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[2007 – 2017] Gravenhurst passa à l’Ouest

Nick Talbot avait la particularité de tout faire très bien. Journaliste, producteur, Talbot était aussi un auteur de chansons hors pair. Signé chez Warp Records, Talbot officiait sous le nom de Gravenhurst au début des années 2000. Ultra prolifique, il signa en 2007 un album qui ne ressemble à aucun autre. The Western Lands dénotait dans la discographie de notre héros de Bristol. Avec ce disque, il prenait le large vers des mers plus pop et surtout plus douces. Et puis la musique de Gravenhurst était extrêmement singulière.



En 2014, Nick Talbot mis fin à ses jours. On ne peut que recopier les mots de sa manageuse Michelle Hilborne : « Le meilleur, le plus extraordinaire, le plus inspirant des songwriters, chanteurs et interprète, un producteur et un journaliste remarquable dont le travail a profondément marqué tant de gens dans le monde entier. Éminemment intelligent, spirituel et fascinant, Nick était un ami cher et son absence est une indescriptible tristesse ». Et réécouter encore une fois de plus Hourglass et pleurer.

Dave Collingwood

Dave Collingwood était le batteur de Gravenhurst. Il fabrique aujourd’hui des cymbales.

Comment as-tu rencontré Nick Talbot ?

Dave Collingwood : J’ai rencontré Nick ici à Bristol quand nos groupes respectifs (Assembly Communications pour lui et The Signal pour moi) ont commencé à jouer ensemble. On s’est aperçu que nous avions pas mal d’influences communes quand nous passions des disques. Notre guitariste, qui s’appelait aussi Nick, et Talbot se sont rencontrés à une première fois à un concert de Spleen. Le Nick de Signal avait un t-shirt de Sonic Youth (Daydream Nation) et cela permit de créer le contact avec Talbot. Après cette période, nous sommes devenus amis et nous avons fait de la musique. Malheureusement, notre bassiste Luke (AC) est mort dans un accident de la route en 1999. Nick a alors commencé Gravenhurst seul et je l’ai rejoint peu après.

L’enregistrement de The Western Lands a été facile ?

Pour moi, les choses furent assez simples. Nous avions fait pas mal de tournées ensemble et Nick et moi apprécions jouer ensemble. L’enregistrement des batteries fut assez simple. En ce qui concerne le studio et l’ingénierie, nous avons fait les choses un peu différemment de Fires in Distant Buildings en utilisant le studio d’un ami et en embauchant un autre ami (Simon Grant, également mon partenaire de The Signal). Comme avec la plupart des autres disques que nous avons enregistrées, une fois que j’ai enregistré mes parties, Nick a emmené les sessions avec lui et a fait tout le reste lui-même, généralement dans sa chambre ou dans des endroits qu’on lui prêtait. Je ne pouvais pas vous dire si c’était facile ou difficile pour lui, probablement un peu des deux, mais il était très précis sur la façon dont il enregistrait et les sons qu’il voulait utiliser. Cette manière de travailler lui convenait. Un problème est survenu lors de l’enregistrement : son ordinateur a commencé à ajouter des clics numériques à tous les fichiers de batterie que nous avions enregistré. Nick était était très déçu car il dépensait beaucoup d’argent pour avoir une machine audio fiable. Je suis plutôt doué pour l’édition alors je lui ai dit de me donner l’ordinateur pour la nuit et de me faire confiance pour le réparer. Je suis rentré chez moi, j’ai ouvert une bouteille de vin et j’ai passé plusieurs heures à découper les erreurs numériques et à assembler différentes parties des enregistrements. Personne ne l’a encore remarqué !

Comment avez-vous trouvé le son de ce disque ?

Pour être tout à fait honnête, je ne me souviens pas très bien du son, je n’ai pas écouté les chansons de Gravenhurst depuis la mort de Nick, et je ne le veux pas vraiment. Je pense que Nick était très bon pour capturer les sons des guitares et des voix. Nous étions parfois en désaccord sur les sons de batterie mais je pense que c’est en partie dû à notre manque d’expérience respectif. Cela a aussi rendu possible le fait que nous travaillions aussi bien ensemble.

Combien de temps cela vous a pris ?

Cela a pris 4 jours pour les batteries. Cela inclut l’installation, la préparation des micros etc. Cette partie de l’enregistrement a été assez détendue. Les journées de travail n’ont pas été très longues et nous n’avons pas passé notre temps à faire des centaines de prises. Même si nous avons eu quelques problèmes techniques à résoudre. Je ne me souviens pas combien de temps il a fallu à Nick pour enregistrer les autres instruments et sa voix… Disons que j’ai eu la partie facile de l’enregistrement.

Quel est ton meilleur souvenir de cet enregistrement ?

