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This Is Not Your Animal

Un groupe qui cite Hüsker Dü en interview ne peut pas être un mauvais groupe. C’est le cas de Not Your Animal qui vient de sortir Not Rock And Roll… Comme un gosse de deux ans, ce groupe est dans sa période du non. Mais on lui dit un grand oui quand on écoute Cannibale ou Here We Are. C’est simple, direct et joliment bien emballé. Et addictif, car on le réécoute une fois terminé.

On se sent obligé de te poser la question : quelle est l’origine du nom du groupe ?

Ivan (basse) : notre posture darwinienne.
David (chant): j’ai proposé au début du projet de se nommer par une phrase, et de façon spontanée j’ai dit « I am your animal »… (allusion inconsciente à Iggy Pop ? Mon amour de la nature?). Ivan a aussitôt injecté le ‘Not’ parce que grand amateur d’ironie et d’humour noire, et quelques semaines plus tard on a laissé tombé le « I am » et « Not Your Animal » est resté. C’est très bien tombé finalement puisque ça sonne comme un slogan militant « pas ton animal ! » genre je suis pas ta bonne, ni ta pute ni ton nègre ni ton rien d’ailleurs. c’est parfaitement synchro avec notre positionnement en éthique pour les droits universels, droit animal aussi, l’écologie. Ni ressource humaine, ni ressource naturelle, ni chair à broyer pour la machine a dévorer le monde. De la à appeler l’album Not rock and roll, il n’y avait qu’un pas. Clin d’œil au punk.

2) Not Your Animal compte deux Black Strobe en son sein. Comment le groupe s’est formé ?

Benjamin (batteur) : seulement un en fait, moi
Jeremy (guitares) : oui l’autre on l’a viré il chantait faux.
David : j’ai rencontré Jeremy en studio, énorme guitariste de blues rock mais qui préfère autant s’inspirer des musiques de film de John Carpenter et je lui ai proposé de monter le groupe de la mort pour tourner en France. Alors il a été cherché son ami Ivan, bassiste, qui vient du jazz et des musiques chaudes, et son batteur Benjamin (dans Dirt Sixteen Machine), grand féru d’electro et ils ont écouté mon répertoire et hop, c’est parti. C’était moins un groupe qu’une chimère, on allait s’amuser. L’énergie de la première repét’, le « chemistry » étaient énormes. Tout le monde a kiffé l’idée d’un Americain à paris, qui fait dans la « country d’intello » pour aller mettre le feu dans les bars et cafés concerts de l’Hexagone. On est très vite passé à l’enregistrement, à la réalisation du clip, pour fabriquer notre carte de visite, notre « product » pour maintenant aller jouer live. C’est notre ligne d’horizon, le Live. Une drogue. Donc 2020, concerts.

Ou a été enregistré cet EP ? En combien de temps ?

Benjamin : 3 sessions de 48h a mains d’œuvre, avec Etienne Sarthou, le batteur d’Aqme à la prise et au mix, qui est aussi ingé son, Mains d’œuvres c’est ce lieu culturel sublime qui vient d’être fermé par la mairie de Saint-Ouen. Les cinq morceaux ont ensuite été masterisés en Suède par Magnus Lindberg.

Vous voulez montrer tout le spectre du rock US avec cet EP. Pourquoi ?

