[1998 – 2018] L’or en barre des Silver Jews

Silver Jews
Louis 16/09/2018

“In 1984, I was hospitalized for approaching perfection.” murmure David Berman sur Random Rules, le morceau qui ouvre American Water. En 2018, on est toujours en soins intensifs avec l’écoute de la réédition du troisième disque des Silver Jews.


Je viens d’une génération musicale qui s’est heurtée trop violemment au réel. écrit Lyonel Sasso dans son excellent papier consacré à David Berman. On pourrait rajouter qu’une autre génération musicale n’a pas été frappée par l’oeuvre (immense) de l’ami Berman. Avoir 16 ans en 1998, c’est croiser le nom des Silver Jews dans les colonnes de Rock & Folk et ne jamais entendre les chansons de ce groupe. En 1998, trouver un disque des Silver Jews dans la Creuse ou dans la Somme relevait de l’exploit. Et quand on en trouvait un, le prix rendait les choses hasardeuses. Acheter un disque des Jews était une sorte de pari. Vais-je débourser 143 francs pour une probable déception ? On reposait sagement l’exemplaire d’American Water et on allait là jouer moins hasardeuse avec un exemplaire d’Air.
En 2018 (et même depuis quelques années), il suffit de quelques clics pour « découvrir » ce disque. L’effet est toujours le même. On se retrouve au Paradis avec Lou Reed en guise de Saint Pierre. Berman prêche et Malkmus prie avec sa guitare.
Retour sur l’enregistrement de cette Bible avec Nicolas Vernhes, son producteur.

Comment as-tu rencontré David Berman ?

Nicolas Vernhes : J’ai rencontré David Berman avec Stephen Malkmus via mes amis Charlie et Pumpkin qui faisaient partie d’un groupe appelé Guv’ner. Nous étions chez eux à Manhattan et nous écoutions le disque de Guv’ner que nous venions de terminer. David et Stephen sont arrivés à ce moment là. C’est la première fois que je les rencontrais. Ils m’ont alors demandé si cela m’intéresserait de faire le prochain album des Silver Jews.

Où avez-vous enregistré ce disque ?

Dans mon premier studio, Rare Book Room, qui se trouvait dans le sud de Williamsburg (Brooklyn, New-York City).

Combien de temps cela vous a pris ?

L’enregistrement, les overdubs et le mix nous ont pris trois semaines.

L’enregistrement a été facile ?

Il n’y a pas eu de problèmes majeurs lors de la création de ce disque, bien que certaines de ses parties soient plus complexes que d’autres enregistrements que j’avais réalisés. Une chose à noter est que le disque a été entièrement enregistré de manière analogique et que, techniquement, ce n’est pas si différent de la façon dont les gens enregistrent aujourd’hui. Mais nous ne pouvions pas corriger les enregistrements comme on le fait avec le numérique. En termes de timing, la seule option était donc de recommencer la chanson. Et les gens jouaient quoiqu’il arrive de manière différente.

Quel est ton souvenir préféré de cet enregistrement ?

L’intégralité de l’enregistrement a été incroyable grâce à la qualité des chansons, le niveau des musiciens et l’ambiance au sein du groupe. Ce qui a vraiment aidé, c’est l’excellente alchimie qu’il y avait entre les membres du groupe. Et tous avaient de bonnes idées. Nous avons également eu suffisamment de temps pour expérimenter certains aspects des chansons. Cela s’entend sur chacune d’entre elles. Par exemple, nous avons tourné la bande analogique pour le piano de Chris Stroffolino sur Send in the Clouds ; il a dû jouer la chanson en jouant dans ses écouteurs. Il a fallu quelques essais mais cela a bien fonctionné.
Et il y a eu beaucoup d’accidents heureux. C’est important dans la création d’un disque… Les disques que j’aime possèdent des accidents heureux. Il y a une erreur sur le mix de Federal Dust. La bande était mal ajustée et nous avons commencé au mauvais endroit. Nous avons gardé cet accident.

Silver Jews – Federal Dust

Comment as-tu trouvé le son de ce disque ?