J’étais heureux de pouvoir sauver les enregistrements endommagés car nous avions tous les deux l’impression d’avoir capturé de superbes prises. En fin de compte, je pense que le mieux est d’être dans une pièce avec quelqu’un, de jouer les chansons et d’échanger des regards quand tu sais que tu es totale osmose avec lui et que tu apprécies ce que tu fais. Il n’y avait que Nick et moi qui jouions de cette manière. Nous nous faisions mutuellement confiance. La dynamique qui en résultait procurait un sentiment merveilleux. Et nous étions très satisfaits sur le plan créatif.

Quelle est ta chanson préférée de ce disque ?

Probablement She Dances même si encore un fois je n’ai pas écouté le disque depuis la mort de Nick. Je pense qu’il s’agit d’une de ses chansons les plus fortes. Il y a beaucoup de mouvements dans cette chansons ainsi qu’une belle ponctuation. J’ai eu beaucoup de place pour ajouter ce qu’il fallait pour soutenir la mélodie et la structure. Nick était toujours très généreux et confiant quand il s’agissait de ma batterie, et je pense que cette chanson met en valeur la subtilité que nous aimions tous les deux.

Gravenhurst – She Dances

Mathieu Drouet

Les photographies de Mathieu Drouet ont été utilisées pour l’artwork de cet album.

Comment as-tu rencontré Nick Talbot ?

Mathieu Drouet : C’est mon amie la photographe Vinciane Verguethen-Lebrun qui n’a pas arrêté de me rabâcher son admiration pour la musique de Gravenhurst. J’avais pris pour habitude de picorer dans le répertoire du groupe. J’ai rencontré Nick, lors de la prise de vue des photographies. Étant timide et très mauvais en anglais, l’échange fut très formel.

Où as-tu pris les photographies qui ont été utilisées pour la pochette et le livret de l’album ? Elles ont été faites dans ce but ou tu faisais un reportage sur ce groupe ? Te rappelles-tu de la date (ou de la période) ?

Elles datent du 23 février 2007 à Bruges en Belgique. Vinciane était sur Lille pour couvrir un événement politique et nous avions décidé d’aller voir le groupe un peu sur un coup de tête. Si j’ai bien suivi c’était le premier concert en trio avec Colin et le nouveau bassiste. Le groupe a vu les photographies grâce à Vinciane et j’ai reçu un mail du label pour la réalisation des pochettes.

Quel matériel as-tu utilisé ?

C’était mon premier reflex numérique, un canon EOD 300D avec une simple focale fixe. Je crois que j’ai perdu les fichiers d’origine. Peux être que Ben a une copie…

Quels souvenirs gardes-tu de ces moments passés avec le groupe ?

J’ai vu plusieurs concerts d’eux et ce concert est de loin le meilleur. J’ai revu Nick en solo à Lille à la Malterie, c’était magnifique et à la fois très mélancolique.

Quelle est ta chanson préférée de The Western Lands ?

Hollow Men parce que une de mes photographies est aussi sur la pochette du single et j’étais fier de montrer à mon père Pascal et à son ami Marcel un vinyle avec une de mes images. J’ai passé tellement de temps à écouter leur disques et à les abîmer quand j’étais plus jeune.

Ben Tousley

Ben Tousley est graphiste. Il a travaillé avec les Grizzly Bear. Il a réalisé la pochette de The Western Lands.

Comment as-tu rencontré Nick Talbot ?

Ben Tousley : J’ai été contacté par un des directeurs artistiques du label Warp. Il m’a présenté à Nick par le biais d’un mail.

Comment avez-vous travaillé ensemble ?

Je finissais mes études dans l’Indiana et Nick résidait au Royaume-Uni. Nous avons donc communiqué par mail et par téléphone.
Le label m’a envoyé les photos en me donnant une direction assez large. Il voulait qu’on se croit dans les sixties. Nos échanges sont partis de là. Le titre de l’album avait une sorte de qualité cinématographique et je pense que c’est de là que vient l’idée des bandes photo et des superpositions de films.

Ce fut donc un job facile ?

Oui, j’ai adoré travailler avec Nick et Warp.

Pourquoi avoir choisi la couleur rouge ? Et que signifie cette ligne rouge ?

Il y avait quelques tensions dans ces chansons alors le rouge m’a paru à la fois audacieux et approprié.

Quels sont tes meilleurs souvenirs liés à ce travail ?

J’étais fan du groupe et du label. C’était donc très fun de travailler avec eux sur quelque chose de nouveau.

Quelles sont tes chansons préférées de cet album ?

J’aime Trust et Hourglass. Je continue de les écouter souvent.

