c’est l’élan spontané et non la personne visée. Enfin j’espère.

Tu avais des modèles en enregistrant ce disque ?

Chevalrex : Il y a toujours, à un moment donné, la question des références. J’ai toujours du mal à répondre à cette question.
Je n’ai pas vraiment de modèle. N’étant pas vraiment un technicien du son, je me dis que si je voulais copier quelque chose, et bien je serais dans une grande souffrance. Je n’ai pas les moyens de reproduire des choses. Je retourne ce problème là en créant mon propre équilibre. J’aurais bien du mal à te dire que je veux faire un disque à la manière de. Je rêve de faire un disque très épuré qui tiendrait sur une seule guitare. Mais ce sera probablement quand j’aurais 80 ans.

Et tu écris à quel moment de la journée ?

Chevalrex : Il aurait fallu que je note chaque minute de travail. Globalement je travaille plutôt la nuit. Le téléphone ne sonne plus, tu es tranquille. Mais là où je suis le mieux c’est quand je suis enfermé. J’ai eu mes premiers émois musicaux dans une cave. Inconsciemment, j’essaie de retrouver ça.

Tu partages ce goût des caves avec O ?

Chevalrex : Ah oui. Elle est très bien sa cave de Pigalle.

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1) La pochette de disque que tu aurais aimé faire ?

Chevalrex : Il y en a pas mal. Je vais dire spontanément la pochette de l’album Tender button de Broadcast. J’aime l’élan punk de cette pochette avec le feutre, la photocopie. Mais sans les codes punk. Il y a vraiment quelque chose de très chouette. J’adore ce groupe et notamment ses visuels.

2) Le meilleur album de 2015 ?

Chevalrex : Le disque d’Eddy Crampes qui est sorti en janvier 2016 mais sur lequel on a travaillé en 2015.

Eddy Crampes - Eddy Crampes

3) Distortion ou Realism des The Magnetic Fields ?

Chevalrex : Ni l’un ni l’autre ! Je choisis 69 Love Songs. Je suis plus fan des premiers albums. J’aime beaucoup les derniers. Allez Realism !

4) Le meilleur endroit pour faire un concert ?

Chevalrex : J’aime beaucoup les petits lieux où les gens sont collés à toi. J’aime bien les belles scènes aussi. J’ai un excellent souvenir d’un showcase aux Balades Sonores où les gens étaient collés à moi. Il se passe quelque chose qui dépasse la musique. J’ai donc rien contre un rade. J’aime vraiment les belles scènes mais j’aime préserver ce truc là, jouer dans un petit lieu. Une petite paillote, trente personnes un peu collées, ça peut-être pas mal.

5) Le meilleur endroit pour voir un concert ?

Chevalrex : J’aime beaucoup le Petit Bain. Il y a un excellent rapport où on peut ne pas être nombreux et où cela ne se sent pas. C’est une petite salle avec un super son.

6) Le producteur de tes rêves ?

Chevalrex : Jim O’Rourke ou Owen Pallett. Je m’assimile un peu à ces deux artistes toute proportion gardée. Ils pratiquent une pop chercheuse un peu arrangée.

7) Le disque que tu attends le plus ?

Chevalrex : Le prochain Chris Cohen. J’ai vu des liens passer mais je ne les ai pas ouverts. J’ai adoré le précédent. Tout ce qu’il touche est magique. Je vais écouter ça cette semaine.

Chris Cohen – As If Apart

8) Le disque qui va forcément te décevoir ?

Chevalrex : Il y a des disques qui me déçoivent mais il s’agit d’artistes qui m’ont marqué. Je pense par exemple à Dominique A. Les derniers albums ne sont pas trop ma came même si je respecte complétement la démarche. Je vais le voir à chaque tournée et à chaque fois c’est très bien. Je ne suis pas déçu mais je n’attends plus rien. A contrario, je n’en attendais plus rien et j’ai adoré le dernier Philippe Katerine. J’ai l’impression de retrouver le Philippe Katerine que j’ai aimé.

9) Si tu pouvais tourner un rockumentaire. Tu choisirais quel groupe ?

Chevalrex : Il en a été question à un moment donné. Il y a quelque chose à faire sur La Souterraine et tout ce qui s’y passe. Il en a été question en 2007, 2008. Je ne suis pas réalisateur donc il faudrait trouver quelqu’un. Quelque soit la scène, il faudrait faire l’état des lieux de ces scènes, de ces labels qui ne demandent rien à personne.

10) Ton label préféré ?

Chevalrex : K Records. Ils sont en phase avec ce que j’ai dit précédemment. Ils sont là depuis 25 ans, toujours indépendants. Ils ont leur modèle et tracent leur route. C’est un des labels que je respecte le plus.

11) Le refrain ultime ?

Chevalrex : Une chanson qui n’en a pas.

12) Un graphiste qui aurait dû faire de la musique ?

Chevalrex : Beaucoup en font déjà. Dans les graphistes historiques, je dirais Saul Bass. Il a fait les affiches des films d’Hitchcock et des pochettes de jazz. Il aurait fait un truc très simple je pense.

Futurisme de Chevalrex sera publié le 10 juin 2016 via Vietnam/Because Music. Chevalrex sera en concert les :

  • 2 juin / France Inter / Le nouveau rendez-vous
  • 3 juin – Valence / Mistral Palace (avec Eddy Crampes)
  • 7 juin – Paris/ Petit Bain (avec Rémi Parson et Eddy Crampes)
  • 8 juin / Grenoble / Bauhaus Bar
  • 9 Juin – Lyon / Kraspek Myzik (avec Rémi Parson et Eddy Crampes)
  • 26 juin / Mayenne / Festival Un singe en été (en duo)
  • 20 juillet / Valence / Festival d’été
Pouet? Tsoin. Évidemment.

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