Tempérant Dalcan

Tempérant Dalcan... Passionnant Dominique Dalcan ! Depuis 1991, année où il publia Entre L'étoile & Le Carré (Crammed Disc), Dalcan n'a de cesse d'être dans le mouvement et est toujours là où on ne l'attend pas. Capable de mettre à terre toute la concurrence avec un morceau (Neil Hannon ne s'est jamais sans doute remis de la première écoute de Brian), Dalcan a traversé les 90 tel un feu follet sous son propre nom ou derrière le "pseudo" de Snooze. En 2013, il publia Hirundo, un grand disque de pop qui signait son grand retour sur le devant de la scène.


Devant de la scène qu’il ne quitte plus. Lauréat 2018 de la Victoire de la Musique Electronique avec TEMPERANCE#1, Dominique Dalcan est de retour avec TEMPERANCE#2. Via média idéale entre ses aspirations pop et ses rêves electro, TEMPERANCE#2 nous emmène dans des territoires qui nous étaient encore jusque-là inconnus.

Tu sors sur ton nouvel album sur Ostinato. Je présume que c’est ton label… Tu viens de monter la structure ?

Oui, il s’agit de mon label. C’est initialement ma maison d’édition qui est aussi un label. J’ai déjà publié certains disques dessus comme Americana ou Music-Hall, un best-of. C’est donc au final assez ancien. Je ressors Temperance#1 dessus ainsi que Temperance#2.. Ostinato devient très actif. Les distributions sont différentes.

Discographie

Dominique Dalcan – Done Enough For Your Man

Et Ostinato a justement 20 ans. Tu gardes quoi comme souvenirs de ce disque ? De bons souvenirs ?

De très bons souvenirs. C’est un disque qui représente un paradigme. Tu ne peux plus faire de tel disque aujourd’hui.

Où tu te remettais totalement en question ?

Oui. Et aussi en terme de moyens. C’est un album qui a été produit par Island. J’avais sorti juste avant, toujours chez Island, l’EP Cheval de Troie. Et ils m’avaient alloué un certain budget… J’ai pu aller enregistrer un orchestre de cordes aux Capitol Studios de Los Angeles. Ce studio est mythique. Immense. Il s’agissait du studio de Sinatra. J’avais pu collaborer avec Clare Fisher, un immense arrangeur qui avait notamment travaillé avec Prince. On a enregistré des cuivres et des cordes. C’était une époque totalement folle. Je vivais à New-York et je venais juste de travailler avec des musiciens brésiliens. C’était très chouette. C’est un bon souvenir. L’exploitation en elle même de ce disque est quant à elle un moins bon souvenir. Les gens qui l’avaient commandé n’étaient plus là. Il y a eu des fusions avec le label Universal que l’on connait aujourd’hui. Et le disque a été peu exploité. Mais le disque est super. C’est l’histoire d’un voyage qui possède beaucoup d’évocations.

Tu penses qu’on pourrait refaire un tel disque aujourd’hui ? Notamment en terme de budget…

En terme de budget, je ne sais pas. Si, on pourrait le refaire. Quand je parlais de paradigme, c’était à ce niveau-là. Si on pourrait. En tout cas, moi je ne pourrai pas le refaire. J’ai quitté tout ça et je suis retourné à des moyens de production qui sont très différents. J’ai toujours eu ce questionnement autour de l’industrie phonographique et de ma place en son sein. J’avais évoqué, au début de ma carrière, le mot d’artisanat. Aujourd’hui je le remplace par le mot d’orfèvrerie. Je crois de plus en plus aux pièces uniques. A l’inverse de ce qui est fait aujourd’hui avec les streams. On tient tout aujourd’hui à la disposition de tout le monde. C’est une bonne chose. Mais ce qui m’intéresse, c’est des pièces uniques comme faire un morceau pour une exposition ou pour une oeuvre qui n’est même pas commercialisé.

Tout cela me fait penser à Jarry qui proposait dans une de ses expositions de repartir avec une oeuvre qui contenait un morceau unique…

C’est super ! C’est une très bonne piste. Moi j’ai fait une pièce en céramique, reproduite à vingt exemplaires, avec évidement un céramiste, qui était un lecteur cd. Ce lecteur contenait un de mes morceaux. Cela redonne de la valeur de la musique.

Et au niveau des streams… Cela me rend triste. Tu n’as plus de tribus comme dans les 90’s. Chacun est dans son monde et il n’y a plus de partage. Ça s’arrête là.

Non, ça ne s’arrête pas là. Ça continue ailleurs. Il n’y a plus la reconnaissance d’une tribu. Quoique… Il y a encore des gens qui sont très investis dans certaines musiques. Désormais il y a un cérémonial autour de la musique. Les gens écoutent leur play-list dans leur coin mais vont se retrouver ailleurs. Cela se passe dans ses soirées, dans des moments de vie en commun. Cette communauté peut apparaître, comment dirais-je, virtuelle. Elle ne l’est pas. C’est la réunion qui fait la tribu. La musique ne fédère plus la tribu Elle accompagne, elle est témoin de la vie de ces tribus. Moi je trouve ça génial. Les gamins ne retrouvent pas sur n’importe quel son. Et puis au final, les gamins que nous avons croisé ensemble tout à l’heure ne faisait pas n’importe quoi. Ils prenaient la pose et savaient ce qu’ils faisaient.

