Miossec – Discuter

Miossec© Louis Teyssedou
Louis - 23/11/2019

10 avril 1995. Il y a bientôt 25 ans, celui qui est tombé nez à nez avec Non non non non (je ne suis plus saoul) a toujours Le Cul par Terre. Miossec s’en est relevé. En 2019, le Brestois a sorti onze albums et est toujours aussi passionnant sur disque comme sur scène.

Tu joues ce soir au Théâtre Municipal d’Abbeville. Quelles sont tes relations avec la Picardie ? Tu as travaillé avec Albin de la Simone si je ne
me trompe pas ?

Miossec : Tout à fait. J’ai aussi travaillé avec Jean-Baptiste Brunhes qui est un ingénieur du son. Et Hugo Cechosz qui lui aussi est picard. Ça commence à faire du monde en effet…

Comment as-tu rencontré Albin ?

Miossec : Totalement par hasard. On avait envie d’essayer de faire quelque chose. C’est bien parfois de travailler avec des gens qui ne sont pas du même monde que toi. Il va y avoir une entente qui va se créer autour de deux personnalités avec des finalités différentes.

Vos personnalités sont opposées ?

Oui, totalement. Et la fusion de nos deux mondes a donné quelque chose de formidable. Alors que si j’avais travaillé avec quelqu’un qui était du même monde que moi, j’aurais sûrement persévéré dans mes erreurs.

Le chemin est tout tracé…

Oui, nous avons réussi à faire une belle traversée.

La Picardie est une terre de guerre. Tu évoques souvent dans tes interviews M. Kerleguer, ton grand-père maternel, que tu n’as pas connu. Il est mort à la guerre en 1945. Je t’ai retrouvé le certificat de décès de Jean-François Kerleguer, un de tes aïeuls, mort en 1917 pendant le premier conflit mondial.

Merci beaucoup. Il s’agit de Jean-François. C’est du côté de ma mère. Il y a très peu de Kerleguer…

Pas comme les Miossec.

Oui, là c’est différent. Miossec, c’est le Dupont breton. Je connais Jean-François à travers ses carnets de poésie.

Quel type de poésie ?

La vraie, celle qui vient du cœur. Il a écrit des petits carnets que j’ai lus. Une poésie un peu scolaire mais vraiment belle. Il a écrit ça pendant la guerre. C’est très étonnant. Ses carnets sont intacts. La chanson La Guerre que j’ai écrite fait référence à ces fameux carnets. Pour le 11 novembre, une chorale a d’ailleurs repris ce morceau.

Miossec – La Guerre

On saute du coq à l’âne… Quelle est l’histoire des deux photographies qui ont servi à faire les pochettes de Boire et Baiser ? Tu ne mets pas tes textes…

Mes chansons ne sont pas faites pour être lues. Une chanson, en général, n’est pas faite pour être déposée sur du papier. Une chanson doit rester dans l’air. C’est pas très marrant de lire mes chansons.

Comment as-tu rencontré Richard ? Comment ont-été faites ces deux photos ?

C’est une longue histoire. Je connais Richard depuis Printemps Noir, un groupe dans lequel je jouais quand j’étais adolescent. Je connaissais déjà Richard à cette époque. Je devais avoir 17 ans… Ensuite, j’ai travaillé à Ouest France et on a couvert pas mal de concerts ensemble comme ceux de Marquis de Sade ou de KaS Product. Nous sommes devenus amis à cette époque. Il a signé sa première pochette de disque avec un album des Fleshtones. La deuxième fut celle de Boire. Dès le début de l’enregistrement de ce disque, c’était une évidence que les photographies de mon disque seraient faites par Richard.

Miossec
Miossec © Richard Dumas

Où a été prise la photographie de la pochette de Boire ?

Au Vauban. Richard a la planche contact. Il a pris cinq ou six photos. Comme d’habitude… Quand j’allais à l’Ubu avec lui, il faisait une ou deux photographies. Mais c’était à chaque fois LA photo du concert. Il m’a fait arrêter la photographie.

Et celle de Baiser ?

Encore au Vauban.

Prise sur le vif ?

Oui. Il n’y aucun cérémonial, son travail est d’une très grande légèreté. Il te place au bon endroit et fait un ou deux clichés. C’est assez fabuleux à voir. C’est pas du tout un matraquage, il prend très peu d’images.

Tu évoquais tout à l’heure les concerts de Marquis de Sade ou de KaS Product. C’était une période totalement folle au niveau de la création par rapport à aujourd’hui ?

Oui. Quoique… Aujourd’hui, c’est assez barré comme époque. La production est torrentielle.

