A+ pour H+

JB Dunckel
Louis - 15/03/2018

Épaulé de son mythique MS20 et de son légendaire Arp 2600, JB Dunckel revient avec un disque qui se compare aisément à une odyssée futuriste et à une échappatoire futuriste. Basé sur le transhumanisme, H+ est un O.V.N.I. qui berce notre existence. Ecouter un morceau comme Hold on, c’est planer littéralement et quitter notre morne quotidien. Cela tombe bien car c’est le but de l’auteur de ce disque : nous faire entrer en lévitation.

On a donc pris un vaisseau sous-terrain (le métro…) et nous sommes partis à la rencontre de JB Dunckel.
Air en sommeil, Dunckel se réveille et prend de la hauteur.

H+ est ton premier album solo depuis 11 ans. Quel a été l’élément déclencheur qui a donné naissance à ce disque ?

JB Dunckel : J’ai toujours écrit des morceaux… Auparavant, ils ont été utilisés par Air et d’autres projets. Pour H+, j’avais accumulé une vingtaine de morceaux sur cinq ans. J’ai commencé cet album il y a trois ans. Je pense que je suis comme une fleur, je traverse les saisons et je donne des graines.

JB Dunckel – Transhumanity

Et à un moment c’est l’éclosion ?

Oui, tout à fait. A un moment donné, il fallait que je fasse ce disque. C’était inévitable.

Cet album repose sur le transhumanisme. Comment es-tu venu à enregistrer un disque qui s’intéresse à cette philosophie ?

C’est un sujet que l’on retrouve dans la presse spécialisée et même dans la presse généraliste. On est toujours au courant des dernières inventions scientifiques comme les exploits d’Elon Musk. Cet univers me donne envie de rêver. Les morceaux de ce disque sont articulés autour de ces rêves. Ils ont le même but que moi et ma musique : décoller et quitter la terre. Je veux aller dans un espace parallèle et ne plus penser à cette vie.

C’est donc un échappatoire à cette planète qui ne tourne pas rond. Qu’est-ce qui te donne le plus envie de fuir ? La pollution ? Les guerres ?

Je pense que nous sommes en Enfer. La mort est une libération. Quand j’étais enfant, je ne voulais pas mourir. Plus je vieillis, plus je me dis que c’est une libération. En ce sens, le transhumanisme me fait rêver. En partie… Si l’homme arrive à accéder à la vie éternelle, je pense qu’il se transformera en monstre. Enfin, c’est mon opinion. La vie immortelle donnerait des êtres abominables. Surtout que ceux qui auraient accès à cette immortalité seraient les plus riches. Et ils le sont car ils sont les plus fortunés car ils n’ont aucun scrupule. Finalement, le transhumanisme peut donner des scénarii apocalyptiques. Au final, on n’échappe à rien. Notre vie sur terre n’est qu’un passage. Notre conscience et notre enveloppe humaine sont une partie de quelque chose qui est plus grand. Il y a une vie ailleurs que notre conscience ne peut percevoir. C’est comme en mathématiques. Les mathématiques ont besoin de la physique. Einstein a développé la théorie de la relativité que nous avons mis des années à comprendre et à appliquer.
Le transhumanisme et ma musique ont le même but : planer.

T’es-tu inspiré de certains artistes transhumanistes ?

Oui, j’ai fait pas mal de recherches mais j’ai trouvé cela hyper cliché.

Comme les mains robotisées ?

Oui, totalement. C’est comme les images de science fiction des années 20… J’ai lu pas mal de textes. Je me suis pas mal documenté sur Kurt Weill, l’inventeur des synthétiseurs. C’est un techno-prophète. Elon Musk est aussi un techno-prophète. Bill Gates aussi. Tout comme certaines entreprises comme Facebook.
Je viens de réaliser la musique d’un documentaire qui s’appelle Le capital du XXIème siècle. Malheureusement ce sont les corporations, les états qui donnent du pouvoir aux industries qui ont comme unique but la domination et la destruction de l’autre. J’ai peur que toutes ces inventions technologiques tombent dans les mains des militaires et ne finissent par détruire la Terre. Ces inventions ne seront jamais dans les mains de gens animés du bien-être des autres.

L’histoire se répète en somme.

