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Cole à la cool

Photo © Peter Anderson

Nous avons déjà tout dit sur le coffret de Lloyd Cole et de ses Commotions dans la rubrique Chroniques.
Lloyd Cole a supervisé cette prestigieuse réédition via Internet. Nous avons fait de même pour lui poser quelques questions…

Plus on lit le détail des morceaux présents dans ce Collected Recordings 1983-1989, plus on se rend compte de l’immense gâchis que représente la trajectoire de ce groupe. Évidemment, on ne le répétera jamais assez, mais donner une suite à Rattlesnakes était une tâche très difficile. Regardez Lee Mavers et ses La’s… La suite est toujours attendue. Cole aura au moins eu le mérite de ne pas hisser le drapeau blanc trop rapidement et de forcer le destin. Il n’empêche. On ne peut s’empêcher de refaire le match. Et de se dire que Cole aurait pu vendre du disque comme la bande à Bono. Et de se dire très fort qu’on a eu beaucoup de chance au final avec la carrière des Commotions.

Lloyd Cole

Quel album des Commotions as-tu eu le plus de plaisir à retrouver ?

Lloyd Cole : Rattlesnakes. Les mixs qui précédent le mastering sonnent plus fort et plus vibrants. On s’est débrouillés pour qu’ils sonnent au plus proche des démos.

Les disques ont été remasterisés à Abbey Road. Tu as supervisé l’ensemble ?

Lloyd Cole : Oui, via Internet.

Imaginons que tu aies vingt ans en 2015. Tu achèterais ton coffret Collected Recordings 1983-1989 ?

Lloyd Cole : Non. Je me laisserais plutôt tenter par un vinyle d’occasion.

Un ami me demande si ton coffret sera en vente sur ton site officiel ?

Lloyd Cole : Oui, oui. C’est même en pré-commande.

Si tu ne gardes qu’un titre des Commotions…

Lloyd Cole : Are You Ready To Be Heartbroken ?.

Rattlesnakes

La pochette de Rattlesnakes est une photographie de Robert Farbe. Comment s’est fait le choix ?

Lloyd Cole : A l’époque on travaillait avec un directeur artistique. Il nous l’a proposée, elle nous a plu.

Lloyd Cole and the Commotions - Rattlesnakes

Ton intérêt pour la littérature est assez connu mais tu sembles assez intéressé par la photo. D’où provient la photo du coffret ?

Lloyd Cole : Les photographies du coffret ont été prises à Dublin par Peter Anderson. Certaines d’entre elles ont été utilisées pour la pochette du single Cut Me Down.

Mais pourquoi diable Sweetness ne figure t-elle pas sur Rattlesnakes ? Quelle est son histoire ?

Lloyd Cole : Pour la simple et bonne raison que je l’ai enregistrée bien plus tard, quand nous avions besoin d’une face B. Elle n’aurait pas eu sa place sur le disque de toute manière, le son est différent.

Lloyd Cole and The Commotions
Crédit : Peter Anderson

Tu as écrit ces chansons quand tu avais 15-20 ans. Combien de temps mettais-tu pour écrire une chanson ? C’est différent aujourd’hui ?

Lloyd Cole : Non, non ! Je suis né en 1961. J’avais donc 22, 23 ans. Quand Rattlesnakes est sorti, j’avais 23 ans.
Je ne me rappelle plus très bien. Mais une chanson ne me prenait pas plus d’un mois.

Dans une interview qui date de la promotion du disque tu te définis comme un esthète. Tu étais quel genre d’esthète ?

Lloyd Cole : Du Dictionnaire Apple : les artistes et écrivains du mouvement Esthète affirmaient que les Arts devaient fournier un plaisir sensuel et raffiné, plutôt que de transmettre un message moral ou sentimental.

J’aime ça !!

Tu étais un esthète despotique ?

Lloyd Cole : Tout le monde m’a soutenu donc je n’ai pas eu besoin de l’être. J’avais une vision précise des choses.

Easy Pieces

Treize mois séparent les sorties de Rattlesnakes et d’Easy Pieces. Pourquoi avoir été aussi vite ?

Lloyd Cole : Les deux disques ont été écrits au même moment. Nous n’avions pas pensé que cela serait un problème. La seule différence est que nous étions très occupés la deuxième année. Polydor a précipité les choses et nous n’avons pas été assez forts pour freiner les choses.

Les critiques ont été assez rudes à l’époque. En même temps c’était une mission impossible. Vous aviez fait l’album parfait à 23 ans alors donner une suite à ça…

Lloyd Cole : Quasi impossible. Mais le disque est meilleur en vieillissant. Les mauvais morceaux restent mauvais. Comme les bons.
Je ne le désavoue pas.

Lloyd Cole and the Commotions – Grace

Easy Pieces possède votre meilleure chanson : Grace. Quelle est son histoire ?

Lloyd Cole : Je ne suis pas d’accord avec toi. La meilleure pour toi, pas pour moi. J’avais de grandes ambitions pour cette chanson mais nous avons planté l’enregistrement. Elle suit la même trajectoire que Sweetness.

Les 2 faces B Nevers End et Big World sont meilleures que le single Lost Week end. Comment avez-vous réussi cet exploit ?

Lloyd Cole : Je ne pense pas, mais nous étions satisfaits d’elles. Nous les avons enregistrées assez rapidement plus ou moins consciencieusement, cela a pu aider je pense.

Mainstream

Le coffret contient des sessions d’enregistrement à Paris avec Chris Thomas. Tu t’en rappelles ?

Lloyd Cole : Ni Chris ni le groupe n’étaient en forme. C’est vraiment dommage car tout aurait été formidable si nous avions su ce que nous voulions.

Lloyd Cole and the Commotions - Mainstream

Quel était votre rapport à la France à cette époque ?

Lloyd Cole : En un seul mot : AMOUR.
Nous avons passé beaucoup de temps à la place des Abbesses, juste à coté du Sacré Cœur. Notre hôtel était juste à coté. Et le siège de Polydor, près de la Place Pigalle.

Et comment cela se passait-il au sein du groupe ?

Lloyd Cole : C’était juste difficile et de plus en plus difficile. Enfin ce n’était pas comme chez les Who non plus.

Vous étiez plus directs sur ce disque. Le premier single My Bag se classe à la quarante-sixième place des charts anglais. Vous étiez déçus ?

Lloyd Cole : Oui… C’est un de nos meilleurs titres.

En enregistrant ce disque vous vous doutiez que c’était le dernier disque des Commotions ?

Lloyd Cole : Non, non. Pas avant que ce soit réellement terminé.

These days est la dernière chanson de Mainstream. Perfect Skin la première de Rattlesnakes. Cela a-t-il du sens pour vous ?

Lloyd Cole : Nos toutes dernières chansons apparaissent sur l’EP From the Hip. Quand Blair a quitté le groupe, nous sommes restés à quatre et nous avons fait ce disque en sachant que c’était notre dernier enregistrement. Ce fut un moment très agréable. Nous sommes retournés au studio où nous avions enregistré Rattlesnakes.
Lonely Mile est une belle chanson pour clôturer notre histoire.

Pouet? Tsoin. Évidemment.
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