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Olivier Combes : I left with my interview

Whithout my hat records

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Créer un label en 2011 qui sort des disques en format vinyle, c’est complétement fou. C’est comme déposer le brevet d’invention de l’éclairage domestique à la bougie après l’invention d’Edison. C’est comme vouloir sortir un disque du calibre de Definitely Maybe à l’âge de 40 ans. On est dans cet ordre d’idées. Et pourtant…
Pourtant Olivier Combes, patron du label Without My Hat Records, arrive à faire du vinyl et de la qualité. Depuis quelques années, cet esthète lyonnais signe des groupes issus d’horizons divers et poursuit son petit Alan McGee de chemin. Une première sortie avec un distributeur en ce début de semaine avec le disque de Gulcher. Ce type devrait fournir de l’électricité aux patrons des majors d’ici quelques années.
Rencontre essentielle en ce début d’été.

Olivier Combes

Comment as-tu eu l’idée de créer un label ?

Olivier Combes : Parce que j’avais envie d’avoir dans ma vie quelque chose qui avait un lien avec la production musicale. Comme mes stages successifs en maison de disque n’ont jamais débouché sur un CDI ou même un CDD, j’ai préféré laisser tomber et m’orienter vers un job plus traditionnel (je travaille dans l’impression numérique grand format et les adhésifs, bref rien à voir) et à côté, pour le fun, une activité plus musicale, qui ne mette pas trop en péril mon train de vie mais qui me permette de jouir de ma passion.

J’avais déjà mon blog I Left Without My Hat qui marchait bien et l’excroissance label est venue d’elle-même.

Pourquoi cette idée de départ (puisque le nouveau Gulcher sort en cd) de sortir que des disques en vinyl ?

Olivier Combes : J’ai toujours aimé le format du 45 tours : l’idée que l’on pousse une chanson d’un album en particulier, qu’on lui crée une pochette à elle, qu’on lui ajoute une deuxième chanson… Et une discographie qui compte des albums, des Eps et des vrais singles, je trouve ça réjouissant. Une des raisons (évidemment pas la seule) pour lesquelles je suis aussi fan de The Pains of Being Pure at Heart.
Après, si je suis parti sur le format « vinyle »‘, je ne suis pas du tout fermé sur le format « cd ». Bien au contraire. Le cd, tant décrié depuis des années, reste un super format. Et quand tu as un système qui tient la route, ça change même tout. Pour Nine O’Nine, c’est le timing qui nous a empêché de sortir le disque en vinyle. Et pour Gulcher, c’était l’évidence de le sortir en cd, avec un côté vintage voulu et assumé (boitier noir, rondelle en défonce, etc).

Ça a été un parcours du combattant avant de voir débouler le premier vinyl de Pumucki ?

Olivier Combes : Un peu oui ! Mes stages en maison de disque, je les faisais au service promo ou marketing. Et j’étais chez un distributeur. Donc niveau production pure, c’était la découverte pour moi !
J’ai donc fait la connaissance des presseurs, de la SDRM et de son opaque système et de toutes les contraintes techniques afférentes à une production de disque.
Et comme tu ne veux pas te planter, tu te mets une énorme pression, tu ne sais pas comment travailler le tout, tu vas te poser des milliards de questions sur le positionnement de tel logo sur la pochette, le nom, etc.
Mais au final ça s’est bien passé. Et je t’assure que avoir dans ses mains un 45-tours avec le logo de ton label, c’est un sentiment incroyable. Et ça me le fait à chaque sortie.

https://www.youtube.com/watch?v=DwBPC6_6B90

Comment s’est faite la rencontre avec les différents groupes ?

Olivier Combes : En fait, tout est une question de réseaux sociaux, au sens large en fait.
Pour Pumuckl, c’était à l’époque où j’écrivais pour Benzinemag. J’avais reçu son album auto-produit et sur celui-ci, il y avait Sommeil Léger, une chanson qui m’avait marqué. Et je le suivais depuis. Quand j’ai pensé monter ce label, le premier artiste auquel j’ai pensé ça a été Pumuckl.
Pour Gulcher, je traine sur le même forum que pas mal de membres du groupe. Et quand ils ont changé de chanteur, ils ont sorti un premier titre, Bird Nine. Grosse claque. L’idée de travailler ensemble m’a tout de suite traversé l’esprit.
Je reçois énormément de mails promo pour mon blog. Un jour, Mondrian m’a contacté, et j’avais du temps. J’ai donc écouté leur ‘Pop Shop Ep‘. J’ai accroché de suite, je l’ai chroniqué. Je les ai ensuite suivis et quand ils m’ont demandé si je voulais sortir leur disque, je n’ai pas réfléchi.
MiNORS, une des membres du groupe est la sœur d’une amie qui me les a fait découvrir. Et après l’écoute d’une chanson de leur premier album, j’étais conquis. Donc je leur ai proposé dans la foulée.
Quant à Nine O’Nine, je traine également sur le même forum qu’un des membres du groupe. Et une simple écoute de The Voiceless Confession m’a fait dire que ces jeunes gens avaient du talent, donc bim, un Ep.