Tu as vu Marquis de Sade à Rennes… Tu as plus vécu à Rennes qu’à Brest à cette époque ?

Non, je faisais pas mal d’aller-retours en stop. Ma mère me couvrait et me faisait des mots pour louper des cours. J’ai vu les Transmusicales dès la première édition et mon groupe Printemps Noir y a joué pour la troisième édition.

Et Marquis de Sade ?

Je n’ai jamais rien ressenti d’aussi fort. Mais je parle de ce concert car c’est ma jeunesse. Le punk avait tout détruit et il fallait tout reconstruire. Les solos interminables, les stars à la con… Tout cela était terminé. C’était une époque fascinante où tu pouvais être facilement à la marge.

Le look est totalement dingue. Je pense au Gun Club notamment. Je viens d’interviewer l’ancienne bassiste du Gun Club. Quelle époque.

Richard a fait une magnifique photo d’elle. Les disques du Gun Club sont magnifiques aussi.

Gun Club
Le Gun Club © Richard Dumas

La liberté était totale.

Le punk avait tout fichu en l’air et il fallait bâtir de nouvelles choses. La nostalgie de cette époque vient aussi du fait qu’elle a créé de nombreux bastions humains.

Il y avait beaucoup d’argent ?

Aucun. C’était la misère pour gagner un peu d’argent. Je me rappelle de premières parties avec KaS Product ou Orchestre Rouge… Tout le monde galérait. Même les têtes d’affiche. Pour les concerts, les conditions étaient préhistoriques.

C’est tout le contraire aujourd’hui avec le régisseur, les éclairages…

Totalement.

Ce soir tu joues des chansons de Des Rescapés.

Je les trouve assez excitantes. Je prends mon pied sur une chanson comme La Mer. Elles étaient faites pour être jouées sur scène.

Et qui a fait la pochette de ce disque ? Tu as laissé carte blanche ?

Non, j’ai mis mon nez dedans. La photographie est faite par Julien T. Hamon, un type de Morlaix. Et c’est une anglaise, Kate Gibb, qui a fait la sérigraphie. Nous avons, avec Kate, à peu près le même âge. On a vécu sensiblement les mêmes choses. Elle a vécu les années 80 à New-York. Nous ne sommes pas du même continent mais nous avons vécu les mêmes choses. Entre 1978 et 1980, il y a une quantité phénoménale de disques qui a été publiée. C’était le début de quelque chose. Créativement, la période était monstrueuse. C’est pour ça que mes disques…

Comment ça ?

J’ai dû mal à avoir de l’estime pour mes disques quand je regarde ceux de ma jeunesse. C’est normal d’avoir un regard critique sur mes disques et un complexe d’infériorité.

Le rythme des sorties était fou.

Et surtout, on était au courant de tout grâce aux fanzines.

Comment ça ? Via Ouest France ?

Printemps Noir date de 1983… Les disques arrivaient chez Ouest France quand j’y travaillais.

Tu étais un gros consommateur de disques ?

Non car cela coûtait cher. J’achetais très peu de vinyles. Mais j’avais pas mal de cassettes que des amis me faisaient. Et Dédé, grâce à qui j’ai fait Miossec, tenait un magasin de disques. Il y avait donc un réseau qui me nourrissait. Dédé m’a poussé à écrire.

On entend Le Courage des Oiseaux de Dominique A dans la salle… Tu viens de faire une reprise de cette chanson.

C’était très tôt le matin pour une radio. C’est d’ailleurs grâce à Dédé que j’ai découvert Dominique.

Tu ne l’as pas découvert quand Lenoir et Viviant l’ont passée sur Inter ?

Je n’écoutais pas trop Lenoir. Mais je me rappelle de la découverte de La Fossette. Evidemment, dès les premières secondes, tu sais qu’il va se passer quelque chose.

Dernière question… Thierry Jourdain vient de publier un livre, Miossec, une bonne carcasse. Qu’as-tu ressenti quand tu as tenu ce livre dans tes mains ?

Je suis un grand lecteur. Notamment de livres sur la musique… Je suis un fan absolu de Please Kill Me. J’ai un regard un peu particulier sur ce livre. Mais c’est tout à fait normal. C’est impossible d’avoir un regard objectif sur sa biographie. Ou alors c’est que la personne à un problème à régler.

Miossec - Les Rescapés

Les Rescapés de Miossec est disponible via Sony.
Miossec, une bonne carcasse de Thierry Jourdain sera disponible le 22 août 2019 chee les éditions Le Mot et Le Reste. Miossec sera en tournée dans toute la France cet automne.

Pouet? Tsoin. Évidemment.

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