SK* a demandé à une vingtaine (et plus) d’artistes appréciés par les membres de l’équipe de répondre à cinq questions très simples avec leurs morceaux du moment, nouveaux ou anciens. Voilà le tour de Martin Luminet, un lyonnais né en 1989 à la sensibilité exacerbée. Sa vie est un film d’erreurs et pourtant on veut passer l’après-minuit ensemble. Il vient de sortir la bande annonce de son futur premier album sous forme d’EP, SK* vous invite à regarder les trois épisodes expliquant son projet doux et dingue.

Martin Luminet s’est donc prêté au jeu des cinq questions accompagnées d’une playlist qui dévoile les affres, les doutes, les enthousiasmes d’un artiste qui offre ses chansons avec coeur comme un autre martin partageait son manteau.

Martin Luminet en cinq questions

Ton souvenir de concert ?

Je commence tout juste à dévoiler mes chansons sur scène et je souhaitais les présenter les plus nues possible, sans artifice, juste un piano et une bouche, afin qu’on ne soit pas séduit par une quelconque forme mais par leur fond. Ça crée une fragilité qui paradoxalement me renforce et me fait du bien, j’aime beaucoup ressentir la salle devenir autant fébrile que moi et que nous finissions par respirer et nous relever ensemble, ça crée quelque chose de réconfortant car on fait ce métier avant tout pour se sentir moins tout seul. Du coup un soir à Thou Bout d’Chant, une des salles les plus épatantes de Lyon, j’ai voulu faire danser le public, car j’étais un peu frustré de jamais voir de pogo ni de salto dans mes show, et sur une chanson des personnes se sont levées puis toute la salle s’est mise à danser un slow.
Je me suis senti un peu Joe Dassin et je n’ai pas connu plus belle image encore que des gens qui pleurent en dansant.

Ta rencontre en tournée ?

Je suis en pleine tournée justement, c’est la première de ma vie, donc ma rencontre serait bêtement avec la Tournée, cette période où l’on passe son temps à découvrir et quitter des gens aussitôt. C’est assez déroutant en premier lieu puis on se rend compte que c’est comme une petite métaphore de la vie, des choses qui filent vite, qui nous font dire qu’on est pas là très longtemps donc autant se surpasser et rendre heureux un maximum de gens. Ça fait un peu parole de messe comme ça mais j’y crois terriblement.

Je suis parti dans un cadre assez exceptionnel : le Mégaphone Tour, fondé par Caroline Guaine. C’est un dispositif qui repère des projets et leur fait faire une tournée d’une dizaine de dates en autant de journées dans toute la. Cela crée des rencontres vraiment authentiques, avec le public, les acteurs culturels locaux et avec soi. Caroline est vraiment quelqu’un qui fait avancer les artistes et les gens, il y a de la passion, de la patience et beaucoup de bienveillance, on se sent grandir à ses côtés. Et cerise sur le pompon je partage la scène avec Laura Cahen et Ouest, deux projets que j’estime beaucoup donc cette première tournée est une merveille pour moi.

Martin Luminet – Pardonnez Moi

Ton anecdote dans le van ?

Là sur cette tournée, vu que je suis au fond du bus, j’ai ouvert une petite sandwicherie sur la banquette arrière, donc je fais des petites brioches au poulet et au fromage à mes compagnons de route en criant comme un charcutier. Sinon le reste du temps je dors beaucoup et soudainement donc je dois sans doute commencer des phrases que je reprends 80 km plus loin.
Mais ça faut leur demander...

Ton prochain album ?