Globalement, je reçois énormément de demande de groupes qui souhaitent sortir un disque sur un label, fut-il petit. Mais je n’ai pas le temps de tout écouter (et mes excuses à ceux auxquels je n’ai pas répondu). C’est un peu au petit bonheur la chance disons.

A quel moment tu te dis « Tiens si je signais ce groupe » ?

Olivier Combes : Quand les quelques chansons que j’écoute dudit groupe me plaisent. Je ne fais pas de projection sur la comète en me disant que ça pourrait plaire à machin ou truc ou si ça pourrait vendre. L’important est que ça me plaise, tout bêtement.
Tous les groupes que j’ai sortis, j’aime ce qu’ils font, les chansons qu’ils écrivent. Et je pense vraiment qu’ils ont beaucoup de talent, et qu’ils mériteraient d’être beaucoup plus écoutés et achetés que ce qu’ils ne sont aujourd’hui.

J’ai un seul regret en fait : un groupe américain qui avait sorti en 2012 un single tonitruant et qui n’était pas signé. J’avais parlé rapidement par mail avec le chanteur et le compositeur. Il était partant. Quand je l’ai relancé quelques jours plus tard, son mail m’est revenu dans la tronche. Son adresse mail avait été désactivée, le site du groupe avait disparu. Depuis, plus rien. Une grosse déception.

Tu interviens dans le processus de création du disque (pochette, mix) ?

Olivier Combes : Oui. Le choix des chansons se fait en concertation, et pour la pochette j’ai aussi mon mot à dire. Pour Mondrian par exemple, j’ai du batailler ferme pour pouvoir imposer la pochette du LP (que je trouve particulièrement belle d’ailleurs) parce qu’elle me semblait évidente. Ça a été long mais j’ai eu gain de cause !
Après, c’est le groupe aussi qui est le principal décideur, c’est lui qui a le talent dans l’affaire, c’est lui qui est la clé de voûte de toute l’opération. J’imagine qu’en cas de grand désaccord, l’affaire ne se ferait pas. Mais ce n’est jamais arrivé. On reste en présence de gens passionnés et qui tirent tous dans le même sens.

Tu n’a pas l’impression de franchir une étape avec le nouveau disque de Gulcher ? Je crois avoir compris que tu avais trouvé un distributeur pour ce nouveau disque ?

Olivier Combes : Pour Cocktails de Gulcher, c’est tout bête : l’album est superbe. La distribution coulait de source. Parce qu’exister uniquement sur le net c’est très compliqué tant il y a de sorties quotidiennes, tant le buzz du matin est déjà périmé à 14h. La promotion reste le principal nerf de la guerre.
Et pour exister, il est un peu plus simple de le faire quand tu as une sortie en magasin. Ça ne change pas tout, mais je pense que tu attires un peu plus d’intérêt de la part des médias.
Bref, on fera le bilan dans quelques semaines après les premiers retours, mais on est confiant : le disque plaît, Up Against The Wall et Julia sont deux superbes chansons qui restent dans la tête. On espère que les écoutes et les ventes suivront, car le disque et le groupe le méritent.

Tes proches t’ont pris pour un fou quand tu as évoqué ce projet ?

Olivier Combes : Le plus compliqué je crois a été d’expliquer le coup du vinyle. Beaucoup n’ont pas compris (peu de gens dans mon entourage ont une platine). Mais ils ont suivi, au moins au départ, et ont suivi l’aventure. Alors pour certains, ça sert d’objet de décoration, mais comme ils ont les fichiers numériques, ils font d’une pierre deux coups!
Après, je ne sais pas si c’est vraiment un projet fou. Bien sûr, il y a de l’argent en jeu, beaucoup à mon niveau. Mais je n’ai pas dans l’idée de mettre de côté pour mes vieux jours. Un parce qu’on ne sait pas de quoi demain sera fait, et de deux parce que je ne projette pas dans le futur. Ce qui m’intéresse, c’est de m’éclater aujourd’hui. Et je le fais.

Alors oui, les ventes ne suivent pas toujours, c’est frustrant de voir un groupe qui a d’aussi bonnes chansons ne pas arriver à plus vendre. Mais le plaisir de permettre à un groupe de sortir ses chansons sur un format physique n’a pas de prix, qui plus est à l’heure de la dématérialisation à outrance.