Tu dis ça parce que tu es en résidence au 104 ? C’est un lieu incroyable où des dizaines de jeunes viennent y danser en totale liberté ?

A fond. C’est un super exemple. Là ça transpire au sens propre du terme. C’est une communion autour du son. Ce lieu est une vraie réussite. J’ai accosté récemment une personne et on va faire un projet. La personne va relever le défi et va danser sur un de mes morceaux.

Pour revenir à Tempérance#2. J’avais lu qu’il t’avait fallu deux ans pour écrire le premier volume. Tu as été plus rapide pour ce nouveau disque.

Des morceaux datent du premier… J’ai composé quelques morceaux. Je voulais que le disque soit court. C’est difficile de faire des disques courts.

Ah oui ?

Oui. C’est difficile de synthétiser ton discours. La pop musique est faite de morceaux qui sont courts. Etre pertinent très vite est quelque chose de très difficile. Les plus grandes chansons pop font 2 minutes 30.

Tu penses à une chanson en particulier ?

Les vieux morceaux de rythm & blues ou les premiers morceaux de rockabilly. On file vers les années 60. C’était très concis car c’était le format alloué par les radios et les DJ. Le côté technique est important aussi. Les 45 tours ne pouvaient pas contenir des morceaux très longs. L’industrie et la technique, le diktat des médias… « Vous êtes formidables mais ce sera deux minutes 30 ».

Et pourquoi reprendre ce mot Tempérance ? Il faut le considérer comme une suite ?

Il reste des choses à dire sur la Tempérance. Ce que je joue en concert, c’est Tempérance. C’est une création, pas un tour de chant. Il me représente pleinement aujourd’hui.

Tu as évolué quand à la définition du mot Tempérance ? J’ai vu que la polysémie de ce mot te posait question. Tu n’as pas été chercher du côté de la religion catholique.

Non, je ne mets pas de religion dedans. Non, je voulais juste remettre en avant ce mot qui était tombé en désuétude et qui avait un certain mystère. J’en ai parlé avec des jeunes. Personne ne savait ce que c’était… Il y a pas mal d’écrits économiques sur ce mot. Il y a une recherche de la maîtrise de ses outils économiques. C’est très à la mode en ce moment d’ailleurs. Il y a un moment donné, et cela rejoint le début de notre conversation, tu te poses la question du contrôle de tes propres outils de production. Comment peux-tu te restreindre ? Comment peux-tu te responsabiliser ?. C’est du même ordre que faire des pop songs. Est-ce que tu fais fi de tout ? Comment évolues-tu avec le monde qui autour de toi ? C’est un sujet très vaste… Je peux encore faire pas mal de disques dessus.

Tu donnes une grande place aux femmes sur ce disque.

Oui. Le premier morceau de l’album, Done Enough For Your Man est un manifeste. Je prends l’exemple d’une libération féminine. Avec cette précision que les femmes n’ont aucunement besoin de moi pour être libres. C’est une idée plus large : quel prix est on prêt à mettre pour vivre ses rêves ou être fidèle à ses aspirations ? Cela peut passer par le respect. On l’a vu récemment avec le mouvement metoo. Il y a une année 2018 qui est finalement très féminine. Peut-être que ce premier morceau l’illustre.
Ce nouveau volume est plus une galerie de portraits. Je m’attache toujours à parler de la nature mais je regarde plus le côté humain que végétal. Le végétal était le décorum du volume 1. Après tout cela se croise, notamment sur scène avec des vidéos.

Elles sont faciles à jouer sur scène ces nouvelles chansons ?

Oui. Tout dépend du point de vue que l’on a.

Et tu n’as pas voulu créer quelque chose de nouveau sur scène ? J’ai évidemment en tête ton set aux dernières victoires de la musique. Tu es venu avec un Bombers.

C’est moi ! Je n’allais pas venir en tutu avec des gogo danceurs. Cela aurait été intéressant, mais ce n’était pas le propos.
Je suis le seul artiste à avoir passé au cours de cette cérémonie de la synthèse granulaire. Elle est là la vraie victoire.

TEMPERANCE#2 de Dominique Dalcan sera publié le 26 octobre 2018 chez Ostinato/Differ-ant.
Dominique Dalcan sera en concert les :

  • 26.10 au MIDI Festival – Toulon (83)
  • 01.10 à Condette (62)
  • 31.01 à L’Intime Festival – Saint-Avertin (37)

Dominique Dalcan - Temperance#2

Tracklist : Dominique Dalcan - TEMPERANCE#2
  1. Done Enough for Your Man
  2. Seekinf For You
  3. Come On Yeah
  4. Surabaya
  5. Into The Woods
  6. Melt Together
  7. Mountaintop
  8. Women Running Down The Hill
  9. Whatever She Wanted

Pouet? Tsoin. Évidemment.

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