The Raveonettes à la Flèche d’Or

The Raveonettes à la Flèche d’Or
Olivier - 13/12/2009
compte rendu concert : The Raveonettes @ Flèche d'Or, Paris| 12 décembre 2009
The Raveonettes

A la question : « La mélodie est-elle soluble dans le bruit ? », les Raveonettes, duo mixte danois de type hors-normes, apporte en 5 albums indispensables une réponse en perpétuelle évolution. Bon, d’accord, mais sur scène ? Réponse, justement à la Flèche d’Or.

Idol

Un batteur guitariste (ou le contraire), un bassiste clavier (et inversement), une chanteuse à cymbale : la formation Idol présente l’intérêt de l’originalité. On prête donc une oreille accueillante à ce néo folk inoffensif low profile donc un brin pénible au prime abord, le tout manquant cruellement d’électricité. Puis quelques secondes de surprise, lorsque au détour d’une montée en puissance, on perçoit le potentiel scénique de la demoiselle, hurlant des choses hors micro, prise au jeu de sa chanson. Chic.

Las : les choses rentrent dans l’ordre et l’ennui reprend ses droits. Le set d’Idol, sorte d’introduction interminable, se termine enfin. A suivre, tout de même. Sait-on jamais, ceux-là vont peut être un jour se décider à lâcher la bride.

Rodeo Massacre

Lorsque l’on attend un groupe nommé Rodeo Massacre, il est aisé de songer au Brian Jonestown Massacre, par exemple. Un groupe avec le mot « Massacre » dans le nom, forcément, on est en terrain miné. Hum. Rien de personnel, mais ces mines là font long feu. Et pour cause : Rodeo Massacre expose une manière de néo (encore) garage / country / blues qui se rêverait volontiers sale et sexy. Oui mais le trio s’offre une chanteuse, une vraie de vraie, suédoise, jolie choriste d’église, chanteuse de jazz, bref, ça ne sent pas la fausse note. Tout est en place. Rien à dire. Et si c’était le problème ? Tout ceci s’avère fort poli et bien loin de la note d’intention que laissait suggérer la chose. Trop belle, la voix d’Isabel. Trop cristalline. Malgré l’enthousiasme du combo comme du public, ce massacre tiré à quatre épingles et propre sur lui manque cruellement de cette rocaille, de cette folie qui font les authentiques massacres scéniques. « Are you ready to rock ? » harangue Isabel, chemise blanche immaculée, rentrée dans le pantalon.

Nous oui. Mais vous ? Pas encore.

Le Rodeo Massacre serait avisé d’aller faire un stage chez Jon Spencer, au hasard.
Histoire de voir à quoi ressemble un groupe qui sent la sueur à la fin de son set.

The Raveonettes

Les danois débarquent devant un public conquis. Beaucoup de franges, dans cette audience somme toutes assez féminine. Rien de gênant. Surprise ou presque: le duo est un quatuor. Batteur et bassiste épaulent Sune Rose Wagner et Sharin Foo. Pas de machines : on est en terre analogique vintage. Joie.

Un mot, d’emblée, sur l’attitude Raveonettes. Loin de tous faux semblants / clichés, les deux (qui sont donc quatre) jouent le profil bas. Non look ou presque. Intemporelle, Sharin Foo Sune Rose, petite robe noire sur talons aiguille, carré court et frange blonde impeccable, Sune Rose Sharin Foo, quant à lui, passerait inaperçu dans le public, les autres aussi. Le genre sympathique / humble. The Raveonettes n’impressionnent pas.

Il était même autorisé, à l’écoute de la dernière livraison « In and Out of Control », à la production résolument propre sur elle, de nourrir une saine inquiétude sur la fameuse capacité des Raveonettes à marier mélodies pop early 60’s et déflagrations sonores Mary Chainiennes, légèrement passées à la trappe tout de même.

Il n’aura fallu que quelques secondes pour se rassurer, le temps de chauffe des amplis. Dès l’ouverture de « Gone Forever », tout est dit : les Raveonettes installent une brume sonore d’une rare violence, que l’on croyait perdue. Les voix sont lointaines, les guitares de Sune Rose et Sharin déferlent, éthérées et mordantes, bardées de distorsion(s), d’échos, de réverbération : le Wall of Noise est là.

Le groupe joue fort, très fort. Stroboscopes et ouragan sonique sur la calme plaine de ces mélodies trop sucrées pour être honnêtes. Le tout confine à l’épure. Les Raveonettes font dans l’économie de moyens. Inutile d’en faire trop. Ce serait… euh… trop. Dès le second morceau, la messe est dite : la brume est là pour rester. « Do You believe Her » et « Veronica Fever », tiré de « Whip it On » premier album du duo, nous rappellent à l’ordre : la brume des Raveonettes va rester, et elle est venimeuse.

