Mark Lanegan – Blues Funeral

Mark Lanegan - Blues Funeral
Queen Mafalda - 04/05/2012

Mark Lanegan - Blues Funeral

Mark Lanegan est chanteur de rock. Moins expérimental et plus discret que Mike Patton, il n’en est pas moins prolixe. Depuis le début des années 90, il pose sa voix sur une multitude de projets. Cette année il lance son deuxième album solo.

Mark Lanegan

Mark Lanegan a collaboré avec toute la planète rock de ses 20 dernières années. Il débute sa carrière dans les années 90 à Seattle. Quoi de plus normal alors que de commencer par le grunge. Après un projet avorté avec Kurt Cobain, le prince de l’époque, Mark Lanegan lance les Screaming Trees. Le groupe grunge n’aura pas le succès d’un Pearl Jam mais sortira tout de même 11 albums. Après le dernier album du groupe en 1997, Mark Lanegan multiplie les rencontres. Il participe aux albums de Queens Of The Stone Age depuis leur album Rated R, forme un duo avec le chanteur d’Afghan Wings, un autre avec Isobel Campbell la moitié de Belle and Sebastian, s’acoquine avec les belges de Creature With Atom Brain… Lorsqu’il est en mal d’égo ou que ses collaborations ne lui permettent pas de s’exprimer comme il le voudrait, Mark Lanegan sort des albums solos. Chez Sub Pop Records d’abord, héritage grunge probablement, puis chez Beggars Banquet. Blues Funeral, son nouvel album solo sortait en février. Pour ne pas faire mentir son gout pour les rencontres musicales, Mark Lanegan retrouve pour l’occasion Josh Homme, le leader de Queens Of The Stone Age et compagnon de longue date, Dreg Dulli frère d’arme sur le duo The Gutter Twins et Jack Irons ex Red Hot Chili Peppers.

Blues Funeral, le titre semble coller à merveille à l’image sombre de Mark Lanegan. « Le Blues c’est un état d’esprit chez moi » disait-il au magazine Noise. Dès l’ouverture de l’album, avec « The Gravedigger’s song », le premier single, la voix du chanteur se fait encore plus grave et rocailleuse que d’habitude. Elle se prête à merveille à ce titre nerveux aux percussions puissantes ou à « Bleeding Muddy Water », morceau à la lenteur lascive et à la batterie martelée comme autant de coups de buttoir. Sur « St Louis Elegy », les orgues et les harmonies vocales font discrètement planer l’esprit d’Ennio Morricone. La ballade « Deep Black Vanishing Train », avec ses guitares claires et ses instruments à vents, insuffle une touche americana à l’album… Blues Funeral enchaine les morceaux lugubres, mélancoliques, sombres, saturées, puissants, nerveux, qui s’inscrivent dans la continuité des courants explorés jusqu’ici par Mark Lanegan.

Mark Lanegan Band – Quiver Syndrome

http://soundcloud.com/exclaim/sets/mark-lanegan-band-blues/s-WSsSJ

Mais ce n’est pas tout, parce que Mark Lanegan nous réserve quelques surprises. L’air de rien et dés le troisième morceau de Blues Funeral, le chanteur de rock s’essaye à une électro pop pleine de synthés et de boite à rythme. Une invitation à la danse, véritable matériel à dancefloor. On n’avait jamais imaginé Mark Lanegan dans le registre de crooner pop un peu glam, mais c’est pourtant de ça dont il s’agit. La voix de fumeur compulsif ne collera jamais vraiment aux arrangements électro pop un peu simpliste. Et si l’essai ne manque pas d’honnêteté, il manque plutôt d’authenticité. Comme si le chanteur de rock un peu anonyme avait voulu montrer que lui aussi était capable de faire danser les foules sur la bande FM. En restant anecdotiques, les morceaux auraient pu prêter à sourire, passer pour une blague, ou un essai motivé par la curiosité de l’artiste. Mais à force de multiplications, ils finissent par ennuyer au mieux, irriter au pire. Ce ne sont ni les synthés ni les boite à rythmes qui sont nouveaux chez Lanegan, alors finalement c’est peut être la pop qui ne lui va pas. On le sait depuis le début que son truc à lui, c’est plutôt un rock plus brute et sombre.

Blues Funeral fini par être un album à moitié réussi. Et on ne peut qu’espérer que l’électro pop ne restera qu’une tentative. En attendant, il sera toujours temps de découvrir ce que donne ces morceaux en live. Le chanteur se produira à Rock en Seine cette année, seule date française annoncée jusqu’ici.

Mark Lanegan – Blues Funeral
3.5
Discophage et habituée des salles parisiennes, Queen Mafalda donne son avis, surtout si on ne le lui demande pas.

Un avis, un commentaire ?

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


A lire dans “Chroniques d'albums

Stephan Eicher - Homeless songs

Stephan Eicher – Homeless songs

Il y a des disques qui vous prennent par surprise, qui vous étreignent. D’artiste dont on n’attendait plus grand-chose. Ils touchent peut-être parce qu’il y a une connexion physique et mentale qui s’opère.

My Favorite Horses - Funkhauser

My Favorite Horses – Funkhauser

Revenus du bayou et des rives du Mississippi, My Favorite Horses pose ses valises en France et donne sa définition de la pop française.

Mikael Kiwanuka - Kiwanuka

Michael Kiwanuka – Kiwanuka

Découvert en 2012 avec Home Again (un disque brillant produit par le leader des The Bees), Michael Kiwanuka avait forcé la porte des charts avec Love & hate. Le revoici avec Kiwanuka, un disque qui tient du chef-d’oeuvre.

