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Interview de Graham Coxon

Graham Coxon
Graham Coxon

Nous avons rencontré Graham Coxon avant son concert au Zénith, d’abord en première partie pour présenter son travail sur ‘The Spinning Top’, puis en tant que guitariste de Peter Doherty.

Graham Coxon

Graham Coxon a une actu assez complète cette année. Après avoir collaboré sur le premier album solo de Peter Doherty « Grace / Wasteland« , Graham a sorti son septième album solo en mai, après plus de 3 ans de travail avec le producteur Stephen Street. Cet été, il était aussi en tournée pour quelques dates exceptionnelles avec Blur.

Discographie

Graham est quelqu’un de réservé, il était considéré comme le « tourmenté » au sein de Blur. Nous retrouvons donc un musicien aux succès divers, mais au lieu d’afficher une fierté, Graham se montre plus qu’humble sur son travail, s’excusant presque de s’étaler sur son accomplissement, quand il n’est pas perdu l’air rêveur.

Tu as eu une année assez chargée.

Cette année a été intense et incroyable à beaucoup de niveaux, très mouvementée. Je me sens comblé, et résultat je ne suis pas sûr de la marche à suivre. C’était agréable, et je sais pas à quoi m’attaquer l’année prochaine. Je devrais peut-être me reposer, j’approche de la quarantaine après tout. J’ai besoin de me concentrer, peut-être travailler ma peinture. Je ne suis pas sûr de pouvoir refaire un album tel que ‘The Spinning Top’, ou n’importe quel album que j’ai pu faire par le passé par ailleurs. Il va falloir que je réfléchisse à ce que j’ai envie de faire. J’étais très fier de ‘The Spinning Top’, ça a bien marché. Pour moi, c’était un véritable succès. J’ai travaillé avec de très bons musiciens. J’ai envie de faire une tournée en Angleterre avec le groupe au complet, aux alentours de Noël (il essaie de le dire en Français, puis s’excuse de son accent).

Tu peux nous parler de ton dernier album ? Pourquoi ce titre, The Spinning Top ?

Je ne suis pas sûr. Je ne voulais pas que le titre puisse effrayer les gens. Je ne sais pas comment je m’y prends, mais mes travaux, et surtout les titres que je leur donne ont tendance à faire peur aux gens avant même qu’ils aient décidé de les écouter. Je voulais un beau visuel. J’étais très intéressé par le personnage de Médée, c’est elle qui est représentée sur la pochette, en train de danser. C’est étrange, Peter [Doherty] a Salomé sur la pochette de son album et moi j’ai Médée. On partage cette admiration pour les personnages mystérieux, pour les femmes mythologiques.

The Spinning Top
The Spinning Top

Ton album entier est inspiré de la mythologie.

J’ai été influencé par la musique d’Ennio Morricone. J’ai toujours aimé la musique des Western Spaghetti, avec ces belles voix de femme, c’est très émouvant. Je voulais utiliser quelques timbres intéressants. Natasha Marsh représente l’esprit féminin, sa voix est représentative de ce personnage dans cet album. Lucy [Parnell] chante une partie plus innocente, la femme-enfant en quelque sorte. Je voulais que certains timbres représentent des forces différentes. Je voulais créer un impact, faire ressortir des émotions.
On a aussi travaillé avec des instruments Hindous. Et je ne voulais pas compromettre la gamme Hindoue, c’est sacré. En fait, quand on joue d’un instrument Hindou, on doit choisir le Raga,  la couleur, et la gamme de la musique, mais on ne peut pas changer de gamme en cours de chanson. J’ai donc essayé de m’accorder à cette loi spirituelle de la musique classique hindoue. J’ai moi-même joué de l’Esraj, cet instrument folk Punjabi, notamment sur ma version démo de « In the Morning ». Le son ressemble à celui d’une voix humaine, c’est génial.

Tu t’es entouré de très bons musiciens pour réaliser cet album.

J’ai realisé que Danny Thompson jouait sur tous les albums que j’aimais: Davey Graham, Nick Drake, John Martyn, meme l’album « Spirit of Eden » de Talk Talk. La basse est tout simplement géniale; on reconnaît son toucher en un instant. Il joue toujours sur la basse qu’il s’est achetée à £5 quand il avait 15 ans. C’est un type formidable, et très bosseur avec ça.
C’était une belle expérience. Je voulais vraiment enregistrer un album de manière classique, utilisant des cassettes, et limiter le digital. Pour cela, on a utilisé de vieilles tables de son d’Abbey Road. J’aime quand la batterie a un son Old School.

Tu peux nous parler un peu plus de ton travail avec Peter Doherty?

