Foray fait coup double. Avec ses nouveaux clips, le Normand nous fait taper du pied et nous donne envie de poursuivre l’aventure à ses côtés. Sa pop sombre éclaircit le ciel de nos journées et nous redonne confiance. Après avoir écouté Si tu ne dors pas et Faut pas croire, une seule question nous obsède : comment sonnera son premier album ? Foray, un futur grand ? Assurément.

Comment te sens-tu après ce changement de nom ? Tu as senti des changements en toi ?

Foray : Non je suis toujours le même. Les chansons restent les mêmes. Comme les paroles. J’évolue peut-être musicalement car je teste différentes choses. Je reste le même. Le changement de nom s’est imposé. Je suis désormais plus serein.

Foray – Si tu ne dors pas

Comment as-tu trouvé ce nom ?

C’est un cut-up. J’ai gardé deux lettres de mon ancien nom et j’ai mis les dernières lettres de mon nom de famille.
J’aime bien la sonorité. Comme la forêt.

Ah oui ?

On m’avait conseillé de prendre mon nom de famille. Je ne voulais pas. J’ai cherché dans tous les sens ce qui pouvait me correspondre. Et Foray s’est imposé.

J’étais bloqué sur une image de forêt.

Ce n’est pas idiot comme idée. J’ai longtemps habité près d’une forêt. J’y allais souvent pour m’y échapper.

De ?

De ma famille. J’étais totalement en décalage avec elle.

Décalé de quelle manière ? Au niveau de la musique ?

Oui. Je n’ai jamais rien compris à ce que je faisais là. Dans ma famille on n’écoutait pas de musique, on ne s’est jamais trop préoccupée de la place de la culture. On ne sortait pas et il n’était pas question que je fasse de la musique. On est agriculteur de père en fils. Un de mes frères l’est désormais. Mais moi cela ne m’a jamais passionné, je dessinais beaucoup ou je joue tout seul au foot et puis Nirvana est arrivé alors que j’étais au collège.

Foray – Faut pas croire

Vous n’écoutiez pas la radio ?

Si. RTL avec Stop ou Encore. Je connaissais Bob Marley et Claude François.

Et comment l’as-tu perfectionnée ? Quand tu es parti aux Beaux Arts ?

Ma sœur était branchée musique. Elle m’a fait découvrir les Beatles, les Doors. Cela m’a sauvé. Ce fut ma porte de sortie et aussi ma porte d’entrée vers un nouvel univers. Il y a eu la chanson française aussi. Ma sœur écoutait Renaud, Brassens. C’est comme ça que je me suis élevé. Je suis rapidement parti de chez mes parents pour faire un groupe de rock. Le temps de planter mes études, j’ai fait mon groupe de rock.

Les Beaux Arts n’ont pas fonctionné ? J’ai lu que tu y voyais ton avenir de manière difficile

.
Oui c’était difficile. J’y recherchais un cadre pour me perfectionner. Au final je me suis retrouvé livré à moi-même. J’ai trouvé personne pour me donner des leçons de technique. J’ai suivi un an de cours de dessin en première année, puis il a fallu faire directement des projets les années suivantes. J’étais un peu perdu avec ça et faire des images est devenu compliqué. Je voulais ne faire que des chansons.

Encore en décalage. D’où ce titre de Grand Turn Over ?

C’est un peu le remplacement de plein de choses à l’intérieur de moi-même. C’est un mot qui est utilisé dans les entreprises. Je suis mon entreprise. Mes chansons parlent beaucoup d’amour ou de situations complexes entre les gens. Ce turn over a cette importance.

Et pourquoi avoir utilisé un mot anglais alors que tu chantes en français ?

Oui. Idem pour Foray. J’aime ce décalage et j’aime le mot. C’est peut-être le côté anglo-saxon de ma culture musicale de mes débuts qui ressort. J’aime bien mélanger les deux.

Foray

© Louis Teyssedou

L’album est enregistré ?

Oui. Depuis longtemps. La sortie a aussi été décalée, décidément… Il fallait statuer sur ce nouveau nom. Il sortira en mai. Je suis passé par des moments délicats. Je ne voyais pas comment l’affaire allait tourner à la fin de 2017. Aujourd’hui, tout est rentré dans l’ordre.

Foray

Quelles ont été les réactions des gens ?

Quelques personnes m’ont posé la question. Je n’en ai pas parlé publiquement mais j’ai répondu à chaque fois qu’on m’a demandé. J’ai fait mon deuil de Nord.

Oui c’est étonnant la relation que tu as avec Facebook. Tu tiens un journal.

Je voulais m’amuser avec Facebook et je voulais inventer quelque chose. Je ne suis pas rivé sur les réseaux sociaux et je voulais une interaction fun avec le public.

Cela a créé du lien ?

