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Lauren Stuart, roi des lyonnais

Lauren Stuart And The Book Of Love
Lauren Stuart
Lauren Stuart (© Photo : Solene Mlln / The French Open)

Lauren Stuart revient avec un deuxième album solo d’ici quelques jours. Le chanteur de Deja Vu sort un disque à l’ancienne.
On s’arrête quelques temps sur ce singulier chanteur qui publie un disque étonnant. Étonnant par sa maturité et sa qualité d’écriture, le codex de l’Amour de Lauren Stuart est un disque à savourer au coin avec un Bourbon.

Lauren Stuart

Tu es le chanteur des Déjà Vu. Qu’est ce qui t’a donné envie de tenter l’aventure solo ?

Discographie

Lauren Stuart : Ce n’est pas vraiment nouveau puisque j’avais déjà enregistré un premier album seul en 2009 (« Lauren stuart and the golden state of mind« ). Je compose beaucoup et le fait de devoir faire des choix pour Deja Vu est toujours un peu frustrant. Je me retrouve avec des tas de chansons que j’aime bien, mais que je ne peux pas utiliser dans le groupe. Parfois, il s’agit de chansons sur lesquelles il me parait difficile d’écrire un texte en Français, ou des compos dans lesquelles le groupe ne se retrouve tout simplement pas. De manière générale, Lauren Stuart est un projet très spontané, je le vois comme une sorte de récréation, une manière d’évacuer beaucoup de choses, rien n’est vraiment calculé. Les seules règles que je me fixe, c’est de ne jamais faire plus de trois prises quand j’enregistre et de me laisser le temps qu’il faut.

Lauren Stuart – Summertime on the way

Quels sont les changements, pour toi, entre le fait d’enregistrer en groupe et en solo ?

Lauren Stuart : Le fait d’être seul permet d’aller plus loin dans la spontanéité parce qu’il n’y a pas de perte de temps, pas de mise en place ou d’explications à donner sur l’esprit de tel ou tel titre, les accords à suivre, plus généralement sur la direction artistique. Je n’ai à débattre avec personne du bien fondé de tel ou tel arrangement. Un groupe comme Deja Vu, c’est nécessairement un compromis dans lequel chaque membre peut en partie se retrouver, ce qui fait que l’identité du groupe n’appartient à aucun de nous particulièrement mais bien à la somme de nos influences et de nos particularités. Lauren Stuart , c’est moi et moi seul, sans recul, avec mes idées mais aussi mes limites de musicien totalement assumées.

L’ombre d’Eels semble planer tout au long du disque. Il a joué un rôle pour cet album ?

Lauren Stuart : C’est un modèle pour moi, une influence majeure. Je crois que c’est le seul artiste dont j’ai écouté tous les albums depuis presque 20 ans sans jamais être déçu. Bien sûr, il y a des disques que je trouve plus réussis que d’autres, mais je vais toujours y trouver quelque chose. J’apprécie son honnêteté et sa simplicité, son sens de l’indépendance, sa générosité, son parcours. J’ai été très marqué par son autobiographie. Je crois qu’il y a peu d’artistes comme Mark Oliver Everett aujourd’hui, totalement en dehors du temps et des modes, bien loin de la Hype, il développe une certaine idée de la musique qui est proche de la conception que je m’en fais je crois. Et bien sûr, c’est avant tout sa musique qui me touche, ce que ses petites chansons semblent représenter pour lui et le sens qu’elles ont dans sa vie. J’aime beaucoup ce côté artisanal, brut, à la fois très personnel et en perpétuel mouvement. Il est évident que c’est un des artistes qui m’a donné envie de faire « Lauren Stuart ».

Lauren Stuart And The Book Of Love
Lauren Stuart And The Book Of Love

Tu ouvres l’album avec Tell Me, déflagration de nostalgie. Tu peux m’en dire un peux plus sur cette chanson ?

Lauren Stuart : C’est un morceau qui s’est écrit un peu tout seul, les mots sont venus en même temps que la musique. J’ai tout de suite eu une idée claire de ce que je voulais en faire, et le fait de le mettre en ouverture du disque s’est imposé de la même façon. C’est une sorte de constat d’échec, un aveu d’impuissance. Cet album a un sens particulier pour moi, il représente un moment précis de ma vie, et cette chanson en est la parfaite illustration.

Qui joue sur ce disque ? Et c’est quoi cette fameuse boite à rythmes vintage ?

Lauren Stuart : Comme c’est un disque plutôt sombre, ou il est beaucoup question de rupture et de solitude, j’ai eu l’envie d’inviter des amis à participer aux arrangements. Et comme je suis un peu limité en tant qu’instrumentiste (ce qui ne m’empêche pas d’avoir des idées précises sur ce que je souhaite obtenir), j’ai été vraiment très heureux de pouvoir être à la fois directeur de casting et chef d’orchestre. Pour chaque titre, j’ai invité la personne que j’estimais capable d’apporter ce qui manquait, par son jeu et son style. Par exemple, Christian Quermalet de The Married Monk a lu un poème de Philip Larkin sur « Talking in bed », ça correspondait exactement à ce que je cherchais sur ce titre, tout en gardant l’idée de spontanéité, puisque cette participation s’est faite naturellement, sans préméditation. Je ne peux pas citer tous les participants, mais ils ont été nombreux, et je les remercie tous chaleureusement, c’était très important pour moi de les avoir. J’ai également ressorti du placard des titres que j’avais co-écrit il y a parfois plus de 10 ans… Ils ont soudain pris un sens particulier dans le contexte de cet album, avec ces invités. Et la boite à Rythme vintage, c’est une Boss DR-55 de la fin des années 70, avec un son incroyable. Elle a clairement montré le chemin pour ce qui est de la direction artistique : pas de batterie et pas de basse sur cet album !