Ivan : Parce que l’Amérique a besoin de nous.
David : Ou pour les mêmes raisons qu’un chien se lèche les couilles, parce qu’il peut… Nan je rigole. C’est une vieille blague new yorkaise. En fait j’ai commencé jeune par de la cold wave, du sous Joy Division, Echo and the bunnymen, puis les Sonic Youth, Hüsker Dü, un grand tour par Lou Reed et les Velvet, sans réellement savoir toucher une guitare ni savoir chanter. le nihilisme punk était passé par là et avait dit fuck off a toute idée de théorie musicale, bref back to basics. solos de guitares interdits parce que ringards. Etc. c’est ce qui a permis a beaucoup de nuls de faire de la zique, phénomène qui a quand même donné des merveilles d’Art comme les Pixies. Puis est venu le grunge. Voyant que ca allait pas etre mon cas de percer, je me suis enfui dans la jungle amazonienne ou j’ai bossé comme ornitho et ethno avec l’université Cornell a faire de la recherche scientifique et vivre avec des peuples premiers du sud du venezuela. Puis new york et le vermont, ou j’ai bossé comme prof de fac chez moi aux Etats-Unis. Gros hiatus de rock and roll, Zero Musique pendant 10 ans.
En revenant à Paris à 40 ans, j’ai repris ma vieille gratte et me suis remis a écrire. C’est un peu une tradition aux Etats-Unis de penser qu’on peut retourner faire ses études et recommencer sa vie au moment de la crise de la quarantaine. Depuis, en dix ans j’ai fais mes 10 000 heures. J’écris et j’enregistre sans cesse. 6 albums en tout, avec des musiciens issus de tous les genres. Je tourne beaucoup. Chemin faisant j’explore d’une chanson à l’autre tous les genres du rock US ou presque, pour apprendre. C’en est boulimique. Donc pas exclusif a ce disque avec Not Your Animal. Pour élargir mes horizons et RESPIRER aussi parce que je me sens confiné et claustrophobe dans un seul genre et avec l’âge j’ai horreur du tribalisme en musique comme j’ai horreur du nationalisme et du racisme (et tous les autres « ismes »). Donc petit a petit le fait de bouger horizontalement entre les sous genres de mon pays, la country, le blues, le rock and roll, la folk, le jazz, le psyché, des choses teintées de Gospel, au départ pour assouvir un désir obsessionnel, c’est devenu un « political statement », un acte politique, celui de faire tomber les frontières. Mais je n’oublie pas mes racines post-punk un peu bruitistes histoire d’envoyer du bois et perpétuer l’illusion bête que je rajeunis haha. Mes maîtres à penser sont Nick Cave et avant lui les Gun Club de Jeffrey Lee Pierce, qui ont créée la niche de cet « Americana Punk » Des chansons mordantes, urgentes mais en même temps poétiques, lyriques, contemplatives. Du speed-bol sonore. C’est avec Not Your Animal, vu le talent et niveau de ces musiciens, que je peux vraiment aller jusqu’au bout de cette idée : on revisite le grand paysage américain, forcément épique, grandiose, mais un peu comme si Mad Max était passé par la et tué Davy Crocket. Ou Donald Trump d’ailleurs, grand leader de l’apocalypse. D’où la pochette du disque, volontairement dystopienne.
Ce qui m’amène, pour enfin finir de répondre à ta question, à la nature engagée de mes textes. Les paroles ne parlent quasiment que de rupture, d’écocide, de mort, de déchéance, d’apocalypse, des limites évolutives de notre espèce profondément primate, d’une conquête de l’ouest devenue cannibalisme du monde. Il n’y a plus de far west, de « dernière » frontière. Game Over, comme dit la chanson Here We Are, avec un peu de triomphalisme sarcastique, nous sommes arrivés au bout du monde, au sens de sa « fin ». The End of the World. Un ami, auteur américain, a écouté Not Rock and Roll. Il l’a qualifié de « ECOCORE », « des hymnes ignifuges et élégies de bord de route pour la fin du monde ». (Et il a écrit un très joli « blurb » que je mets ci-bas) Nous (musiciens, reals, auteurs, metteurs en scène) avons besoin du regard extérieur des critiques et chroniqueurs pour nous aider a réellement comprendre ce qu’on fait. Se décrire soi même est tentant, mais c’est aussi vain que d’essayer de mordre ses propres dents…pour paraphraser le philosophe Alan Watts.

Comment fonctionne le groupe en terme d’écriture ?