Oui. Tout a commencé à partir de la tournée estivale de dix dates que nous avons fait l’an dernier. Il nous est arrivé de jouer dans des lieux assez improbables. C’était un prix que nous avions gagné au festival Alors Chante ! 10 dates dans des C.C.A.S.. Je ne savais pas ce que c’était. Il s’agit de centre de vacances. Il a donc fallu aller chercher les gens pour qu’ils viennent nous voir jouer. Nous n’étions pas toujours attendus. C’était amusant de rencontrer un public qui n’est pas préparé, une fois les gens croyaient qu’ils venaient assister à un film, à cause de l’affiche 120x 160 cm qui était placardée à l’entrée du bar. Mais souvent, les gens restaient jusqu’à la fin du concert, ensuite ils venaient et retournaient suivre notre actualité sur Facebook. On a fait de nombreuses rencontres par hasard.

Tu as aussi participé aux concours des Chroniques Lycéennes. Tu as donné un concert pour des lycéens ?

Oui. J’ai fait une journée avec Pomme, J. Dorémus et Hildebrandt et Chloé Lacan. C’était assez émouvant car des élèves ont fait une reprise d’une de mes chansons. J’étais très ému. Ils ont rebossé ma chanson et ont fait de nouveaux arrangements.

Deux clips viennent de sortir. Les deux sont liés ?

C’est un dyptique de portraits de femme.

Pourquoi ?

Je voulais mettre en avant deux femmes qui sont d’habitude seules pour s’entrainer. Attention, il n’y a pas un côté glauque. Je voulais faire frissonner avec leur énergie. Elles se sont données. La boxeuse est une ancienne championne. La footballeuse a joué D2. Je voulais donner un coté très positif.

Tu apparais dans ces clips et tu sembles très en tension.

Oui. Je voulais qu’on ressente que je suis prêt à en découdre. Comme les filles ! Quoiqu’il arrive, elles s’entraînent seules et savent où elles vont.

Comme toi dans la forêt ?

Complètement. On répète toujours la même chose. Comme l’a dit Guy Marchand cela fait dix-huit ans que je fais la même chanson. Je ne sais pas pourquoi j’utilise cette référence mais c’est assez parlant. Mais les voir s’entraîner de cette manière me fait énormément de bien. Je trouve tout cela positif. J’avais des frissons quand je les ai vues tourner le clip.

Et comment les as-tu rencontrées ?

On a fait un casting avec La Sucrerie, un collectif de vidéastes avec qui je travaille depuis 2015. Je leur avais dit que je voulais un portrait de femme fait dans un environnement sportif. On a sélectionné deux sports auxquels je ne pensais pas. En fait il s’agit de deux sports où tu te donnes beaucoup. Surtout la boxe.

Qui est le réalisateur ?

Alain Guillerme de La Sucrerie. Il a déjà fait deux de mes clips (Drunk, Temps morts) et des sessions live solo. Comme on se connaissait bien, ce fut assez rapide. Les images sont belles. Les cadrages sont superbes.

On te sent tendu dans ce clip ?

Oui, je voulais ce contraste entre les filles qui s’entraînent et moi. Il s’agit de deux titres complémentaires. Si tu ne dors pas est une chanson où les questions relèvent de l’intime. J’avais pour référence le film de Gaspard Noé, Seul contre tous. Le type parle seul. J’avais commencé la chanson ainsi. J’avais toutes ces questions dans la tête. Faut pas croire est une sorte de réponse. Il ne faut pas croire tout ce que l’on dit, basique ! Il s’agit de deux chansons en tension, pas faciles d’accès. Mais c’est une de mes facettes. C’est assez délicat, j’oscille entre le chaud et le froid. J’aime retrouver cela dans ce que j’écoute. Quand je suis seul, je n’écoute que Timber Timbre.

Timber Timbre – Soirée de Poche #40 de La Blogothèque

Qui est-ce ?

Un Canadien de Toronto. Du folk, rock psyché qui sent la sueur et la sorcellerie. C’est à la fois moderne et un truc qui t’accroche au vieux rock 70.

Tu connais Jason Molina ?

Oui ! J’écoutais beaucoup.

Michel Cloup l’a repris récemment.

J’écoutais Nick Drake aussi, des chansons comme Day is done ou Know… Quel spleen !

Et Smog ?

Carrément le titre Held est mortel ! Bill Callahan a une chanson folle où il répète sans cesse que les deux seuls mots qu’il a dit dans la journée sont « bière » et « merci » au bar. C’est peut être The Sing. J’ai du mal avec les titres. Molina, Drake et Callahan sont des artistes que j’ai découvert par hasard mais qui m’ont marqué.

Grand Turn Over de Foray sera disponible le 25 mai 2018 chez Columbia / Sony.
Foray sera en concert aux Etoiles le 14 juin 2018.

La Playlist de Foray