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[2000 – 2020] Boxing Doves

Manchester – Février 2000 : Standing on the Shoulder of Giants vient confirmer ce que tout le monde craignait : Noel Gallagher est à sec et il va falloir faire sans lui. Le Nord a la gueule de bois. Après 6 ans de règne sans aucun partage, Oasis se saborde mais tente de rester tout de même à flot. Il n’empêche que Manchester semble ne plus pouvoir jouer son rôle.

Manchester – Avril 2000 : Lost Souls prend tout le monde de court. Les ex-Sub Sub, métamorphosés en Doves et signés chez Heavenly Recordings (Beth Orton, Saint Etienne), font enfin une percée significative dans les charts anglais et vont imposer leur pop transfuge des soirées de l’Hacienda. Et devenir l’un des groupes les plus importants des années 2000.


Est-ce que le commun des mortels a entendu parler des Doves en France en 2000 ? Non. Ou alors il fallait être bien renseigné… Les Doves vont faire parler d’eux, à juste titre, avec The Last Broadcast et ses (putains) de singles.
Hommes de la lumière (Sub Sub) et hommes de l’ombre (Electronic, Badly Drawn Boy), les trois Doves croyaient en leur musique. Malgré les coups durs de la vie, ils vont enregistrer ce premier album contre vents et marées pour nous faire vivre des sentiments aussi complexes qu’évidents. Les Doves, c’est un pied dans un stade de football, l’autre dans la salle de lecture de la bibliothèque municipale de Manchester. Les snobs refusent d’écouter les morceaux de Lost Souls et préfèrent s’endormir avec Elbow. Les fans d’Oasis ont loupé le coche… Bref, les Doves sont faits pour les gens qui ont du goût.
Les Doves ont confié leur identité visuelle à Rick Myers, un de leurs proches. Déambulant dans les rues de Manchester, Myers a utilisé le décor urbain pour accrocher au sol les mélodies des Doves. Du Ritz en passant par Whitworth Street, Myers a su réinventer la ville.
Retour sur la photographie qui a été utilisée pour la pochette de Lost Souls avec l’intéréssé.

Comment as-tu rencontré le groupe ?

Rick Myers : J’ai rencontré Andy et Jez quand j’avais 15 ans lors d’une très bonne soirée passée dans un club de Manchester, le Glitterbaby. La petite amie d’Andy de l’époque était une amie commune et m’a dit qu’Andy et Jez avaient l’habitude de faire des soirées assez folles.
Une autre nuit, je suis allé dans la forêt de Macclesfield avec quelques amis qui connaissaient un très beau bivouac que quelqu’un avait construit avec des branches. Je ne connaissais pas Jimi à l’époque mais il était là avec des amis pour la soirée. Je l’ai rencontré par hasard… Je ne savais pas qu’il était dans Sub Sub avec Andy et Jez.

Doves – Here it comes

Quelle est l’histoire de la photographie utilisée pour la pochette de ce disque ?

Andy, Jez et Jimi m’ont parlé de leur attirance pour les vieilles affiches de boxe. Mon approche pour leurs pochettes a toujours été guidée par la volonté de coller à l’état d’esprit de leur musique et de comprendre d’où elle venait. Nous avons développé l’idée d’une approche à la fois cinématographique et photographique en travaillant avec un boxeur. Pendant mes recherches, j’ai eu l’immense chance de rencontrer Sean McHale qui dirigeait alors le Ardwick Lads Boxing Club. C’était une personne tout à fait incroyable, encourageante et positive. C’était un vrai privilège de travailler avec lui. Il en va de même de pour Richard Mulhearn qui était photographe. Nous allions au club la nuit et nous photographions des choses assez communes comme les exercices d’échauffement implacables de Sean. Il faisait 100 assis tout en se penchant à l’envers par exemple…

Nous improvisions différentes configurations comme dans un studio. Les histoires personnelles sont assez fortes dans ce club. J’ai apporté quelques petites torches à intégrer dans les gants de boxe de Sean afin que nous puissions photographier les traces qu’il faisait alors qu’il faisait de la boxe fantôme. Nous avons installé le flash dans l’espace sombre pour les images qui sont devenues une série de photomontages assez subtils que nous avons utilisés par la suite pour des pochettes.

Ironiquement, Sean était peut-être à la fois l’une des personnes les plus difficiles et les plus sensibles que j’ai rencontrée. Il a admis qu’il pouvait devenir un peu nerveux quand le club fermait. Il a gardé l’installation des torches sur lui. Il a utilisé son cachet pour acheter de nouveaux équipements pour le gymnase afin de soutenir la communauté. Je me suis senti vraiment privilégié de le rencontrer à travers ce projet. J’essaie de suivre ces liens significatifs à travers la musique et les gens avec qui j’ai croisé chaque projet. Chaque pochette a son histoire qui lui est propre. C’est une oeuvre d’art intimement liée à l’histoire des gens qu’elle a rencontrés lors de sa création.

Quelle a été ta liberté dans ce processus de création ?

Il n’y a pas de voie toute tracée avec les Doves. Nous échangeons pas mal et nous essayons de comprendre quels sentiments se cachent derrière la musique. J’ai peut-être parfois beaucoup parlé… Ils sont très visuels et n’adhèrent pas trop aux démarches conceptuelles. Mais nos deux approches ont permis la création d’un visuel très solide malgré des situations assez fascinantes voire absurdes lors de sa création.