Mon prochain album risque d’être hyper important puisque ce sera mon premier.
Il est presque terminé, il s’appellera En attendant d’aimer et relie plusieurs chansons qui évoquent un peu la même période, celle où l’on tarde à tomber amoureux soit parce qu’on ne l’a jamais été, soit parce qu’on l’a été très fort et que l’on piétine à l’idée à s’y abandonner de nouveau. Au départ j’étais un peu réticent quant à dévoiler ces chansons, je les trouvais toutes un peu similaires mais comme c’est bien, dans la vie, de convertir ses faiblesses en atouts, j’ai décidé de les relier entre elles, comme si elles constituaient le scénario d’un film d’amour, ça m’a permis d’écrire des petits bouts de dialogue entre, d’étoffer cette « histoire » et de mettre des mots encore plus fort. Moi j’ai l’impression d’écrire les choses que j’arrive pas à dire en direct, par manque de réparti sans doute et de courage aussi. Du coup cet exercice m’a ramené vers des choses plus parlées, dénuées d’esthétisme, ça crée une mini revanche sur tous ces moments où l’on s’est senti nul un peu lâche.

J’ai dévoilé une partie de cette histoire dans un EP qui fait office de Bande Annonce à tout projet.

Ton prochain rêve ?

Adapter ce disque en film et jouer mes concerts dans les cinémas.
Mais ça, c’est un secret.

En écoute avec Martin Luminet

Martin Luminet - fait sa playlist

  1. Arnaud Fleurent Didier - France Culture

    Pour moi c’est un des plus beaux morceaux du monde, j’ai jamais croisé un morceau qui me parlait autant. C’est dur, c’est lucide, ça parle des parents, de ce moment où l’on devient autant des adultes qu’eux et que l’on cherche à savoir ce qui nous a amené à être comme on est, qu’on a assez grandi par nous même mais que des questions persistent, que nous même on ne se comprend pas donc on rembobine le film nos parents et l’on cherche des réponses nous concernant, c’est le moment où on les appelle moins « papa, maman » mais que l’on cherche à construire une nouvelle relation avec eux, et pourquoi pas, que ce soit à notre tour de les aider.

  2. Alain Souchon - J’ai perdu tout ce que j’aimais

    Dans ma liste musicale d’amoureuses, cette chanson est comme mon premier amour. Je ne connais pas de chanson qui illustre le mieux le mot « mélancolie », Souchon a fait de ce mot un véritable mouvement je trouve. Tout y est élégant même la tristesse.

  3. M 83 - Atlantique Sud

    Les paroles de cette chanson sont venues se poser dans ma vie à un moment où je traversais exactement ce qu’il est décrit dans les couplets. C’était une rencontre assez troublante, du coup j’ai beaucoup de reconnaissance pour ce titre, je ne saurais pas l’expliquer d’avantage, il m’a aidé à avancer, les chansons ont ce pourvoir, d’en 3 minutes dénouer des mois de tourmente.

  4. Antoine Bertazzon - Les Longs Discours

    Antoine Bertazzon est un ami un peu particulier puisque nous sommes amis en chanteurs à la fois. On avance un peu de la même manière dans cette vie d’incertitudes charmantes et de doutes, on essaye de s’aider au mieux et de tempes en temps on se fait des surprises. Antoine a enregistré cette chanson et m’a demandé d’écrire un petit bout de texte parlé, ç’a été un moment très épanouissant puisque j’ai du mettre des mots sur quelque chose dont je n’avais pas encore le courage de parler. Cette chanson est en elle même une vraie merveille et incarne tout l’album d’Antoine. Donc qu’il m’ouvre ainsi la porte et me fasse une place dans ce morceau, à ce moment de nos vies, ça voulait dire beaucoup.

  5. Georges Delerue - La Nuit Américaine – Grand Choral

    La Nuit Américaine est mon film préféré et la musique de Delerue à l’intérieur, supplée par les images étourdissantes d’un film entrain d’être tourné sous nos yeux donne une sensation vertigineuse. Ca donne envie de s’accomplir et de réussir des choses.

  6. The Saxophones - If you’re on the water

    C’est un morceau assez récent et discret qu’un ami très cher m’a confié. On ne s’est pas partagé ce morceau comme on se donne de la musique mais plus comme on essayait de prendre soin de l’autre à distance. J’ai toujours rêvé d’inventer un métier qui consiste à prescrire des chansons plutôt que des médicaments pour guérir des choses de la vie. Y’en a pour qui écouter du Souchon matin et soir pourrait faire le plus grand bien.

