D’ailleurs, il n’y aurait peut-être rien à inventer, cette nuit-là. Et peut-être même que c’était comme ça. Pile comme on aurait voulu le voir. Ou pile comme on l’aurait vu. Sinon, il ne nous resterait qu’à se fabriquer des perspectives, à s’inventer des images. Et descendant d’un pas tranquille, presque détaché : Jean Felzine. Costard noir, pochette pourpre au cœur, cheveux rejetés en arrière, yeux bleus perçants, mains dans les poches, clope à la bouche. Gueule d’ancien premier, mais qui se serait bien gardé de l’avoir été. Dégaine de crooner, parfaitement flegmatique. Et des allures de juke-box.

Cernée entre les façades et la lente retraite caniculaire d’un septembre qui aurait des manières d’août, l’impasse serait muette. Ou quasiment. Juste des bruits que l’on discernerait, et de loin. Ceux à travers les fenêtres ouvertes, ces bruits que l’on sait familiers sans les reconnaître formellement. Quelques éclats de voix, un entrechoc de couverts, de vaisselle peut-être, et le murmure d’une télé.

Jean Felzine – État Stable

Son claviériste l’aurait rejoint, la silhouette sombre aussi, mais moins « Wurlitzer », plus chaloupée, peut-être moins précise. Et aux mouvements que l’on devinerait pourtant plus secs, la main régulièrement occupée à faire croire qu’elle pourrait dompter une chevelure paniquée, qui se rêverait folle, sans l’être totalement, qui l’était donc un peu, au moins à mi-chemin… On l’imaginerait rêveur, ou cruciverbiste décroisé, le cœur agité.

Ça s’échangerait alors des mots. Un, deux. Pas plus. Pas besoin. Tout serait en ordre, huilé. Ça serait de toute façon trop tard, ils seraient attendus. À l’intérieur, de l’autre côté de la porte en fer, la première partie en terminerait. Ça serait pour bientôt, même maintenant, et les derniers applaudissements…

En attendant, nous, on continuerait nos images, on se ferait des défilés. De limousines, de Plymouth Fury, sombres ou colorées, de vieux noir et blanc, de gris bleuté, et de seconds rôles, un peu frimeurs, un peu cogneurs. Il y aurait là comme des vedettes sur le retour, des clubs londoniens, des rockeurs morts trop jeunes, au matin des sixties, ou qui de la mort en seraient revenus, cramés ou calmés, avec des airs de variété. Mais élégante, la variété, et puis toujours précise, un peu menthe à l’eau, même veloutée. Et ça n’oublierait pas le style, et les micros en collés-serrés, contre lesquels ça se loverait, contre lesquels ça grimacerait, se tordrait, que ça projetterait en avant, et que ça ramènerait en arrière, vers soi, en mouvements lents mais nerveux. Pour se souvenir enfin. À te réciter l’amour, ses histoires belles et ratées. À te décimer des filles, ou à les supplier.

Jean Felzine – Mes Amis Dans Le Rock

Le 18 septembre 2020, Jean Felzine, accompagné de Mathieu Geghre au clavier, donnait un concert à Lyon, à À Thou Bout d’Chant.

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