Pauline Drand ou la chanteuse qui fait peur aux garçons. On pourrait résumer l’affaire ainsi. Certaines sont obligées d’en faire des caisses, d’autres de surjouer pour impressionner leur monde, pas elle.

Son écriture glaciale réchauffera le cœur de tous les amoureux de Nico et de Françoise Hardy. A l’écoute de son Double Ep et de sa reprise de Drake, on est estomaqué par autant de simplicité et autant d’aplomb. Des chansons comme « Des Faons et Du Vent » ou « Emilie Sait » surgissent de nulle part pour vous emmener dans une atmosphère sixties d’une classe folle.

Comment ont-été prises les photographies de ta pochette ? Photomaton ? Argentique ?

Pauline Drand : Des photomatons, pris comme un jeu autour d’un thème et d’un objet, il y a quelques années de cela. C’était pour en garder un, destiné à quelqu’un qui ne l’a jamais reçu. J’étais loin d’imaginer que toute la série finirait sur une pochette de disque !

Quel sens doit-on donner à cette pochette et à ses multiples photographies ?

Pauline Drand : Le sens que vous souhaiterez y trouver. Je crois que le format du photomaton est intimement lié à la vie de chacun, au gré des histoires qui la jalonnent, histoires d’amis, d’amour, de boulot ou de voyage. C’est également ce qu’on peut garder dans le portefeuille, avec soi dans le monde. Tout comme mes chansons, c’est personnel mais il ne s’agit pas de moi.

Aussi, il s’agit d’une série avec ce que cela comporte de répétition, de recherche, d’essais autour d’un même motif (un personnage, un foulard). La solitude, la création de quelque chose avec ce que l’on a sous la main, c’est assez enfantin et proche du processus d’écriture de chansons il me semble.

Tu sembles assez à l’aise avec ton image et la photographie. Je me trompe ?

Pauline Drand : Oui ! Je ne suis pas du tout à l’aise avec ça, les photographes le sentent d’ailleurs tout de suite (vous pouvez demander aux quelques uns que j’ai croisés) ! Je crois que comme tous les grands timides, on s’expose. C’est le paradoxe de la scène. Une manière de dompter ce qui nous échappe. La musique, par essence, c’est l’opposé du domaine de l’image. C’est aussi pour cela que je m’y sens bien. Mais, pour jouer le jeu, il faut donner une image. Se prendre soi-même en photo, par le biais du photomaton par exemple, est une manière de contourner la capture par l’image. Je crois que c’est ce que met Robi à l’oeuvre dans ses clips, en se filmant seule.

En même temps, je suis fascinée par l’image, par la photographie, par l’esthétique des actrices des années 60 par exemple. L’image, c’est très attirant et également dangereux. Comme dans le regard de l’autre, on y trouve du désir et de l’aliénation.

Comment t’es tu retrouvée sur le label FOLO ?

Pauline Drand : FOLO, c’est la création de mon producteur Brifo. Un peu mystérieux et à peine né, une élégance, une discrétion. Une esthétique musicale à la fois sensible et recherchée, cinématographique. De belles choses y existent déjà -si vous cherchez bien-, et à venir, je l’espère.

On t’affilie à Françoiz Breut ou Dominique A. Comment prends-tu ses rapprochements ?

Pauline Drand : C’est flatteur ! Ce qui est drôle, c’est qu’il s’agit d’artistes que j’ai finalement peu écoutés, car découverts tard. Je connais de loin, et ça me plait, mais de là à parler d’affiliation… L’affirmation du français dans un certain style musical, peut-être.

C’est Dominique A qui t’a donné envie d’écrire une chanson ?

Pauline Drand : Non, pour les mêmes raisons qu’évoquées précédemment ! (rires) Je ne dirais pas qu’un musicien en particulier ait provoqué cette envie. Certains ont rendu possible, oui…

Quelle est ta formation musicale ?

Pauline Drand : C’était là dès le début, à la maison. Puis il y a eu le conservatoire et le piano, je n’étais pas une élève exemplaire, ce que je regrette parfois… La guitare est venue bien après, puis le chant, de façon plus libre.