Gravenhurst - The Western Lands

The Western Lands de Gravenhurst est disponible via Warp Records.
Les photographies sont signées Mathieu Drouet.
Le design de la pochette est signé Ben Tousley.

Gravenhurst_-_The_Western_Lands

Tracklist : Gravenhurst - The Western Lands
  1. Saints
  2. She Dances
  3. Hollow Men
  4. Song Among The Pine
  5. Trust
  6. The Western Lands
  7. Farewell; Farewell
  8. Hourglass
  9. Grand Union Canal
  10. The Collector

English text

Dave Collingwood

How did you meet Nick Talbot ?

I met Nick in 1998 here in Bristol, his band at the time (Assembly Communications) and mine (The Signal) started playing gigs together and hanging out listening to records when we realised we shared a lot of the same influences. Our guitarist (also called Nick) and Nick Talbot first met at a Spleen gig – ‘Signal’ Nick was wearing a Sonic Youth ‘Daydream Nation’ T-Shirt which Nick Talbot felt he had to comment on, after that we all became friends and started playing & recording music together. Unfortunately Luke, the bass player in Assembly Communications, was killed in a road accident in 1999, after a while Nick started playing solo as Gravenhurst and I joined him soon after.

How easy was the recording process of The Western Lands ?

For me it was fairly straightforward, we were very well rehearsed from plenty of touring and Nick & I were always very sensitive to eachother’s playing. So tracking the drums was easy enough. In terms of the studio and engineering, we actually did things a bit differently to Fires in Distant Buildings in that we used a friend’s studio and hired another friend (Simon Grant, also my bandmate from The Signal) to help with engineering. As with most (but not all) of the other music we recorded, once I’d recorded my parts Nick took the sessions home and did everything else himself in his own time, generally in his bedroom or borrowed spaces. I couldn’t tell you if that was easy or hard for him, probably a bit of both, but he was very precise about the way he recorded and the sounds he wanted to use so this way of working suited him. One problem we did have during recording was Nick’s computer started adding digital clicks to all the drum files as we recorded them – he was quite disappointed as he’d just spent a lot of money on what was supposed to be a reliable machine for audio, then all these noises started appearing! I’m pretty good at editing so told him to give me the computer for the night and to trust me to fix it. I went home, opened a bottle of wine and spent several hours cutting out digital errors and splicing different parts of the recordings together. Nobody’s noticed yet!

How did you find the sound of this LP ?

To be completely honest I can’t remember the sound of it very well, I haven’t listened to Gravenhurst since Nick died, and I don’t really want to. I think Nick was very good at capturing guitar and vocal sounds the way he wanted to, we sometimes disagreed on the drum sounds but I think that’s partly down to a lack of experience from both of us at the time, and also just being different kinds of musicians, which is of course why we worked so well together too!

How did long it take you ?

The drums took about 4 days, including all setting up, preparation with mics / levels etc. but that part of the process was fairly relaxed. We didn’t do any long days or spend hundreds of takes getting parts right, and of course we had some technical issues to battle. I don’t remember how long it took for Nick to complete the other instruments and vocals… so I always had the easy job!

What are your best memories from this recording process ?

I was happy to be able to rescue the damaged recordings as we both felt we’d captured some great takes. Ultimately I think the best bit is being in a room with someone, playing the songs and exchanging glances when you know you’re totally locked in and enjoying what you’re doing. It was only Nick and me playing as we recorded, and knowing we could trust each other with dynamics and changes was a great feeling and creatively very satisfying.

What’s your favorite song of this LP ?

Probably ‘She Dances’, although again I haven’t listened to the album since Nick died. I think this was one of Nick’s strongest songs – it has great movement and punctuation, and I had lots of room to add what I thought would support the melodies and structure. Nick was always very generous and trusting when it came to my drumming, and I think this track showcases the sense of subtlety and weight which appealed to us both.

Ben Tousley

How did you meet Nick Talbot ?

I was brought onto the project by one of the creative directors at Warp Records who then introduced me to Nick via email.

How did you work with him ?

I was still living in Indiana finishing school and Nick was in the UK, so we would discuss the designs via phone and email. The label provided the photos of the band with some loose direction to do something that felt kind of sixties, so we went back and forth from there. The album title had kind of a cinematic quality so I think that’s where the idea of photo strips and film overlays came from.

The design of The Western Lands cover was an easy work ?

It enjoyed the process of working with Nick and the record label.

Why did you choose to use the red color ? And why did you do a red line ?

There seemed to be some underlying conflicts in the music so red felt bold and appropriate.

What’s your favorite memory about this work ?

I was a big fan of the band and the label so it was fun to work with them on something new.

What’s your favorite song of this LP ?

I love Trust and Hourglass and still listen to them often.

Pouet? Tsoin. Évidemment.
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