SK* a demandé à une soixantaine (et plus) d’artistes appréciés par les membres de l’équipe de répondre à cinq questions très simples avec leurs morceaux commentés du moment, nouveaux ou anciens. Voilà le tour de Saïkaly qui après un premier album remarqué, A Million Particles il y a déjà trois ans revient avec Jeux d’ombres, le premier extrait d’un disque, Quatre murs blancs à paraître le 29 mars. On découvre sa bande son qui fait la part belle aux artistes sincères, écorchés, romantiques. Comme lui ?

Saïkaly en cinq questions

Saïkaly par Aline Deschamps 22

© Aline Deschamps

Ton souvenir de concert ?

Aux Bars en Trans 2015, il y avait un trou sur la scène de l’endroit où j’ai joué. Ohhhh que oui, vous le voyez venir. Je suis tombé dedans en arrivant. Boom, les deux pieds joints. Une entrée littéralement fracassante. Enfin, heureusement, ma guitare était intacte. Aussi, il y a eu une coupure de courant pendant que je jouais, je crois que c’était le deuxième morceau. Autant vous dire que j’ai laissé une grande impression. Bon, c’était une épreuve des éléments. Il faut que ça arrive, dans une vie. On le vit, on en rigole, on y repense, on a honte, et puis après on en rigole encore plus, et puis la vie continue.

Ta rencontre en tournée ?

Jésus. Jésus est venu me voir, je l’ai entendu, il m’a parlé. Haha, je rigole. Hmm, il y a plein d’histoires qui m’ont marqué, mais j’ai envie de choisir ce bon vieux Serge. C’était un bénévole qui nous conduisait (avec le projet Les Garçons Manqués) à travers des tout petits villages du coin de Bourgoin-Jailleu, dans le cadre d’un festival. Modeste, à construire lui-même sa maison, un homme qui connaissait la terre, ce genre d’homme qu’on met rarement en lumière, car il n’a a priori rien de spécial ; si ce n’est un cœur honnête, et une bonne volonté certaine, c’est à dire le plus important. Avec une bonne grosse barbe de bûcheron, et des dents qui lui manquaient. Qui nous racontait son histoire, ses amours, ses enfants, dans le van, sans nous l’imposer, mais parce qu’on lui avait demandé. Une belle leçon d’humilité. Et aussi, voir un homme massif d’au moins 50 balais qui pleure à la fin de ton spectacle, c’est très touchant. Il est revenu nous voir à une date à Grenoble y’a pas longtemps, il nous a juste salués avec un grand sourire plein de bonté, et il est parti. Trop bien. Ça m’y a fait penser.

Ton anecdote dans le van ?

Partir à 3 heures du matin pour aller voir le volcan en éruption sur l’île de la Réunion, le dernier soir avant de rentrer. On a beaucoup ri, on a écouté des musiques trop bien tout le long, et puis quand j’ai vu cette force de la nature en pleine action, j’ai été bouleversé. Déjà, c’est absolument magnifique, implacable. Et puis ça te donne une perspective immédiate sur ta vie, tu prends un recul instantané. Ta place en tant qu’être humain, l’échelle des choses, et… Bon OK, je vous ai perdu, d’accord, j’arrête. Bref. Beaucoup d’émotions sur ce trajet.

Ton nouvel album en quelques mots ?

Une tentative d’atteindre une vérité pure, parfois dans la douceur, parfois dans la colère, parfois dans la douleur, parfois dans la force. Qui essaye de saisir les différentes illusions de la vie, pour essayer d’aller voir plus loin. Il sort en mars 2019.

Ton prochain rêve ?

Que les êtres humains se considèrent avec des yeux francs et fraternels, soient exigeants dans leur générosité, intrépides dans leur sincérité. Plus égoïstement et moins dramatiquement que mon album soit écouté ET aimé, que je joue dans plein de films trop bien, que je trouve l’harmonie, que j’inspire de belles valeurs, et que ma maman soit fière de moi.