David : Je suis songwriter, j’écris paroles et musique, le matin au café sur mon canapé ou dans le métro, j’y vais à l’intuition, j’ai toujours opéré en DIY, autodidacte, lo-fi, souvent avec des paires issues eux aussi de punk rock ou du slacker ou l’ignorance est considérée un peu comme une vertu, mais là avec Not Your Animal mon équipe est très exigeante musicalement, très expérimentée, pro, et ils me poussent vers quelque chose de toujours plus recherchée, nuancée, subtile, on travaille les voix et harmonisations à mort pour essayer de sublimer chaque chanson, la structurer, on bosse avec partoches, on augmente les accords, on ajoute des chœurs, un vrai boulot de pré-production avant de rentrer en studio, c’est la première fois que j’ai une équipe de ce niveau, tout en prenant soin toujours de ne pas en faire trop (« less is more ») sans pour autant faire dans le pierre-a-feu, le galvaudé, le prévisible… C’est comme pour tout, un équilibre à rechercher, comme faire la mise au point quand on regarde un piaf a la jumelle, ca ne tient parfois qu’a un fil… même quand c’est un gros morceau de rock bien baveux comme Neighborhood, le quatrième titre du EP, il y a un gros boulot derrière de recherche pour optimiser le morceau, le rendre crédible. L’étoile polaire d’Ivan Réchard, notre bassiste/claviériste mais aussi leader en termes d’arrangement, c’est l’œuvre des Beatles. Il en adore la musicalité, les accords imprévus mais qui marchent. Idem Radiohead dans le rock. Bowie. La barre est donc fixée très haute et Ivan nous pousse toujours plus loin. Moi j’aurai tendance a glorifier « ce qui sonne bête » pour paraphraser Iggy Pop, mais cette nouvelle formation s’est mis en tête de refaire mon éducation musicale.

TOP 10

1) Votre disque préféré de 2019 (pour le moment) ?

Benjamin : Rien. On est trop vieux on n’écoute plus de musique.
David : C’est vrai qu’à force de jouer, donner des cours de musique, souvent en fin de journée on est trop fatigué pour écouter (encore) de la musique. En plus on a un peu décroché au niveau de ce qui sort. La musique c’est par les jeunes et pour les jeunes. Si nous on continue de jouer a 40 et 50 balais c’est qu’on a pas le choix. C’est une condition a la naissance. Une passion/obsession a vie. Perso je n’écoute plus qu’en conduisant une bagnole, cet été aux Etats-Unis en tournée j’ai ré-ré-récouté en boucle in it for the money de Supergrass et Teenager of the Year de Frank Black et The Lyre and the Orpheus de Nick Cave and the Bad Seeds. C’est dire.
Jeremy : Rory Gallagher et les musiques de film de John Carpenter !

2) Le disque que tu attends le plus ?

Ivan : la reformation des Beatles.

3) Votre bande originale de film préférée ?

Benjamin : c’est un classique mais Deadman de Jarmusch avec la zique de Neil Young
Jeremy : John Carpenter !

4) Le refrain ultime ?

David : Dancing Queen d’ABBA ou Passenger d’Iggy Pop, au choix
Jeremy : Waiting for the Sun des Doors.

5) Le producteur de tes rêves ?

Benjamin : Euh… on aime bien bosser seuls et sans producteur en fait ;-)
David : J’ai entendu un gars sur NPR : John Congleton. Il a produit entre autres St Vincent et j’ai flashé grave sur sa façon de parler de production et de musique qui sait peut-être dans une autre vie.

6) New-York ou Paris ?

Tous : New-York.

7) Ta pochette de disque préférée ?

Jeremy : A saucerful of secrets des Pink Floyd.
David : Candy Apple Grey de Husker Du.

8 ) CD ou Vinyle ?

David : Vinyle dès qu’on peut pour nous, pour le reste ce qu’on a sous la main, trop souvent nos téléphones. N’ayons pas peur de nos contradictions.

9) Le meilleur endroit sur terre pour faire un concert ?

Ivan : Sur l’eau.
David : A la Maison Blanche.

10) Le meilleur endroits sur terre pour voir un concert ?

David : Un paysage islandais genre celui au début de Prometheus de Ridley Scott

Not Rock And Roll de Not Your Animal est disponible.

Not Your Animal - Not Rock And Roll

Not Your Animal - NoT Rock And Roll

Tracklist : Not Your Animal - Titre album
  1. Reason To Love
  2. Abracadabra
  3. Here We Are
  4. Neighborhood
  5. Cannibal

Pouet? Tsoin. Évidemment.
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