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Born In Alaska – Above The Swaying Trees

chronique : Born In Alaska - Above The Swaying Trees

On dit souvent que les plus belles pépites sont celles qu’on ne découvre que par hasard. Qu’il faut parfois savoir sortir des sentiers battus pour tomber sur l’étrange, l’inattendu, le spectaculaire. Parfois. Mais c’est pourtant par mon circuit le plus habituel, et dans la plus pure veine de mes préférences musicales que j’ai découvert ce magnifique groupe qu’est Born In Alaska. Produktion TV, avec un sens assez aiguë de la nouveauté avait mis en ligne, il y a plusieurs mois déjà, une session acoustique mettant un scène un groupe de cinq Saint-Lois, quelques part aux environs de Pigalle, jouant les mains gelées, à trois heures du matin, près d’une fontaine. Improbable session envahie par les bruits de la rue, des passants, des squatteurs, improvisation totale qui avait su dégager une certaine poésie, malgré tout. A la première écoute c’était, plus que ce sens intime de la guitare folk, plus que cette maîtrise parfaite de la ballade et de la mélancolie, l’harmonie de leurs voix qui m’avait frappé. Tout en eux appelait au rêve, à l’abandon.

Born In Alaska

« Above The Swaying Trees ». Swaying, ce mouvement lancinant que provoque le vent lorsqu’il se faufile entre les branches des arbres. C’est bien à cet endroit, ni trop loin dans l’atmosphère, ni certainement trop près du sol, que nous emmène le très jeune groupe. Et quel coup de maître, pour un premier EP. Quel fantastique et entraînant songe développe-t’on là, perdu entre les longues plaintes épiques du chanteur et les guitares parfois douces parfois rythmées de la folk, où électriques et habitées, à l’instar du solo de Fairbanks, sauvage et intouchable. Préférera-t’on The Plain, véritable accroche de l’EP, et son lancinant battement de guitare électrique, ou Chilness Flayed et son paisible piano aux accents de réveils d’hiver ?

Born In Alaska – Fairbanks (clip)

Qu’importe, à vrai dire, tant la voix de Melin les subliment, et les rassemblent toutes. Que demande t’on finalement à un chanteur, si ce n’est de fédérer, d’apposer cette patte reconnaissable entre toutes, tour de force que seuls quelques Thom York ou Justin Vernon réussissent à appliquer ? C’est peut-être quelque part à la croisée de ces deux univers que se situe Born In Alaska. Une folk un peu trop lancinante, un peu trop hantée pour n’être que de la folk. Beaucoup trop simple, parfois, pour être appelé progressif, et pourtant mû par une force fantastique, un souffle glacé, une énergie magnifique. Il se trouve que c’est le film Into The Wild, de Sean Penn, et la musique d’Eddie Vedder qui a inspiré les trois membres fondateurs lors de la création du groupe. Cette Folk atmosphérique a des accents de voyage initiatique, et l’on peut comprendre que l’Alaska ait fait renaître ces cinq là.

Dans l’ordre, on pourrait balancer une petite tonne de compliments sur chacun des titres de cet EP. Aucun n’est mal placé, aucun n’est inutile, aucun n’est trop ceci, ou pas assez cela. Dark Winters en particulier, et ses départs en envolées magnifiques, émeut, bouleverse, séduit. Playing For The Sun est peut-être la piste la plus travaillé, la plus progressive et la plus épique de l’album. « Ouvrez toutes les fenêtres nous dit Léo Melin  » Quelque part, je m’y envole, je vois l’océan ». Fairbanks retrouve les grandes plages d’Ebow de la piste précédente pour une montée plus sèche de basse, plus terre à terre. Mais c’est sans étonnement que cette voix vient nous reprendre et nous ramener proche des plus hautes branches des arbres. On ne les quittera plus.

Born In Alaska – The Plain

C’est peut-être cela, finalement, Born In Alaska, ce vent qui souffle, caresse, et met les cimes en mouvement. C’est peut-être aussi cela, cette poésie glaciale qui nous fait lever les yeux vers le ciel lors de froids matins d’hivers. En deux mots comme en mille : débordante de beauté et de passion. A suivre de très, très près.

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