Ton modèle de patron de label ?

Olivier Combes : Difficile à dire. Au niveau des gros labels, sans doute Lawrence Bell de Domino Records qui a réussi à créer un catalogue de très haut niveau, sans jamais se départir d’une grande exigence.
En plus indé, j’aimais bien Greed Recordings, responsables de pas mal de disques qui m’ont marqué (le premier Moonman, pour ne citer que lui).
J’aime bien aussi Requiem Pour Un Twister et Croque Macadam, qui ont beaucoup de sorties de grande qualité, des ventes qui suivent. Et ces mecs là font les choses bien. Je n’arrive pas à savoir comment ils ont le temps de tout faire, mais chapeau à eux.
J’en oublie évidemment, le premier d’entre eux étant Rough Trade, label pour qui j’ai un amour immodéré à tous les niveaux, malgré son histoire très chaotique.

Without My Hat Records au TOP

Meilleur disque de 2014 ?

Olivier Combes : On a le droit de dire Cocktails de Gulcher ?
Non, bon, donc Hirundo de Dominique Dalcan. Cela faisait très longtemps que je n’avais pas écouté un album de chansons françaises aussi classe et réussi. Somptueux musicalement, très beaux textes, tout est parfait dans cet album dont je n’arrive pas à m’en lasser.

Pire disque de 2014 ?

Olivier Combes : Honnêtement, je n’en ai aucune idée. Donc je donne un deuxième très bel album de ce premier semestre 2014 (en tout cas à mes oreilles) : Jeremy MessersmithHeart Murmurs. Normalement, cette fois, avec ce disque, il devrait avoir la reconnaissance qu’il mérite.

Ta BO préférée ?

Olivier Combes : Je ne suis pas BO, j’en écoute peu ou alors uniquement des qui sont essentiellement instrumentales. Celle de Max Richter pour Valse avec Bachir. Et dernièrement, j’ai beaucoup aimé la BO du film McCanick par Johan Johansson. Ou alors la BO de Pat Garrett & Billy the Kid par Dylan.

Le groupe que tu aurais rêvé de signer sur ton label ?

Olivier Combes : Dans le genre utopique, Sufjan Stevens, parce que ce mec a trop de talent, parce que Come on Feel the Illinoise est un disque d’une vie, parce que ce type a de une ambition musicale qui me sidère.
De façon plus réaliste, The Sexual Outlaws, le groupe dont je parlais plus haut et qui a disparu du jour au lendemain.

Le groupe qui n’aurait jamais dû être signé ?

Olivier Combes : La liste serait bien trop longue, et de tout temps d’ailleurs. Mais Texas on s’en serait bien passé quand même. Comme Florent Pagny.

Le producteur de tes rêves ?

Olivier Combes : Four Tet. Parce qu’au-delà de son talent comme artiste, j’aime beaucoup le travail qu’il fait quand il est derrière une console. Beaucoup aimé son travail sur Just Beyond The River de James Yorkston and the Athletes : les chansons prennent une lumière qu’on peine à retrouver sur d’autres albums du groupe.

Le patron de label qui devrait faire un groupe ?

Olivier Combes : C’est déjà fait : James Murphy.

Un nom de musicien pour diriger Universal ?

Olivier Combes : Aucun. Le mal qu’elle a fait à l’industrie de la musique en se bornant à cracher sur Internet au début des années 2000 quand tout était encore possible, à faire de la production pré-mâchée et qui coute pas cher son cheval de bataille (Star Ac), me fait dire que je pense que cette boite est désormais irrécupérable.

Tu as les moyens de créer un festival. Tu invites qui ? Tu lui donnes quel nom ?

Olivier Combes : Le Without My Hat Festival ? Non ca serait un peu prétentieux. Le « What Are You Up to? Festival » tiens.
Quand aux premiers noms que je mets sur ma liste, Sufjan Stevens, je fais reformer Lcd Soundsystem, je craque mon slip pour faire venir les Libertines, je donne le nombre d’heures de set qu’il veut à Laurent Garnier, je convaincs Godspeed You ! Black Emperor et je prends mon pied devant les Cunilynguists. Très années 2000 tout ça…

Pouet? Tsoin. Évidemment.
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2 réponses sur « Olivier Combes : I left with my interview »

Merci beaucoup pour cette interview. Heureusement sur des labels comme celui-ci existe toujours pour relancer le vinyle. Juste comme ça: vous avez fait une faute dans la question juste après la vidéo. Mais ce n’est qu’un détails dans cette très bonne interview.

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