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Thurston Moore, la symbolique du feu

© Louis Teyssedou

Enregistré à Londres avec Debbie Googe de My Bloody Valentine, Steve Shelley de feu Sonic Youth, Jon Leidecker aka ‘Wobbly’ de Negativland, James Sedwards et Jem Doulton, By The Fire est le disque qui devrait faire aimer la musique de Thurston Moore à ceux qui ont détesté les disques de Sonic Youth pendant les années 90. Moins alambiquées, les compositions de cet Américain vivant désormais à Londres sont enfin accessibles et plus réservées aux fanatiques de free jazz.

Plus efficace qu’une crème anti-rides et moins cher qu’une triple injection de Botox, le dernier Thurston Moore est une petite cure de jouvence. Directement inspiré de Daydream Nation ou de Goo, By The Fire rappelle aux étourdis qu’il n’y a pas que Daydream Nation et Goo dans la vie. Car la carrière solo de la grande seringue new-yorkaise vaut plus que le détour et mérite bien quelques arrêts.

Commencée en 1995 avec Psychic Hearts, la carrière de Moore, balisée par les influences de Derek Bailey et Jean-François Pauvros (pour ne citer qu’eux), est aussi intéressante que ses pérégrinations avec Sonic Youth.
Les neuf chansons de ce septième disque sont autant de bouffées d’air dans ce monde suffocant. Guidé par Albert Ayler, l’Américain fait de manière formidable ce qu’il sait faire. C’est à dire construire des chansons, longues, pour mieux les casser et les reconstruire. A 62 ans, Moore s’amuse plus que des musiciens de 26 ans.

D’où vient ce titre de By The Fire ?

Thurston Moore : Le titre est lié à l’actualité américaine, à tout ce qui se passe dans ce pays. Je fais référence au feu car il y a une double signification. Je voulais évoquer ces fameuses soirées au coin du feu où les gens se parlent. C’est au final une façon assez primitive de se parler. Cela existe depuis la nuit des temps. Et puis le feu évoque aussi ce qui se passe aux États-Unis avec les manifestations et cette colère qui s’exprime de plus en plus fort. L’idée d’appeler ce disque By The Fire m’est venue après avoir regardé Joe Strummer : The Future is Unwritten le film de Julien Temple sur le leader des Clash. Il arrive à capter de manière assez sensationnelle le changement de Joe Strummer. On passe d’un hippie qui passe ses soirées à discuter au coin du feu avec ses amis à un punk activiste. C’est assez fascinant à regarder car c’est quelque chose de très difficile à filmer. Cela m’a vraiment touché et je crois que c’est ce qui m’a inspiré le titre du film. Avec ce qui se passe en ce moment, l’épidémie, le confinement, la quarantaine… Je suis curieux de voir ce qu’il va se passer aux États-Unis.
Et puis… Ce titre fait aussi référence aux violences policières subies par la population noire américaine. Elle subit ces violences depuis des siècles. On ne peut plus éluder le problème aujourd’hui car les nouvelles technologies permettent de tout filmer. Il y a donc différentes raisons à ce titre. C’est comme la photographie qui a été utilisée pour la pochette de cette album.

Quelle est l’histoire de cette photographie ?

La photographie a été prise par Laurent Orseau lors d’un concert à Bruxelles il y a quelques années. C’était dans une petite salle assez sympathique. J’ai vu cette photographie sur Internet. J’ai rencontré Laurent et nous avons fait des essais. Mais mon choix avait été fait depuis le départ : la photographie que j’avais vu de moi pendant ce concert était la bonne. Mon visage est éclairé par une flamme. Tout concorde. Elle représente bien l’esprit du disque. Le reste du groupe est présent « dans le disque ».

Où as-tu enregistré ce disque ?

Il a été enregistré en 2019 lors de différentes sessions. J’ai fait des sessions d’enregistrement seul à Paris avec Thibaut Javoy. Ce fut un réel plaisir. J’ai fait d’autres sessions à la même époque en Angleterre. Il y a eu d’autres sessions notamment au Total Refreshment Centre à Londres. C’est à deux pas de chez moi au nord de Londres. Les premières chansons (Hashish & Cantaloupe), les plus rocks d’ailleurs, et les dernières (Venus) ont été enregistrées là bas. Je voulais que le disque possède une trajectoire joyeuse, bien plus joyeuse que les précédents disques. C’est ce que j’ai voulu faire avec une chanson comme Cantaloupe, même si elle devient assez cérébrale avec le temps. Idem avec Venus où j’ai laissé très peu de part à l’improvisation.
Tout a été fait en France et en Angleterre. Rien aux États-Unis ! Je suis devenu assez frileux avec mon pays comme les MDC.

Ce fut un enregistrement facile ?

Tout s’est fait facilement mais de manière assez lente. J’ai au final enregistré pas mal de choses à la maison et cela a peut être eu son importance. Il y a évidemment toujours ce moment magique où tu arrives à convertir ce que tu as dans ta tête dans la console… Mais cet enregistrement a été assez calme. Du moins, moins rapide que les autres. J’ai voulu faire le maximum de choses dans mon coin. J’ai donc opté pour une approche assez simple et chaque chanson a la couleur de l’endroit où je l’ai enregistrée et où elle a été mixée.
C’est peut-être un des enregistrements les plus simples que j’ai fait. J’ai apprécié le fait d’être seul. Ce qui n’était jamais le cas quand j’enregistrais des disques avec Sonic Youth. Sonic Youth était une vraie démocratie. Maintenant, je suis un peu le PDG de la marque Thurston Moore. Je travaille donc seul même si je n’oublie pas de prendre conseils auprès de musiciens chevronnés comme Steve Shelley ou Debbie Googe de My Bloody Valentine qui jouent sur le disque. Je dois réussir à travailler seul, à m’accaparer les concepts que je mets en place.

Et quel est ton meilleur souvenir de cet enregistrement ?

Mixer Cantaloupe ! Je suis resté une journée en studio avec Kevin pour le faire. Et mixer Venus. James Sedwards, qui joue de la guitare dessus, était là et ce fut un moment assez spécial.
A l’heure où tout va vite, où le monde se dépêche, on a juste pris notre temps et on a réussi à se trouver. C’est là le plus important.

Thurston Moore – Cantaloupe

On the first day we fed you a star
A glowing mirror inside of a spoon
A tiny sun dancing like a raw egg
Reflections of you soft and blue girl
We’re pulsing blue, blue to orange
Dripping fire music down your back
Floating up through your skin
White gardenias in your eyes
On the second day we drew streaks
Of lightning on your Tele
Fingers drip, dipped in paint
Of cantaloupe and licorice
We’re pulsing blue, blue to orange
Dripping fire music down your back
Floating up through your skin
White gardenias in your eyes
On the third day you came back
Silver lace around your neck
Ankles wrists and around your hips
Reflections of you soft and blue girl
We’re pulsing blue, blue to orange
Dripping fire music down your back
We’re floating up out of your skin
White gardenias in your eyes
Eyes pulsing blue, blue to orange
Dripping fire music down your back
We’re floating up out of your skin
White gardenias in your eyes

By The Fire de Thurston Moore est disponible chez Daydream Library Series/Differ-Ant.


Tracklist : Thurston Moore - By The Fire
  1. Hashish
  2. Cantaloupe
  3. Breath
  4. Siren
  5. Calligraphy
  6. Locomotives
  7. Dreamers Work
  8. They Believe in Love (When They Look at You)
  9. Venus

Pouet? Tsoin. Évidemment.
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