Le son est celui d’un très bon groupe qui joue très bien ensemble, en train de s’écouter en voyant la chanson prendre forme devant lui. En faisant des enregistrements, les points de départ sont des références qui garantissent un langage commun et à partir de là, le son du disque se développe de manière organique. Pour chaque chanson, nous avons ajusté les accordages des instruments et nous avons fait les arrangements au fur et à mesure. Tout le monde dans le groupe avait de l’expérience en matière d’enregistrement, nous avions donc confiance en l’opinion de chacun. Le disque s’est fait ainsi.
J’étais peut-être le moins expérimenté du groupe, mais ils étaient très patients avec moi et m’écoutaient quand j’avais des suggestions. J’ai donc pu participer de manière active.

Quel est ton morceau favori sur ce disque ? Et surtout pourquoi ?

C’est difficile ! J’écoute toujours le disque dans son intégralité. Il y a quelques paroles incroyables que David chante et qui reste encore ancrées en moi, et c’est tout au long du disque, c’est pourquoi il est bon d’écouter d’une traite Random Rules.

Aucun regret ?

Aucun! Au fil des ans, de nombreuses personnes ont mentionné ce disque comme étant très important pour elles et c’est un honneur de faire partie de quelque chose qui a un impact significatif sur les gens.

Silver Jews - American Water

American Water des Silver Jews a été réédité par Drag City et sera disponible le 28 septembre 2018.

Silver Jews - American Water

Tracklist : Silver Jews - American Water
  1. Random Rules
  2. Smith & Jones Forever
  3. Night Society
  4. Federal Dust
  5. People
  6. Blue Arrangements
  7. We Are Real
  8. Send in the Clouds
  9. Like Like The The The Death
  10. Buckingham Rabbit
  11. Honk If You’re Lonely
  12. The Wild Kindness

English text

How did you meet David Berman ?

I met David Berman with Stephen Malkmus via my friends Charlie and Pumpkin who were in a band called Guv’ner. We were at Charlie and Pumpkin’s apartment in Manhattan listening to the Guv’ner record we had just finished, and afterwards David and Stephen asked me if I’d be interested in making the next Silver Jews record.

Where did you record this record ?

We recorded at my first studio, Rare Book Room, which was on the south side of Williamsburg, in Brooklyn NY.

How did long it take you ?

The recording, overdubbing and mixing took about three weeks in total.

How easy was this recording process ?

There were no major problems making this record, although sections of it were more complex and intricate than other records I had made.
One thing to note is that the record was record entirely analog, and although technically it’s not all that different to the way people record today, but we could not correct any performances digitally, so if someone made a mistake to something wasn’t quite right in terms of timing, the only option was to start the song over, and that makes people play differently.

What are your favorite memory from this recording process ?

The entire process was amazing and that comes from the quality of the songwriting combined with a very high level of musicianship and interplay within the band.
What really helped is that everyone in the room had good chemistry and good ideas. We also had enough time to experiment with some of those and that openness shows up on every song.
For example, we turned the analog tape around for Chris Stroffolino’s piano on Send in the Clouds; he had to play to the song playing backwards in his headphones so it took a few tries but it lined up beautifully.
And there were many happy accidents, which is an important part of making a record, at least the kinds of records I love; starting the tape at the wrong spot for the mix Federal Dust but keeping it anyways because it sounds like the song slipped into place.

How did you find the sound of this record ?

The sound is that of a really good band playing very well together, listening to each other as they witness the song taking shape in front of them.
In making records, references are starting points that ensure we have a common language and from there the sound of the record develops organically.
We did it song by song, fine tuning the sounds of the instruments and working on the arrangement as we went. Everyone in the band had experience recording so we trusted each other’s opinions, letting the record be both controlled and also free.
I was perhaps the least experienced of the bunch, but they were very patient with me and listened when I had suggestions, allowing me to help shape the record with them.

What’s your favorite song of this record ? Why ?

That’s a tough one! I always listen to the record in its entirety; there are a few amazing lines David sings which have stuck with me over the years, and those are throughout the record, which is why it’s good to just put on Random Rules and let it play out.

Do you have some regreats about this recording process ?

None! Many people over the years have mentioned this record as being very important to them and it’s an honor to be part of something which has a meaningful impact on people.

Pouet? Tsoin. Évidemment.

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