Le Wall of Noise installé par les Raveonettes ne quittera pas la scène. Jamais.

Comment des guitares vaporeuses peuvent-elles crisser aussi fort ?
Comment des mélodies aussi pop peuvent-elles s’accommoder d’un traitement aussi malfaisant ?

Les Jesus & The Mary Chains avaient la réponse. Les Raveonettes l’ont aussi.

La formule, magique évidemment, vous emmène par delà le Wall of Noise, pour domestiquer le bruit, là où d’autres se perdent en circonvolutions noisy, là où les mélodies percent, là où les chansons apparaissent. Puisque c’est bien de chansons qu’il s’agit.

Un miracle en milieu de set : Sune Rose, un homme seul sur scène, tremolos de guitare, Converse et t-shirt. Une ballade à peine susurrée. Et le Wall of Noise est toujours là.

Puis viendra l’imparable « Love in a trashcan », et les Raveonettes seront un girls band sixties dansant sur le cadavre de Laura Palmer. Le Wall of Noise est encore là sur ce « Ally walk with Me » asséné en fin de concert, volume à 11, parfait générique de fin du film Raveonettes, où David Lynch croise les Ronettes, où My Bloody Valentine copule avec les Crickets de Buddy Holly. Dans la brume. Dans le noir.

Evident rappel : les danois s’exécutent de bonne grâce pour achever l’audience sur le terrifiant « Attack of the Ghost Riders » de leurs débuts, parfait hymne binaire sixties et ultime brouillard sonique, assourdissant, à tout le moins. Et cela tout en douceur, à l’image de Sune Rose, jolie blonde sobrement apprêtée, maltraitant sa Fender Jaguar, faisant crisser sa paume sur des cordes hurlant leur vacarme.

Tout en douceur.

Et le Wall of Noise disparaît. Et la brume se dissipe. Et la magie reste.

Setlist :

Gone Forever / Do You Believe Her / Veronica Fever / Lust / Black Satin / Dead Sound / Bowels of the Beast / Break Up Girls / Bang ! / The Beat Die / Heart of Stone / Little animals / Oh, I Buried You Today / Love In a Trashcan / Boys Who Rape / Aly, Walk With Me / Attack of the Ghost Riders

Date : 12 décembre 2009
Crédit photo : faithdesired
One Two Three Boom.
Réponses
  1. Yahoo super article, je vois que tu es rassuré et que ça t’a fait le même effet que moi au final :)

    Sinon juste une petite remarque, Sharin Foo c’est la fille et Sune Rose le garçon (et non pas l’inverse) :)

  2. Yep. My mistake sur les deux erreurs :
    My mistake pour l’erreur bête : Sharin Foo est bien la jolie blonde et Sune Rose le garçon. Oups. (ces noms, aussi, on a pas idée).

    + effectivement, j’avais zappé Last Dance, premier morceau du rappel ! (Je crois que j’étais tellement content d’entendre « Attack of The Ghost Riders », qui est mon preferé, que j’ai un peu obliteré l’avant…):)

    Content de voir que l’avis est partagé, ils ont vraiment transcendé les morceaux les plus doux pour garder ce fameux « Wall of Noise » tout du long…

  3. Arf, l’erreur habituelle :
    Sharin Foo, c’est la blonde, Sune Rose Wagner c’est le mec.

    Et dans la setlist vous avez oublié Last Dance, juste avant Attack of the Ghost Riders.
    Sinon très bon report, j’ai ressenti à peu près la même chose quant à puissance du son (assez rare aujourd’hui), fort, saturé mais finalement assez limpide, bien à l’image des albums Whip it On et Lust Lust Lust. En x10 évidemment. Et j’avais un peu peur de l’adaptation des chansons de In and Out of Control, un peu trop gentilles pour s’adapter à l’esprit du concert. Mais Last Dance, surtout Last Dance que j’aime pas vraiment en version studio, m’a bluffé. Autres claques : Dead Sound, Aly Walk with me, Do you Believe her, Lust, et l’improbable mais tellement bien choisie (une de mes préférées) Bowels of the Beast. Très attendu évidemment, mais aussi très réussi, Love in Trashcan.
    Superbe utilisation des lumières, comme quoi avec peu de choses (4 strobes [je sais pas comment ça s’écrit]), on peut faire des miracles.
    Et Sharin Foo est décidément l’une des plus belles femmes du monde :p

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