C’est Stephen Street, le producteur, qui m’a appelé. Je connaissais Pete depuis un certain temps mais on s’était vus quelques fois. Ca a été une bonne occasion d’apprendre à mieux le connaître. C’était une bonne expérience que de partir en tournée avec lui. Mais au final, c’est vraiment de la faute de Stephen Street. Je pense qu’il attendait de moi que j’apporte mon soutien à Pete. Il a pensé que nous nous entendrions bien parce qu’on est nés le même jour ou un truc dans le genre… et qu’on est tous les deux des créatures assez désordonnées. C’est pour ça que j’imagine qu’il me voulait comme soutien. Je pense que ça a marché.
Je suppose que mon boulot était d’essayer d’interpréter Pete. Un peu comme ce que je faisais avec Damon [Albarn]. Interpréter ses chansons, l’accompagner. Sur certaines chansons, c’est juste lui et moi en live ; par exemple, pour « Arcady », on grattait nos guitares ensemble pour trouver le thème. Sur d’autres, j’ai trouvé les mélodies : sur « A little Death Around the Eyes », à la fin, les cordes reprennent le thème que j’ai composé. Je faisais à peu près la même chose au sein de Blur, j’interprétais Damon.

Tu aimes travailler avec Peter Doherty ?

(après une hésitation) Avec Pete, c’était un plaisir… certaines chansons sont vraiment belles. Pete est un très bon artiste, surtout sur scène. Quand on joue ensemble j’aime bien l’observer. Il est très paresseux… (se reprenant) mais il est très bon en concert.
J’aime jouer avec Pete. J’ai pas besoin de chanter, je joue juste sur ma guitare et j’observe ce qui se passe. C’est notre dernier concert si je ne me trompe pas, donc il va y avoir de l’émotion dans l’air. Quelques chansons m’émeuvent, on va sûrement verser quelques larmes.
(l’air rêveur) C’est un concert plutôt cool, que j’aimerai bien voir moi-même. Je serai plutôt bien placé cela dit… j’espère que ca va être bien.

Ce n’est pas le même public pour ton travail que pour celui de Peter Doherty, comment tu ressens les concerts ?

Quand on a joué à Perpignan et à Toulouse, j’étais choqué du respect que montrait le public. Ils étaient vraiment calmes, ils ont écouté et ont bien réagi à mes chansons. En Angleterre ça se passe pas de la même manière. Pendant un concert, y’en a qui crient, y’en a qui parlent tout du long. C’est la guerre ! Donc ça faisait vraiment plaisir d’avoir ce genre de réactions en France.
Ce soir, je sais pas comment ça va se passer, ca va être bizarre. J’ai mon groupe de – comment je dois appeler ça ? – mon groupe de power acoustique ; mais j’ai pas mes équipements habituels. C’est pas arrivé, donc on essaie de se débrouiller. Mais j’ai pas mes pédales de guitare. C’est dommage parce que j’aime faire des bruits bizarres avec mes pédales. J’essaie de faire en sorte que le concert soit détendu, parce que je joue avec des musiciens de jazz. On s’essaie à l’impro, des fois ça marche, des fois ça sonne pas du tout. On va faire quelques chansons acoustiques et ensuite envoyer quelques trucs électro-acoustiques.

Graham demande s’il peut fumer.

Je sais c’est répugnant. J’avais arrêté pendant six mois, puis les répétitions avec Blur ont recommencé…
(après un temps) C’était génial. On a assuré. C’était excellent de rejouer certaines vieilles chansons. J’ai ressenti une vibration très fraternelle. Le concert à Glastonsbury a été de la pure folie. On était vraiment sous le choc, c’était insensé. Juste après le concert on était comme hébétés, dépassés. C’était extraordinaire. Damon était sur le cul. On était épuisés, mais avec un sentiment d’accomplissement. Les concerts de Blur sont très exigeants… Après un concert de Blur on est crevés mais transportés. C’est un sentiment étrange.

Et à propos des rumeurs sur un prochain album avec Blur ?

C’est difficile ne serait-ce que d’en parler parce que je n’en ai pas la moindre idée. J’aimerai travailler avec eux sur de nouveaux morceaux, je pense que ce serait intéressant, mais je ne peux pas prévoir ce qui va se passer. Je n’en sais rien. Tout le monde est très occupé, Damon n’arrête jamais, c’est un accro du travail. Il aura peut-être besoin de se reposer après la sortie de son prochain album de Gorillaz. On va voir comment ça va se passer l’année prochaine. L’année prochaine sera probablement plus calme. De mon côté je vais peut-être enregistrer.
C’est une situation plutôt étrange. J’aimerai bien retravailler avec eux, et ils le savent.
Mais il faudra que ce soit un bête d’album. C’est le problème. Si Blur enregistre, il faudra que ce soit vraiment bon, sinon je vois pas l’intérêt. Il y a une pression, c’est pas une perspective des plus faciles. Ca signifiera probablement une grosse tournée, et ça demande un engagement significatif. On va peut-être virer fou… qui sait…
(comme pour lui) Mais les concerts étaient géniaux. Les tickets se sont vendus rapidement. On a reçu une belle marque d’affection du public. C’est un super boulot : de grandes scènes, de grosses guitares et plein de monde qui aime ce qu’on fait. C’est génial (rires).

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2 réponses sur « Interview de Graham Coxon »

Vous auriez pu m’emmener avec vous, je l’adore moi Graham Coxon. Ce que je rêverais d’avoir une séance photo avec lui d’ailleurs, mais je n’ai jamais réussi, et ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé !

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