What you do et ses accents américains te font basculer définitivement vers les États-Unis. Tu boudes l’Angleterre ?

Lauren Stuart : Oui, peut-être, je ne sais pas trop, j’avoue que je ne me suis pas posé la question, ça doit être inconscient. J’ai clairement un ADN britannique pour ce qui est de la pop, mais j’écoute de plus en plus d’artistes et de groupes américains depuis quelques années, c’est vrai. J’aime leur façon de raconter des histoires, pas forcément par les mots d’ailleurs, mais cette façon de se raconter sans fard, de manière peut-être plus directe, moins ironique. C’est une humeur qui correspond bien à ce disque, mais je ne désespère pas de faire quelque chose de plus « léger » par la suite. Ce qui compte pour moi, c’est que ce soit avant tout quelque chose de personnel et que ça ait un sens.

Ça veut dire quoi être Lauren Stuart en 2013 ? Tu vis de ta musique ?

Lauren Stuart : Être Lauren Stuart en 2013, ça veut dire prendre 200% de plaisir en jouant de la musique et en chantant ces chansons, pour le reste… et bien ce n’est pas vraiment mon problème. Je préfère ne rien espérer de ce projet, je ne pourrai être qu’agréablement surpris. Je n’attends pas grand chose du music buisness, mais bien entendu j’espère qu’un maximum de gens vont pourvoir entendre ce disque et l’apprécier, c’est ce qui compte le plus pour moi. Alors si certains veulent m’aider pour ça, ils seront forcément les bienvenus! Et non, je ne vis pas de la musique, je suis 100% auto-produit, auto-distribué, fait main, bio, sans édulcorants de synthèse, made in France.

Lauren Stuart – Tell me

TOP 10

Le meilleur disque de 2013 ?

Lauren Stuart : Pour le moment, je dirais « We Are The 21st Century Ambassadors Of Peace & Magic » de Foxygen, parce que ça a été une belle surprise venue de nulle part. Il tient la corde avec le Vampire Weekend, I am Kloot, The Villagers, Jagwar Ma… Je suis très agréablement surpris par le dernier Arctic monkeys aussi. Mais l’année n’est pas finie et le Arcade Fire s’annonce très bien.

Le pire disque de 2013 ?

Lauren Stuart : Non, je ne dirai pas Beady Eye. Sans hésiter, l’album de Daft Punk est au sommet de ma liste. Que les programmateurs radios, les DJ’s et les adeptes du dancefloor se paluchent là dessus, ok. ça sonne bien, c’est efficace et dansant, on est en terrain ultra balisé, ça rassure, c’est un produit calibré… mais quelle arnaque sans déconner… Je ne comprends pas l’engouement de intelligentsia musicale pour cet étron qui reprend simplement les vieilles ficelles rouillées de Chic, Imagination ou Kool and the gang, des groupes qui sentent bon le formol. Ajouter la voix de Casablancas en falsetto avec du vocoder par dessus, c’est quand même pas folichon en guise de caution créative. Ils ont bien essayé de composer des mélodies cette fois, peut-être voulaient-ils écrire un « Billie Jean » ou quelque chose comme ça, mais on en est loin. Soyons sérieux deux minutes, passé le stade de la prod’et de la com’, ce n’est pas bon. Pour moi, c’est une monumentale escroquerie, peut-être même un canular. A part ça, j’ai été déçu par le Queens of the stone age, malgré quelques réussites, j’ai même eu l’impression d’entendre Muse sur certains titres. Les Strokes nous ont pondus une belle daube, pire que le précédent. A force de descendre, ils vont peut-être finir par trouver du pétrole. Quelle déception ce groupe, ils étaient tellement beaux, ils représentaient tellement quand ils sont arrivés… Dans une moindre mesure, j’ai aussi été déçu par les Black Angels, The Besnard Lakes ou Low cette année, des groupes que je tiens en haute estime pourtant.

La meilleure place dans une salle de concert ?

Lauren Stuart : Sur scène évidemment.

Le producteur de tes rêves ?

Lauren Stuart : Norman Smith ou Kit Lambert.

Definitely Maybe ou Be Here Now ?

Lauren Stuart :Foie gras ou rillettes Bordeaux Chesnel ?

Côte Est ou côte Ouest des États Unis ?

Lauren Stuart : West Coast!

Le festival de tes rêves ?

Lauren Stuart : « Above the dead », une affiche réunissant Elliott Smith, Nick Drake, Syd Barrett suivi d’une reformation des Beatles.

L’acteur qui devrait chanter ?

Lauren Stuart : Benjamin Biolay.

Le chanteur qui devrait se mettre au cinéma ?

Lauren Stuart : J’aimerais voir Iggy Pop dans un Robert Rodriguez.

Lyon ou Paris

Lauren Stuart : Pour avoir vécu quelques années dans les deux villes, je réponds Lyon sans hésiter. A moins que je gagne à l’Euro millions, là, ça se discute.

Pouet? Tsoin. Évidemment.
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