Saïkaly – Jeux d’ombres

En écoute avec Saïkaly :

  1. Sufjan StevensJohn My Beloved
    L’album Carrie & Lowell, c’est devenu un de mes préférés of all time. Ce morceau, parce que la mélodie et sa voix me tuent, que les paroles m’enterrent, et la production pose la pierre tombale.
  2. Atoms for PeaceIngenue
    Une merveille de production. Le son du synthé est si particulier, si humain, le rythme du morceau est hyper original, la mélodie hyper bien trouvée, la voix de Thom Yorke se mélange parfaitement à l’ambiance. Ça me donne envie de danser en spasmant à fond.
  3. Bon IverCreeks (live at NPR)
    Un exemple de mélange parfait entre électronique et humain. La voix de Justin Vernon, terriblement honnête, multipliée par la technologie. Et les paroles, énigmatiques et crues, qui viennent dénouer les nœuds de tes émotions réprimées. Ça résonne dans le cœur, tu peux rien y faire.
  4. Makeout VideotapeFuture Boy
    Le premier projet de Mac DeMarco. J’adore la production super duper home-made du morceau. J’admire comme il rend fluide certaines parties qui sont très techniques à la guitare, on s’en rend pas du tout compte, ça coule tout seul. Et sa voix, tout ça me donne envie d’aller marcher au crépuscule, une légère brise sur le visage, de prendre de grandes inspirations, et de fermer les yeux.
  5. The StrokesUnder Control
    La voix de Julian Casablancas, c’est une mes préférées de tous les temps. Ce morceau, il te donne envie de tomber en arrière dans un lit, fumer une cigarette, penser à la fille que tu as vue la dernière fois, et puis après à la vie en général.
  6. Jon BrionBookstore
    C’est un tout petit bout de la B.O. d’Eternal Sunshine Of The Spotless Mind. C’est un mini morceau qui dure 50 secondes, mais qui m’a fait pleurer. Un petit bijou qui vaut des millions. Ces cordes inversées, elles s’infiltrent dans tes veines et te tirent les larmes, impossible de lutter.
  7. Elliott SmithDancing On The Highway
    Je peux pas faire une playlist sans l’unique Elliott Smith. La construction de ce morceau est hors du temps : la progression harmonique est compliquée, très intelligente, peu commune, et pourtant on ne se pose pas une seule question quand on l’écoute : c’est évident. Aussi, j’adore le titre, et l’émotion que suscite le morceau lui correspond parfaitement je trouve. C’est là ce que j’admire trop chez lui ; la subtilité des émotions qu’il arrive à saisir, et à vif, en plus.
  8. Tobias WildenA Familiar Sky Grows Old
    Un musicien allemand que je suis depuis longtemps sur YouTube. Qui a l’air hyper humble, hyper intègre, hyper travailleur. Une perle dans l’océan, qui mérite 100 000 fois plus d’attention. Ferme les yeux, écoute ce morceau, et il viendra t’emmener autre part, au-dessus des nuages, et alors là, je ne saurais pas te dire ce que tu ressentiras (rire).
  9. Kaki KingNight After Sidewalk
    Kaki King, c’est une des mes guitaristes préférées. Ce morceau, il apaise les blessures, il t’enveloppe dans des draps violets, et te caresse doucement les cheveux. Le titre est triste cependant à mon sens. C’est un peu comme si la personne retrouvait le calme, après la tempête qu’elle a passée. Mais je pense qu’il faut justement encore plus l’écouter dans ces situations (rire).
  10. Lali Puna6-0-3
    Ce morceau, il me fait rentrer dans la terre. Il glisse contre ma peau, puis il s’infiltre dans mes veines, et hop il m’emmène jusqu’au noyau. Il m’amène à un calme profond, et ça fait du bien. J’adore la voix de la chanteuse, quand je l’écoute, j’ai l’impression qu’elle est bienveillante, elle a une qualité hyper apaisante. C’est bien pour finir cette playlist je crois. Take care.

Plus d’infos sur la page facebook de Saïkaly.