Je savais que la musique tiendrait une place, je ne savais pas laquelle.

Un EP et la reprise de Pink Moon… Tu préfères ces formats à celui de l’album ?

Pauline Drand : L’album est en préparation… !

Pauline Drand – Lune Rousse/Pink Moon cover

Quelle est l’histoire de A Place To Stay ?

Pauline Drand : Une chanson écrite à Paris, après un premier voyage à Beyrouth. Puis, un clip tourné au Liban, avec des gens que j’apprécie beaucoup. Une terre brûlée, forte, pleine de contrastes. Une douleur et un désir de vivre en même temps.

Pauline Drand – A Place To Stay

Tes textes sont très soignés. Comment les écris-tu ? A quel moment de la journée ?

Pauline Drand : Je ne les écris à proprement parler pas, ils arrivent chantés directement, sur la musique. C’est très instinctif, spontané. Pas de moment de prédilection, mais souvent dans l’urgence, quand il y a quelque chose qui a à être exprimé. Ou bien, ça part d’un mot qui me plait, une image sonore et ça se tisse. C’est très matériel.

Des concerts sont prévus à la rentrée ?

Pauline Drand : Oui, pour le festival Sofar Sounds le 19 septembre et un showcase aux Balades Sonores le 22 octobre. Je viens de commencer à travailler avec un tourneur, d’autres dates devraient donc être annoncées prochainement !

Pauline Drand - Thomas Bader
Pauline Drand (© Thomas Bader)

TOP 10

1) Le disque de 2015 que tu attends le plus ?

Pauline Drand : Celui qui va se faire, dans l’ombre des caves et studios. L’impatience de créer l’emporte sur celle d’écouter.

2) Le disque que tout le monde a écouté sauf toi ?

Pauline Drand : Un disque sourd de Dominique A. Je ne connais pas encore et ai envie d’écouter, c’est une référence pour beaucoup de gens autour de moi.

3) Le meilleur disque de 2014 ?

Pauline Drand : Le meilleur je ne sais pas, mais en tout cas celui de Angel Olsen, Burn Your Fire For No Witness, m’a beaucoup marqué. Une révélation.

4) Hardy ou Gréco ?

Pauline Drand : Question piège ! Musicalement, je connais mieux et apprécie Françoise Hardy, mais le personnage de Juliette Gréco me fascine. J’ai un grand livre sur elle, le noir, l’errance des débuts à Saint-Germain-des-Prés, son histoire avec Miles Davis, la lumière qui s’en dégage… Dans tous les cas, des femmes fortes et inspirantes.

5)Ton disque préféré des Appartements ?

Pauline Drand : Celui à venir, toujours ! Peter Milton Walsh est, il me semble, un homme perpétuellement en mouvement, avec mille histoires à raconter…

6) La meilleure salle de concerts pour voir un concert ?

Pauline Drand : Dans les montagnes au Cosmo Jazz Festival, entre deux glaciers et trois bouquetins. Quand le cadre émerveille autant que la musique, celle-ci retrouve quelque chose de son aspect incantatoire…

7) La meilleure salle de concerts pour faire un concert ?

Pauline Drand : De ma courte expérience, le studio 105 à Radio France. Pour l’aspect feutré et le temps suspendu des studios de radio.

8) Si tu pouvais créer un festival… Quel nom & quelles têtes d’affiche ?

Pauline Drand : Je ne me sens pas l’âme d’une organisatrice, je déteste prendre des décisions ! Ce serait sans doute quelque chose d’assez intimiste, dans un lieu atypique. Parade reste un fantasme… Qui seraient les Satie, Cocteau et Picasso actuels ?

9) Un chanteur (ou chanteuse) mort(e) avec qui tu aimerais boire un verre ?

Pauline Drand : Avec quelqu’un de bien vivant, chanteur ou pas, je préfèrerais… !

10) Ta B.O préférée ?

Pauline Drand : La B.O. et le thème d’In The Mood For Love. Tout comme le film, que j’ai visionné deux fois de suite dans une même nuit, je n’avais pas envie d’en sortir.

Pouet? Tsoin. Évidemment.
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