Mocky nous embarque et Spleen fait son show à la Cigale

La série Factory du Festival d'Ile de France nous a offert ce soir un spectacle audacieux avec l' "opéra-rock" (ou au choix : opéra-folk, -funk, -jazz, -électro...) de Spleen. Prestation sous forme d'expérimentation, décevante pour certains, déjà culte pour d'autres...

Mocky

Après avoir travaillé avec des artistes aussi divers que Feist, Puppetmastaz, ou Jane Birkin, le canadien Mocky, accompagné de son talentueux Saskamodie Orchestra, vient nous présenter son dernier opus dans une salle de la Cigale pas tout à fait pleine et en configuration places assises.

Difficile de décrire simplement… Vous vous souvenez de la scène dans Alice au Pays des Merveilles où elle tombe dans le terrier du lapin blanc ? Imaginez maintenant qu’elle ait pris un ascenseur au lieu de choir bêtement mais lentement. La musique de l’ascenseur du terrier du lapin d’Alice, c’est Mocky. Ambiance jazzy feutrée, contrebasse, alto, flûte traversière, claviers, batterie… et un je-ne-sais-quoi de non-conventionnel pour épicer le tout. Entre les musiciens virtuoses, les solos de folie, les envolées jazz, et même l’attitude post-punk (allez ! on balance les maracas et les tambourins d’un air rageur mais jovial !), les morceaux de ce set d’une bonne demie-heure s’enchaînent avec fluidité. On apprécie le grain de folie que ne laissait pas forcément entrevoir les morceaux dans leur version album. Un grain de folie pas toujours perçu par mes voisines, qui papotent joyeusement, même pendant les calmes solos de flûte.

Discographies

Spleen

Il est incontestable que « Factory », c’est le laboratoire du festival d’Ile de France. Quelle surprise de voir sur le programme que le talentueux Spleen nous concocte un… opéra-rock. « Opéra-Rock » ? Comme Jésus Christ Superstar ? Comme Starmania ? Comme le Rocky Horror Picture Show ? Comme Mozart ???? Mmm pas tout à fait. Spleen réinvente la notion d’opéra-rock en lui donnant un petit coup de jeune, avec un mélange très interdisciplinaire (c’est un mot à la mode) : musique et jeu d’acteur, bien entendu, mais aussi vidéo et chorégraphie. L’intrigue est alléchante : « The Story of a sad loving man », c’est « l’histoire d’un jeune homme noir et français confronté à l’enfermement carcéral et à la peine de mort aux Etats-Unis », nous dit le site du festival. L’affiche n’est pas moins séduisante : Yael Naim, David Donatien, Hugh Coltman et la comédienne Sara Forestier (la star de L’Esquive) participent au projet.

Le résultat est mitigé, car a vouloir mélanger les genres, on frôle vite la cacophonie. Cette presque-surcharge s’est sentie dès la première scène : le rideau s’ouvre sur des musiciens en fond de scène, un espace carré délimité au milieu, entre les enceintes de retour, est consacré à Spleen (lunettes noires, blouson en cuir, chapeau) et un petit espace en marge est occupé par une danseuse aux mouvements saccadés. La danseuse est filmée en direct et les images vidéos sont projetées sur un écran au fond de la scène. Le spectateur ne sait bien où regarder : la scène semble étriquée, les sujets se multiplient, la salle est saturée de sens si bien qu’on n’en capte aucun complètement.

On nous présente ensuite (en anglais, mais pourquoi ?) ce jeune homme de banlieue (Mathieu, aka Spleen) qui tombe amoureux d’une belle bourgeoise parisienne (Jeanne, jouée par Sara Forestier). Ils décident de se marier à Las Vegas. Mais suite à une inopportune prise de stupéfiants Mathieu tue Jeanne et, après avoir erré quelques jours, se retrouve au poste de Police, interrogé par un méchant flic (Hugh Coltman) et un gentil flic (l’invité mystère).