Josh Homme - Desert Session 11

Josh Homme – Desert Sessions Vol 11 & 12

En attendant un nouveau disque des Queens Of The Stone Age, Josh Homme a décidé de rempiler pour deux Desert Sessions qui, en plus d’être d’excellente facture, ont le chic de nous envoyer un shoot de nostalgie.

Bill Pritchard - Three Months

Bill Pritchard – Three Months, Three Weeks and Two Days

Il faut écouter une heure pour écouter l’impeccable réédition de Three Months, Three Weeks and Two Days de Bill Pritchard. Et il faut, comme pour Pacific Street ou Pop Satori, une vie pour s’en remettre.

Vincent Delerm - Panorama

Vincent Delerm – Panorama

Sur Panorama, l’auteur de Kensington Square ou des Amants Parallèles fait encore mieux que d’habitude et nous emporte avec son art de la photographie du quotidien.

Marie-Flore - Braquage

Marie-Flore – Braquage

Marie-Flore raconte. Et son Braquage est une histoire. Celle d’un court-circuit. D’une sortie de route. Sans trace de freinage. Ou alors si peu. Braquage, c’est l’histoire d’un tir dans le noir. D’un amour. C’était un jour, un peu d’espoir. Une histoire brutale. L’amour qui frappe et qui fait mal. Celui en qui, cette fois, on…

Mark Lanegan Band - Somebody's Knocking

Mark Lanegan Band – Somebody’s Knocking

Toc toc toc, revoilà l’ex Screaming-Trees Mark Lanegan. Composé en onze jours à Los Angeles (ville adoptive de l’artiste depuis 22 ans), Somebody’s Knocking a le mérite de remettre les pendules à l’heure et séduira les fans historiques tout comme les fantatiques de Depeche Mode.

Big Thief - Two Hands

Big Thief – Two Hands

Le robinet est ouvert… Il faut donc savoir en profiter. En quatre ans, les Big Thief ont publié quatre albums qui ont le chic d’être différents les uns des autres et de fascinants. Cinq albums si on compte le disque solo d’Adrianne Lenker, chanteuse et plume du groupe.

Chevalrex - Amiral Pop

Chevalrex – Amiral Pop

Avant de clôturer l’année 2019 de fort belle manière le temps d’un concert au 104, Chevalrex revient avec un EP, Amiral Pop et continue de flotter au dessus des flots.

Jonathan FireEater’s -Tremble Under Boom Lights

Jonathan Fire*Eater ‎– Tremble Under Boom Lights

Third Man Records fait oeuvre d’utilité publique en rééditant Tremble Under Boom Lights des feux Jonathan Fire*Eater. Sans ces derniers, Paul Banks (Interpol) serait resté seul avec ses boutons d’acné et les Yeah Yeah Yeahs ne seraient pas sortis de leur local de répétition. Vénérés (et pillés) par les Strokes, les Jonathan Fire*Eater furent le…

Mark Koelek and Petra Haden - Joey Always Smiled

Mark Kozelek with Petra Haden – Joey Always Smiled

Cinq mois après la sortie du mitigé I Also Want To Die In New Orleans de Sun Kil Moon et cinq mois avant la sortie du très attendue Mark Kozelek with Ben Boye and Jim White 2, Mark Kozelek, on se voit dans l’obligation de coller cinq sur cinq à la nouvelle collaboration de l’ex…

Champs

Champs – The Hard Interchange

Comme la fratrie White des Electric Soft Parade, la fratrie Champion ne nous a jamais déçus. Depuis 2013, Michael et David Champion, écrivent des petits merveilles pop qui font de Champs une machine à tubes.

Ilgen-Nur - Power Nap

Ilgen-Nur – Power Nap

Originaire d’Hambourg, Ilgen-Nur a 21 ans et vient d’écrire 10 belles chansons qui devraient faire plaisir à tous nostalgiques des 90’s et les fervents défenseurs d’une idée du rock.

Liam Gallagher - Why Me Why Not

Liam Gallagher – Why Me ? Why Not

Après le succès (inattendu) de son premier disque solo (As You Were – 2017), Liam Gallagher remet le couvert, gonflé à bloc, avec Why Me ? Why Not.

Metronomy – Metronomy Forever

Joseph Mount a quitté Montmartre avec femme et enfants pour retourner s’installer en Angleterre, son pays natal, mais n’a pas changé de quête : écrire la chanson pop ultime.

L'épée -Diabolique

L’Épée – Diabolique

The Limiñanas font des disques formidables. Emmanuelle Seigner fait des disques formidables. Anton Newcombe fait des disques formidables. Diabolique de L’Épée est donc un disque formidable.

Blueboy – If Wishes Were Horses

Publié en 1992, If Wishes Were Horses des Blueboy était devenu un disque qui coûtait une blinde sur le marché de l’occasion. Il ressort aujourd’hui à un prix tout à fait abordable grâce au label australien A Colourful Storm.

The Slow Show - Lust and Learn

The Slow Show – Lust and Learn

Avec ce troisième album, les Mancuniens The Slow Show réalisent un joli coup voire un coup de maître. Lust and Learn est peut-être le meilleur disque de cette rentrée. Et ce n’était pas gagné…

Life - A Picture Of Good Health

LIFE – A Picture Of Good Health

Passés inaperçus avec un premier album (Popular Music – 2017), LIFE remet le couvert cette année et devrait se faire une place au soleil avec leur nouveau bébé. A Picture Of Good Health gueule, braille et est tout sauf sage. Et on ne peut s’empêcher de l’aimer.