Comment la musique du groupe t’a inspiré ?

Je dirais que l’aspect cinématographique a été la principale inspiration de la musique. Évidemment, nous sommes assez proches. Nous nous connaissons depuis que nous sommes jeunes. Cela fait partie de l’équation. Le lien personnel est fort. Nous avons vécu pas mal de choses ensemble… Cela fait vraiment partie de l’équation. Mais j’ai voulu répondre aux éléments clefs du métier de graphiste.

Quels sont les meilleurs souvenirs liés à ce travail ?

Sean McHale et Ken Trippier.

Doves – Sea Song

Quel est ton morceau préféré de ce disque ?

C’est vraiment difficile à dire. j’ai eu de telles expériences personnelles en travaillant sur des pochettes et des vidéos et ces expériences se replient dans la musique quand je l’entends. Si je devais choisir, je devrais dire Sea Song en raison du soutien que Rob Gretton m’a apporté quand j’ai réalisé le clip. Il n’est plus aujourd’hui. Tout comme Ken Trippier qui était une très belle personne. Je pense à lui quand j’entends la chanson. La jetée ouest de la plage de Brighton que Joshua Raikes a photographiée pour la pochette originale de l’EP Sea (Rob’s Records) s’est effondrée par la suite. Le sentiment de ces transitions physiques et émotives à grande échelle capture vraiment l’essence de la musique Doves pour moi.

Doves - Lost Souls

Lost Souls des Doves est disponible via Heavenly Records/PIAS.
Le photomontage original de la pochette sont signés Rick Myers et ont été publiés sur le site officiel des Doves.
Le travail de Rick Myers est disponible sur son site officiel.
La photographie du montage de la pochette se trouve sur Doves Music.

doves-lost souls

Tracklist : Doves - Lost Souls
  1. Firesuite
  2. Here It Comes
  3. Break Me Gently
  4. Sea Song
  5. Rise
  6. Lost Souls
  7. Melody Calls
  8. Catch The Sun
  9. The Man Who Told Everything
  10. The Cedar Room
  11. Reprise
  12. A House

English text

How did you meet this band ?

Rick Myers : I met Andy and Jez when I was around 15 at a pretty great club night in Manchester called Glitterbaby. Andy’s girlfriend at the time was a mutual friend and told me Andy and Jez used to put speakers outside in summer and hang out and that I should come along sometime, so she introduced us.

I went up to Macclesfield forest late one night with a couple of friends who knew of a really beautiful bivouac someone had constructed using branches. I didn’t know Jimi at the time but he was there with friends having an evening scenario, too, so I met him there in the bivouac by chance before I knew they were in the band (Sub Sub at the time) together.

What’s the story of the picture of the front cover ?

Andy, Jez and Jimi talked about maybe emulating a vintage boxing poster for the artwork. My approach for their sleeves was to always try and understand the source of their ideas and refer to the feeling of the music of course. We developed the idea of a cinematic and photographic approach working with a boxer. While researching production for the shoot I was really lucky to connect with Sean McHale who used to run Ardwick Lads Boxing Club. He was an utterly amazing, supportive and positive person and a privilege to work with, and I’d say the same about Richard Mulhearn who was the photographer. We would go to the club at night and photograph Sean’s relentless warm up exercise routine, 100 sits up while hanging upside down for example, and improvise with different photographic set-ups in the space, there was so much personal history there. I brought some small torches to embed in Sean’s boxing gloves so we could photograph the traces they made while he was shadow boxing. We made the flash flare in the dark space for images that became a series of subtle photomontages for the cover and elsewhere within the sleeves and labels. Ironically Sean was perhaps both one of the toughest and most sensitive people I’ve met. He admitted he could get a bit nervous of the dark when was locking up at night so he we left the torches for him. He used his fee toward some new equipment for the gym to support the community. I felt really privileged to meet him through this project. I try and follow these meaningful connections through the music and the people I crossed paths with through each project. Each sleeve has stories connected to them that are embedded in the artwork.

How did you work with the band ? Did you have a total creative freedom ?

There’s no single set way and in particular with Doves it was generally quite conversational, trying to discuss and understand their feeling behind the music while responding to the music itself. I frustrate them with so many words sometimes I think, as they respond more to visual prompts than concepts generally, but I think we’ve made some really strong sleeves via our unique joint method and there been some really meaningful, fascinating and absurd situations in the process.

How did the band’s music inspire you?

I’d say the cinematic aspect has been the main inspiration in the music. Obviously there’s a personal connection as I’ve know them since I was quite young and we’ve all been through quite a lot together, in various ways, so this is part of the equation for me I think, but musically, the craft, scale, and emotive cinematic aspects have always been the key things I’ve responded to.

What are your best memory of this work ?

Sean McHale and Ken Trippier.

What’s your favorite Lost Souls track ? And why ?

It’s really difficult to say, I had such personal experiences working on sleeves and videos for it and those experiences fold back into the music when I hear it. If I had to choose I’d have to say Sea Song on account of how supportive Rob Gretton was in my involvement my making the video for that project and the fact when I started making it he was there and when the video was finished he was gone. Ken Trippier who was featured in the video was such a beautiful person who is also now gone. I think of him when I hear this. And the West pier on Brighton beach that Joshua Raikes photographed for the original Rob’s Records 10” sleeve later collapsed into the ocean. The feeling of these large scale physical and emotive transitions really capture the essence of Doves music for me.

Pouet? Tsoin. Évidemment.
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