La cacophonie du jeu est un réel problème : jouer pour la scène et jouer pour l’écran, ce n’est pas la même chose, et la présence de caméras vidéos obligent les comédiens à faire les deux. A ce petit jeu, c’est Hugh Coltman qui s’en sort le mieux. L’autre hic est la mise en scène qui n’est pas excellemment calée, avec des personnages qui ne savent pas très bien quoi faire de leur corps, comment gérer le volume de leur voix avec leur micro-serre-tête, ni où se placer sur scène. Les répliquent manquent de rythme, et quelques personnes du public quittent la salle au fur et à mesure.

Et pourtant, ces gens ont tort, je le dis tout de go ! (expression pas très à la mode, mais je l’aime bien quand même) Oui, ils ont tort : il fallait rester jusqu’au bout car quels qu’aient été les défauts de mise en scène, la musique était tout simplement ren-ver-sante. Le contraste était d’ailleurs saisissant entre le jeu d’acteur, maladroit, mal calé, brouillon, bref, un brin amateur voire attendrissant, et la qualité de la musique, organique, composite, inspirée et brillamment exécutée par tous les participants. N’importe quel péquin du public, même doté de la sensibilité artistique d’un bigorneau, a forcément plané à 100 000, baladé comme il le fut du jazz au funk au rock pur en passant par des tonalités orientales, dans le morceau avec Yael Naim au piano et voix, ou par des mélodies folk remarquablement interprétées par Hugh Coltman. Aucune excuse pour quitter la salle, donc.

En reprenant le métro, je repense à tous ces opéras-rock qui, si je ne me trompe, ne furent pas composés pour être joués sur scène, comme Tommy des Who ou Ziggy Stardust de Bowie. Finalement tout est à faire dans ce genre bizarre qu’est l’opéra-rock et qui a pris des formes très différentes ces trente dernières années. J’espère en mon fort intérieur que la tentative audacieuse de Spleen sera peaufinée, retravaillée, fignolée et que dans trente ans, je pourrai dire que j’étais à la première représentation.

Date : 8 octobre 2009
Photographe : Mr Eddy

9 réponses sur « Mocky nous embarque et Spleen fait son show à la Cigale »

tout comme toi, j’ai beaucoup apprécié la 1ère partie de Mocky qui a su rendre plus vivante et joviale son nouvel album easy listening.

Et j’ai aussi été déçue par le spectacle de Spleen. Je pense que le sujet était beaucoup trop ambitieux et quand on est chanteur, on n’est pas forcément comédien et encore moins metteur en scène…
même si j’ai apprécié la musique (interventions inégales mais globalement de qualité), les boulettes se sont tellement enchaînées (micro trop proches de la bouche, si bien que ça éclatait les tympans et qu’on entendait chaque respiration, mauvaise occupation de l’espace, dialogues pas très constructifs, problèmes de connexion micro…) que ça m’a fait de la peine pour eux… Malgré son talent, Spleen n’a pas réussi à aller au-delà des clichés américains du music hall (Las Vegas, l’interrogatoire du gentil black par le méchant flic blanc, la drogue et j’en passe)…

Je suis quand même restée jusqu’au bout et je me disais bien que la salle s’était vidée…

c’est possible parce que je trouvais que Spleen se débrouillait pas si mal que ça.
Quand je disais que quand on est chanteur, on n’est pas forcément comédien, je parlais d’autres intervenants tels que Hugh Coltman (que je n’ai pas trouvé crédible en flic..) ou encore la personne qui a joué l’autre flic.

C’est intéressant de lire les commentaires sur ce show. Les avis sont totalement divergent. Hugh Coltman pour moi était très crédible au contraire par exemple.

Pour le DJ, c’était bien ce Rémy là, présent aussi à l’International pour la soirée pré-factory.
Un monsieur très agréable en plus (et la class de mixer avec une coupe de champagne ^^ )

C’est vrai que c’était frappant, en général, de voir les divergences d’opinion. Entre les commentaires élogieux que j’ai entendu à la fin autour de moi (notamment mes pipelettes de voisines), et le constat que pas mal de gens ont quitté la salle, il est clair qu’on a à faire à un spectacle… « clivant », comme on dit.

La coupe de champagne de RKK, je crois que c’est une fausse qu’il s’est fait greffer. Il l’avait encore hier pour General Electriks…

Les commentaires sont fermés.

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