Martin Rossiter

Martin Rossiter


Le gallois change de nouveau d’identité. Après avoir incarné un espoir de la pop anglaise, après avoir été le vilain petit canard de l’affaire et après une kyrielle de voies empruntées avec son groupe Gene, voilà le temps de l’apaisement. Rossiter sort un album dans la plus grande discrétion mais dans le plus beau des habits. Avec quelques touches de piano, il rembourse aisément sa mise. Et nous accorde un peu de son temps pour répondre à nos questions.

Martin Rossiter

Martin Rossiter revient après 8 ans d’absence. Le dernier disque de Gene sortait dans l’indifférence la plus totale et dans l’incompréhension générale. Oui car le monsieur n’a eu de cesse de changer de costume de 1993 à 2004. Véritable cocu de l’Histoire, Martin Rossiter avait un déficit chronique d’identité. Moz Junior? Pas si sûr… Comme le montre la pochette de Revelations, les Londoniens ont tenté une métamorphose pour quitter les affres de la Brit Pop au tournant du XX ième siècle. Tentative loupée. Bonjour l’Enfer.

Enregistré par ses soins, ce disque ne supportera pas la comparaison avec les précédentes livraisons du gallois. Les 8 ans d’absence pèsent dans la balance : la mélancolie du front de mer de Brighton compte désormais plus que la vitesse londonienne. Martin Rossiter prend son temps. Armé d’un piano, il couche sur le papier des textes toujours aussi bien ficelés et construit des petits monuments. Apaisé, soigné, ce disque est celui d’un artisan. Un objet à l’ancienne.

Three Points On a Compass et ses dix épiques minutes et No One Left to Blame constituent les deux beaux moments de ce disque. La voix a vieilli mais a gagné en profondeur. La diction est toujours là. Et elle porte des refrains qui tapent juste.
I Must Be Jesus est malicieuse et ses chœurs fonctionnent à merveille.
Certes, l’exercice est difficile. Un piano, une voix. Il faut tenir la cadence et on peut noter quelques petites longueurs.
Mais ce disque est le meilleur compagnon des longues soirées d’hiver qui s’annoncent. Let the Waves Carry You montre un Rossiter débarrassé de ses anciens démons et porteur d’une maturité impressionnante.
Le Tony Montana des années 90 s’est transformé en Don Vito Corleone. Parrain d’une scène anglaise, Rossiter vient de donner une sacrée leçon à pas mal de monde. Et passe au parloir…

Martin Rossiter – I Want To Choose When I Sleep Alone

Soul Kitchen : Pourquoi avoir choisi cette alliance piano-voix ?

Martin Rossiter : Cela force les gens à écouter les chansons. A l’heure où tous les disques utilisent des productions trompeuses, c’est un retour aux sources radical: la chanson pour la chanson.

Soul Kitchen : Quels albums as-tu écoutés pendant l’écirute de ce disque ?

Martin Rossiter : Je n’ai écouté aucun disque, c’est facile d’être influencé par son I-Pod et de ne pas se trouver. J’ai lu à la place d’écouter de la musique.

Soul Kitchen : La défenestration de Saint Martin ? Tu es un saint ? De quoi ?

Martin Rossiter : Ce n’est pas évident? Si vous allez au Louvre, vous trouverez mon portrait sur pratiquement tous les murs.

Soul Kitchen : Peux-tu nous raconter l’histoire de No One Left To Blame ?

Martin Rossiter : J’ai toujours détesté expliquer le sens des chansons car tout est là: si celui qui écoute a choisi d’entendre, il peut tout comprendre. Je vais quand même répondre: je ne suis pas l’homme le plus ajusté sur la terre.

Soul Kitchen : Vas-tu défendre ton album en Europe ?

Martin Rossiter : J’irai le défendre sur la Lune si je le pouvais.

Top7

Soul Kitchen : Le pire album de 2012 ? Le meilleur ?

Martin Rossiter : Je n’en ai pas assez écouté pour répondre mais si c’est comme chaque année, il devrait avoir quelques diamants sur un champ de m*****.

Soul Kitchen : La meilleure place pour voir un concert ?

Martin Rossiter : A mon âge… Sur un monte-escalier.

Soul Kitchen : Ton disque honteux ?

Martin Rossiter : J’ai une collection de petits plaisirs mais je ne crois pas au concept de plaisir coupable.

Soul Kitchen : Sex Pistols ou Clash ?

Martin Rossiter : Aucun des deux. Nina Simone est beaucoup plus radicale qu’eux.

Soul Kitchen : Le refrain ultime ?

Martin Rossiter : Bridge Over Troubled Water. Rien ne peut le dépasser.

Soul Kitchen : Si tu devais créer un festival, quels groupes choisirais-tu ?

Martin Rossiter : Je l’ai à la maison avec moi, Smokey Robinson et Kate Bush. Et vous ne pouvez pas venir.

Soul Kitchen : Le producteur de tes rêves ?

Martin Rossiter : J’aime bien les producteurs qui ne sacrifient pas leur ADN pour un disque et qui se soucient de la chanson. Donc je vais prendre un scientifique indésirable.