Chronique : Arcade Fire - The Suburbs
Cette fois ci, nous allons tenter d’être à l’heure…

Explication de texte. En 2004, cette bande de galopins nous avaient claqué le beignet avec une bombe à retardement. Les premières écoutes s’étaient avérées communes, anecdotiques. Puis on poussait de nouveau la porte et la boite de Pandore livrait peu à peu ses secrets. Quelques mois plus tard, tout le monde ne jurait que par eux. Et jurait par la même occasion qu’ils ne pourraient pas prolonger l’essai. De nouveau perdu. Décidément, ce groupe est d’un pénible…
A cet état de fait, plusieurs éléments. Certes Butler et ses sbires ont quelques chose à nous dire, ce qui est assez rare en ces temps de vaches maigres. Ils savent piocher là où les autres ne font que passer (Springsteen pour ne citer que lui). Et surtout, ils ont du talent. Complétement inégalitaire, cette situation peut rendre fou une kyrielle de groupes. Tant pis. C’est ainsi.

Arcade Fire

Titre évident, The Suburbs, traite donc de géographie et du rapport de l’individu à son espace. Et vice versa.

« In the suburbs, I learned to drive And you told me I’d never survive Grab your mother’s keys, we’re leaving » entonne donc un Butler sur lequel plane le fantôme du Loner. Chanson convenue, d’un classicisme écervelé, The Suburbs bénéficie d’arrangements savamment dosés.

Quelques coups de brigadier et Arcade Fire nous emmène de nouveau dans un monde hanté et frénétique avec Ready to start. Passé ce moment qui nous rappelle les envolées de Rebellion Lies, Modern Man et sa basse jouissive montre un Win Butler timoré, recroquevillé derrière ce slogan funèbre « I’m a modern man ». Passé le très baroque « Rococo » et ses arrangements typiques, le groupe clôt le premier mouvement du disque avec l’avalanche de violons d’Emptu Room.

Les foules ont entendu quelques paires de mois pour avoir leur shoot canadien et elles vont être servi. Seize titres. Pas moins. Et il faut une course effrénée et une attention de tous les instants pour tenter de décrypter ce disque qui flingue dans tous les sens. La paire d’Half Light passée, Suburban War et ses guitares majestueuses transforment l’auditeur en spectateur d’un duel de cow boys placées sous l’égide d’Ennio Morricone. Tocsin et ribambelles de sable enchevêtrent les ondes.

Ce disque se regarde.

Après avoir été plongé dans une fosse punk à cause de l’agressif Month of may, on retourne dans les prophéties sonores de Markus Dravs et d’Owen Pallett avec le grandiloquent Deep Blue et ses ascensions bourgeoises vertigineuses. Pas de répit. Chassagne et sa troupe nous achèvent avec l’entêtant Used to wait et son déferlement anarchique. De touches de piano savamment répétées, nous nous retrouvons dans une orgie qui n’a de sens que dans le tourbillon  de rêves créés par ces magiciens.

Bullet in the head. La paire de Sprawl nous flingue.

Finalement 16 banlieues. Aucun centre. Juste 16 pôles qui flottent dans les nuages.

Et on arrive à se dire que nous ne serons jamais à l’heure avec ce groupe. Après l’écoute de ce disque, nous pouvons de nouveau nous réveiller.

Pouet? Tsoin. Évidemment.
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