  7. Ripple & Murmur - Riddles in the dark

    Cette chanson est extraite d’un spectacle de danse de la compagnie Cirkus Cirkör, dans leur pièce Underman, qui raconte comment un garçon, après s’être séparé de l’amour de sa vie, s’est fait hisser et porter par ses amis danseurs pour le sauver de la morosité. C’est une prouesse et il y a de vrais moments de bravoure simplement en voyant un corps porté par un autre, surtout lorsque l’on connaît désormais l’histoire qu’il y a derrière, c’est terrifiant de beauté.

  8. Girls in Hawaï - Here I belong

    J’ai connu Girls in Hawaï l’année du bac, j’ai très vite été pris par l’énergie et la sobriété dans la réalisation, l’énergie étant à la fois le carburant et le véhicule, à côté ils ne prennent que le stricte nécessaire, on dirait un corps qui respire, il y a des silence, des fulgurances, des moments étouffants et de la quiétude. Il y a quelques années, un des membres du groupe a perdu la vie et durant de nombreux mois il n’y avait que la photo de lui sur leur site internet, silence radio assourdissant. Et puis un jour ils ont refait surface avec un album intitulé Everest, toute une œuvre dédiée à leur batteur disparu, c’est saisissant et cette chanson est presqu’un pont entre ici et les étoiles.

  9. Céline Dion - Prière Païenne

    Petit je n’ai pas fait de musique, j’ai grandi dans une famille de basketteurs, donc la musique c’était surtout dans la voiture et mes parents n’avaient qu’un CD de Voulzy et de Céline Dion. Récemment je l’ai vu dans un magasin, je l’ai acheté pour rigoler mais j’étais sidéré de tout connaître par cœur, 15 ans après, sans avoir révisé !
    Et vers la fin du disque il y a cette chanson, qui est un plaisir un peu coupable je dois l’avouer, car je la chante comme un gosse et j’ai l’impression que mon enfance me prend un peu par le col à ce moment là et ça me replonge dans des souvenirs, je ne me souviens pas trop des images mais c’était ça la bande son de mes 10 premières années.

  10. Orelsan - Peur de l’échec

    Beaucoup de personnes cherchent les successeurs de la nouvelle scène française initiée au début des années 2000 par Keren Ann, Bénabar, Biolay, Fersen, Delerm, ces auteurs de chansons, qui ont mis un vrai coup de fouet à la « chanson française », un peu comme la Nouvelle Vague avait dépoussiéré et sidéré le cinéma français dans les années 1960. Il est vrai que les bons paroliers se font plus rares mais peut être parce qu’on ne les cherche pas au bon endroit. A mon sens l’avenir de la chanson à texte se trouve dans le rap. Il y a une vraie envie de modernité et des sujets qui en disent long sur une époque et les générations qui l’escortent.
    Le travail d’Orelsan me parle beaucoup, je trouve ça beau et courageux d’assumer autant sa fragilité, son incompréhension de soi et du monde, ça en fait paradoxalement un des meilleurs représentants de cette génération qui se cherche un truc à gagner ou à perdre. Je crois qu’Orelsan est un vrai bel auteur et ça me parle d’autant plus que tu rentres dans ses chansons comme si tu entrais dans un magasin de faiblesses, assumé, il prône sa vulnérabilité, je fais sensiblement la même chose, peut être qu’un jour ça nous rendra fort.

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Martin Luminet en concert à la salle Léo Ferré à Lyon © Fabrice Buffart)

Martin Luminet

Tracklist

Martin Luminet - En attendant d'aimer
  1. Tomber
  2. Boite d'ennui
  3. Pardonnez moi
  4. 1989
  5. Je t'aime (mais c'est pas grave)
  6. Générique

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