Le militaire vient au service de l’industriel. Une armée se déplace là où il y a un marché. Elle va enrichir l’industriel.

Ton disque a un côté esthétique très marqué. Qui a eu en charge le graphisme de ta pochette et de tes clips ?

C’est un A4, un collectif de trois designers.

Quelle liberté leur as-tu laissé ?

Ils en savent beaucoup plus que moi. Je ne suis que leur sujet. Je leur ai dit ce que je ne voulais pas. Je ne voulais pas que cela fasse du Air et je ne voulais pas paraître trop jeune. Je voulais une image étrange qui soi floue sur mon âge et mon sexe. Je voulais quelque chose d’hybride, être entre deux univers. Je suis entre deux âges… C’est raccord avec le transhumanisme.

Quelle est l’histoire du single Hold On ?

Je l’ai trouvée au piano. Il y a un an et demi ou deux ans. Elle ressemble aux chansons de Bob Dylan qui ont trois accords et qu’il arrive à moduler. Je voulais casser le rythme, mettre une loop en avant et la casser. Et ne pas mettre de basse au départ. Il y a une basse… Enfin un drone de basse qui souligne le tout. Et un chanteur a posé sa voix dessus. En l’occurrence c’est moi. J’adore Marvin Gaye. Sa façon de chanter est la définition même de l’érotisme : il tourne toujours autour mais ne touche jamais le point central. Je voulais faire quelque chose d’assez sexy et de sensuel en tournant autour de la mélodie. C’est toujours le même thème qui évolue et qui revient sans cesse.

JB Dunckel – Hold On

Les textes… Quand j’étais plus jeune, je sentais une grande libido en moi. Elle revenait tous les jours. Mais Versailles est assez conservateur et c’était assez mal vu. Contrôle toi ! C’est mal ! Cette énergie est mal vue. Parfois quand tu vas mal, tu te rends compte que cette énergie est vitale. Cette énergie, ce désir de vivre est vital. Quand je dis « Daddy » dans le morceau Love Machine, je ne parle pas du père mais du mojo que tu désires et que tu dois attraper. Le mental est physique. Le mental est lié à notre corps.

Et comment vois-tu ton corps ?

Il va bien. Je prends soin de lui. Je fais attention à ce que je mange, je ne prends aucun médicament. J’essaye d’être en osmose avec lui. Je peux voir cette osmose quand je joue du piano. Quand je pose les doigts sur le clavier, je sais si je suis en forme ou pas.

Et tu arrêtes si tu n’es pas en forme ?

Non, je continue. Il ne faut jamais arrêter.

Cela peut te donner la forme ?

C’est comme allumer une allumette. C’est le temps d’allumage qui varie. Mais au final l’énergie descend. Il faut accepter sa condition physique et attendre que l’énergie descende. Il faut juste attendre que ton mental soit en accord avec ton physique.

Je reviens sur le transhumanisme. Des films comme Her t’ont inspiré ?

J’ai vu la première moitié. C’est de l’intelligence artificielle. Je crois qu’elle n’a pas d’âme car pour avoir une âme il faut un corps physique. L’art peut-être lié à la souffrance. Le corps des artistes souffre. Il faut arriver à mettre la souffrance à distance.

Tu rejoins en ce sens Céline qui disait dans une interview que l’artiste doit au final payer l’addition.

Quelle maîtrise de l’argot…

Et tu vas le défendre sur scène ?

Oui. J’attends des confirmations. Nous serons trois sur scène : un batteur, un clavier qui joue des basses et moi qui chante et qui joue des claviers.

Cela va être facile de jouer sur scène ce disque ?

Cela va être lumineux. Je vais essayer d’envoûter les gens.

H+ de JB Dunckel sera disponible le 16 mars 2018 chez Prototyp/Sony.
JB Dunckel sera en concert à La Gaîté Lyrique (Paris) le 2 mai 2018.

JB Dunckel - H+

Tracklist : JB Dunckel - H+
  1. Hold on
  2. Love Machine
  3. The Garden
  4. Transhumanity
  5. Qwartz
  6. Slow Down the Wind (Up)
  7. Space Age
  8. In Between the Two Moons
  9. Show Your Love
  10. Ballad Non Sense
  11. Carpet Bombing
  12. Kill for You

Pouet? Tsoin. Évidemment.

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