Moriarty – The Missing Room

chronique cd : Moriarty, The Missing Room Débarquer sur un nouvel album de Moriarty, c'est un peu arriver en terrain conquis. Tout dans le groupe, de leur côté très unitaire, leur présence et leur travail scène, la ceinture à harmonicas de Thomas jusqu'à la voix (et quelle voix !) de Rosemary a ce petit quelque chose de magique qui permet à une identité de se construire et de convaincre. Moriarty, c'est un de ces groupes qu'on adopte et qu'on ne lâche plus. Qui vous suit comme un vieil ami, qui joue Cottonflower lorsque vous pensez à une fille, qui se fait entendre repris à la guitare sur Jimmy, lors de vos soirées d'été avec ces quelques amis un peu spéciaux, qui s'invite dans vos playlists, un de ces groupes, finalement, "que vous iriez décidément bien voir un de ces jours."

Moriarty

Et de ce nouvel album, on ne pense que du bien. La voix de Rosemary Standley illumine toujours de sa patte si particulière les compositions du groupe qui se réclame franco-américain de racines et d’âme. Dès le premier titre, I Will Do, on est emportés dans ce périple folk-rock tranquillement bercé par la voix de la chanteuse qui nous contera tout au long des douze chansons ses histoires, ses personnages, Beasty Jane à l’image d’une Private Lily, peut-être, son imaginaire puissamment ancré, et sans doute plus encore que sur le précédent Gee Whiz But This Is a Lonesome Town, dans l’inconscient américain comme ont pu le décrire John Huston, Ford ou Faulkner.

Isabella, intelligemment choisi comme premier single de l’album séduit tout autant que Jimmy en son temps, avec son entêtant Isa-Isa-Bella… Et les paroles toujours travaillées : « You forget all that you left behind, And I was behind » apportent leur touche de nostalgie, toujours la bienvenue avec moi, à la chanson. Where Is the Light apporte un certain renouveau à la composition en incluant une touche de cabaret plutôt sombre qui permet cette fois à des guitares et harmonicas Morriconiennes de s’en donner à coeur joie. La fin de la chanson apporte elle aussi une nouvelle piste qui sera reprise et suivie par Serial Fields, et How Many Tides – After Sean Sellers : un côté du groupe qu’on pourrait presque qualifier de Folk Progressif : des plages hantées par les slides de guitares, des voix samplées d’annonceur d’un autre monde, l’ambiance d’endroits vides, de grand halls déserts où résonnent batterie et harmonica, dans ce bruit de fond si particulier que peut prendre le silence. Serial Fields et sa montée finale n’a finalement rien à envier dans sa construction à un Godspeed You ! Black Emperor d’humeur folkeuse.
L’instrumentalisation reprend une forme un peu plus conventionnelle, mais forcément plus entraînante avec Decaf’ et son solo d’orgue sorti d’un autre monde. On replonge plus dans le côté folk-rock du groupe, avec le duo (qui est d’ailleurs ce garçon ?) présent sur Julie Gold’s Candy Cane Tale, véritable temps fort de l’album nous emportant avec délice dans l’ennui et la fuite de Julie Gold, jeune vendeuse qui ne rêve que de pouvoir chanter, et s’enfuit avec un homme qu’elle pense être le bon…
La dernière piste de l’album fera plaisir à tout bon guitariste qui se respecte, tant Roboto Hoshii unique duo guitare/voix, résonne du son très « old blues » du guitariste Arthur M. Un vrai plaisir à écouter, et en définitive, à l’image de l’album entier, représentatif de cet ovni musical qu’est Moriarty dans le paysage musical actuel français. Peu de groupes de folk ont réussi à vendre plus de 150 000 albums et se faire sacrer disques d’or avec une telle recette. On leur souhaite la même route pour The Missing Room.

Discographie

Cela pourrait vous intéresser

Mick Strauss

Tous avec Mick Strauss !

Mick Strauss aka Arthur B. Gillette, guitariste de Moriarty dans le civil, débarque sans prévenir et réussit rendre le sourire aux fans de Lou Reed et de Spiritualized.
Moriarty

[Micro-Photos] Focus sur Zim Moriarty

Pour fêter les dix ans de la sortie de son premier album, Gee Whiz But This Is a Lonesome Town en 2007, Moriarty a décidé de publier un album live. Les 24 titres de Echoes From The Borderline regroupent le meilleur des prestations live du groupe. Pour accompagner ce disque, on retrouve un livret de […]
Moriarty

Sur la route de Moriarty

Avant de jouer à L’Olympia, les Moriarty se sont arrêtés au Cirque Jules Verne d’Amiens pour jouer une partie de leur dernier album en date (Epitath) dans le cadre de l’édition 2015 du Festiv’art. Ces troubadours modernes sont les apôtres d’une certaine idée du folk et engendrent des failles spatio-temporelles là où ils passent.
Angus & Julia Stone @ Pause Guitare 2015

Photos : Pause Guitare 2015

Débarquer sur un nouvel album de Moriarty, c’est un peu arriver en terrain conquis. Tout dans le groupe, de leur côté très unitaire, leur présence et leur travail scène, la ceinture à harmonicas de Thomas jusqu’à la voix (et quelle voix !) de Rosemary a ce petit quelque chose de magique qui permet à une identité de se construire et…

Plus dans Chroniques d'albums

Jana Horn

Jana Horn – Optimism

On avait découvert cette voix sublime avec une invitation, Go on / Move your body. On avait évoqué Duras en écoutant la première fois son formidable Optimism. On revient sur ce disque qui depuis ne quitte plus nos oreilles et notre cœur de midinette.
Blondino

Blondino – Un paradis pour moi

Blondino fait partie de ces artistes pour lesquels la définition serait à chaque fois imparfaite, trop vague, une suggestion. Ou alors une tentative. Avec juste quelques balises, posées, lancées plutôt, vers de vagues extrémités, histoire d’en conserver l’ampleur.
Limiñanas / Garnier - De Pelicula

The Limiñanas / Laurent Garnier – De Película

Qu’est-ce qui ressemble à un disque des Jesus and Mary Chain ? Un disque des Jesus and Mary Chain. Qu’est-ce qui ressemble à un disque des The Limiñanas ? Un disque des The Limiñanas Avec De Película, les The Limiñanas signent un pacte avec Laurent Garnier et quitte les rivières pourpres de Shadow People pour […]
H- Burns -Burns The Wire

H-Burns – Burns on the Wire

H-Burns décide de prendre tous les risques et quitte l’Amérique de Jason Molina et de Rob Schnapf pour le Canada du Perdant Magnifique.