Vidéo : Bigflo & Oli – Sacré Bordel

Bigflo & Oli écrivent leur lettre à France, simple, basique mais surtout efficace contre la petite musique nauséabonde de cette dernière semaine pré premier tour.

La France on l’aime et on lui fait une déclaration. Et point besoin de grandiloquence ou de provocation. Justes des mots sur des doutes, justes des mots sur une histoire familiale pourtant assez banale. Mais comment ne pas hésiter quand une partie de notre jeunesse subit ces injonctions permanentes à l’intégration ou au choix cornélien entre deux cultures. Amin Maalouf ouvre ses identités meurtrières ainsi : « Depuis que j’ai quitté
le Liban en 1976 pour m’installer en France, que de fois m’a-t-on demandé, avec les meilleures intentions du monde, si je me sentais ‘plutôt français’ ou ‘plutôt libanais’. Je réponds invariablement : l’un et l’autre ! »

Alors on peut trouver ce Sacré Bordel mièvre voir angélique. Pourtant ce titre fait du bien en ces temps de concours de francité et de remise en cause du droit du sol cher à Enerst Renan. On peut en avoir marre de voir certains pointer ou être pointés du doigt.
Juste vivre. Ensemble. Car les autres, c’est nous.

Bigflo & Oli – Sacré Bordel

Pourquoi je suis mal à l’aise devant mon propre drapeau ?
Pourquoi j’le vois brandi uniquement à l’étranger ou chez les fachos ?
Longtemps qu’il a pris la poussière, le mien ne m’a pas trop servi
Pourquoi ça me gêne moins quand c’est celui de l’Argentine ou bien d’l’Algérie ?
Je réponds : “je suis Français”, d’un air hésitant, comme si en douter devenait évident
Peu importe le bord, peu importe le camp, on m’a dit de détester le Président
J’viens du pays où il fait toujours beau mais aussi d’celui où il pleut tout l’temps
Dis-moi de qui j’suis le descendant : des collabos ou bien des résistants ?
Autant de cons que de complexes, si je pars, vous allez pas m’manquer
Mais à l’autre bout du monde, premier réflexe : je cherche s’il y a des Français
J’aime la France, comme une tante avec qui j’suis pas toujours d’accord, qui fait trop peu d’efforts
Mais pour qui je chialerai toutes les larmes de mon corps à sa mort
T’as vu depuis combien de temps ça dure ? Amour ou haine, c’est pas une mince affaire
La police, celle des sales bavures ou celle en première ligne à l’Hyper Cacher ?
Voir ailleurs, prendre du recul, essayer de couper la poire en 2
Quand on part en Inde, on se sent Français ; quand on en revient, on se sent chanceux
Souvent, on trouve les réponses quand on les attend pas (Quand on les attend pas)
Ici, c’est à celui qui mentira le plus sincèrement
On s’aime (On s’aime) qu’après les Coupes du monde ou les attentats (Les attentats)
Comme ces familles qui s’réunissent qu’aux mariages ou aux enterrements
Ça t’fait bizarre mais je l’aime, ce pays, celui qui me taxe et me couvre d’impôts
Celui qui paye pour moi à la pharmacie, qui m’emmenait gratuit voir la mer en colo’
Son histoire, j’en connais ses horreurs, mais aussi sa puissance
J’suis pas responsable de ses erreurs, mais j’dois faire avec ses conséquences
Trop de promesses, on fait connaissance, mais combien se connaissent ?
Faut qu’on progresse pour être honnête, moi, la France, j’ai tendance à l’écrire avec un S
On fabrique à l’étranger si c’est moins cher, et toi, t’irais où si venait la guerre ?
On oublie l’histoire, on refait l’histoire, la paix au pied du mur de nos frontières
Mon padre vit en français, mais rêve en espagnol, est-ce que c’est grave ?
Et il écrit “Vive la France” avec une faute d’orthographe

Beaucoup de questions, peu de réponses, j’ai que les paroles d’une chanson
Comment être un artiste engagé quand je sais pas vraiment quoi penser ?
Tout c’qui est sûr, c’est qu’j’suis Français, que mes grands-parents ne l’étaient pas
Mais c’qui compte, c’est plutôt l’arrivée ou la ligne de départ ?
Et putain, c’que j’aime la France pour son histoire, pour ses châteaux, pour ses cathédrales
Pour sa campagne, pour sa culture, pour ses montagnes, eh ouais
Mais on s’bouffe entre nous comme des cannibales, tous dans le même bateau, ça, c’est capital
Plus de nuance, que du radical, tous cachés derrière une barricade
Tout le monde sait tout, hein ? L’estime de soi est haute
On rejette la faute sur l’autre, mais les autres, c’est nous
Et paraît qu’y’a le feu à la chapelle, le pays de Jeanne d’Arc ou de Jamel ?
Paraît qu’être aigri, c’est notre fierté, qu’on est les rois d’la liberté
Dans le grimoire, y’a les gaulois, y’a les chevaliers
Mais dans la cuisine, y’a ma grand-mère et ses tatouages berbères effacés
Des fois, j’me dis : “Viens, j’me casse, j’prends une maison au bord d’un lac”
Et puis le soir, devant la glace, j’me ravise de partir comme un lâche
Parce que j’crois qu’j’aime ce pays malgré tout, quand j’en parle, je ne pense qu’a mon retour
Elle est belle ma France et son terroir, même si c’est pas moi qu’elle voit dans l’miroir
J’me dis qu’on pourrait le faire, briser le plafond de verre
Au lieu de pointer les différences de chacun, s’concentrer sur tout c’qu’on a en commun

Les parties de Monopoly, pleurer sur les sons de Johnny
Ecouter les conseils des vieux, la Bretagne, même s’il pleut
Prendre plein de médicaments, l’aspirine et le Doliprane
Omar Sy et Zidane, dire que c’était mieux avant
La vie en rose d’Edith Piaf, les perles de pluie de Jacques Brel
Faire des sculptures avec le truc rouge qu’y a autour du Babybel
L’heure de l’apéro, pas assumer la gueule de bois
Râler quand il fait trop chaud et râler quand il fait trop froid
La France, je l’aime, j’veux encore d’elle
Français de la tête aux orteils
Mais toutes ces erreurs qui nous précèdent
Voilà pour elle un beau poème
Sacré mélange, sacré cocktail
Certains me disent qu’il est mortel
Mais malgré tout les problèmes, je t’emmène
Dans mon sacré bordel

Lyonnais qui revendique sa mauvaise foi car comme le dit Baudelaire, "Pour être juste, la critique doit être partiale, passionnée, politique...", Davantage Grincheux que Prof si j'étais un des sept nains, j'aime avant tout la sincérité dans n''importe quel genre musical...

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