Le festival Nouvelles Voix en Beaujolais vient de commencer, il fête ses 10 ans, l’occasion de rencontrer son programmateur, Alain Moreau.

Comment vous est venue l’idée de créer ce festival, quelle est sa vocation première, et peut-on considérer que c’est un tremplin pour de jeunes talents ?

J’espère vraiment que c’est un tremplin pour les talents de la chanson française. A l’origine, on a créé ce festival tout simplement car nous avions l’idée de créer une salle de musiques actuelles à Villefranche sur Saône qui manquait, qui manque toujours puisque la salle n’a pas été réalisée. J’ai proposé à ce moment-là qu’on puisse démontrer qu’il y avait un intérêt pour les musiques actuelles à Villefranche et qu’on pouvait faire un festival qui s’intéressait à ce champ artistique. Avec l’espoir que ce festival puisse intégrer une future salle de musiques actuelles. Cette salle n’a pas vu le jour mais le festival a été initié et il perdure puisque c’est sa dixième édition .

La dixième édition débute alors justement quelle a été l’évolution du Festival depuis sa création ?

Ce festival est le Festival de la jeune création chanson, de l’émergence, de nouveaux talents, le festival des vedettes de demain si je puis dire, j’espère en tout cas car cela a été le cas pour un certain nombre d’artistes. Sur son évolution on a gagné en maturité, parce que nous sommes un jeune festival et créer un festival n’est pas quelque chose d’aussi évident, de si simple. On a appris je pense. C’est un festival en développement puisqu’au début on était uniquement à Villefranche au théâtre. Ensuite on a gagné en territoire puisqu’il y a trois autres communes, avec deux nouveaux lieux cette année. On a intégré un autre lieu à Villefranche qui est le conservatoire dans lequel on installe des résidences .Cette année nous sommes aussi à Jassans et cette année à Cultura où nous présentons des shows case. On a donc gagné en territoire, en notoriété et nous sommes soutenus aussi par des partenaires relativement solides ce qui fait qu’aujourd’hui on a un festival bien enraciné dans son territoire grâce à des partenaires publics et privés. Le premier de nos partenaires publics est l’agglomération de Villefranche Beaujolais sans elle, ce festival n’existerait pas . Voilà pourquoi aujourd’hui notre festival a une bonne santé artistique et économique.

Alors justement il y a sept jours de concerts dans six lieux différents, pourquoi avoir choisi des concerts éclatés dans ces lieux ?

Il y a une demande des élus de notre territoire à ce que ce festival s’éclate dans leur commune, et puis nous, à l’image de ce que l’on fait ici au théâtre on aime bien aller porter la voix, la chanson et le spectacle vivant en général dans le territoire. On est en train de développer un projet de décentralisation donc on est juste dans notre projet et notre partenaire premier qui est l’agglomération de commune de Villefranche Beaujolais donc il y a une demande politique d’aller dans ce territoire. Beaucoup de jeunes talents sont passés par les Nouvelles Voix ces dernières années et ont connu un grand succès par la suite. Je pense notamment à Buridane, Carmen Maria Vega pour les chanteuses lyonnaises par exemple.

https://www.youtube.com/watch?v=wjvMEufPqQo

En 2012 vous receviez Christine And The Queens , l’année dernière a été lui aussi un très bon cru avec Fauve, Woodkid, Maissiat, quel est votre secret ? Comment faites-vous pour dénicher un peu avant tout le monde les talents qui feront l’actualité musicale de demain ?

Vous savez les secrets n’existent pas ! J’essaie de faire honorablement ce travail de défricheur, c’est le charme de ce métier. Je suis un directeur de théâtre et un directeur de festival jeune.Quand vous faites bien ce travail c’est que vous êtes au bon endroit au bon moment que vous repérez, que vous écoutez, que vous lisez, vous échangez. Et puis vous repérez tel artiste et vous faites 500 km pour aller le voir car vous savez qu’il a sans doute du talent. Vous l’avez vu sur Youtube ou vous en avez entendu parler etc. Donc je me promène pas mal, je voyage. Bien sûr il y a les incontournables les Trans Musicales, Bourges bien évidemment mais aussi les salles obscures parisiennes. Et puis je reçois aussi énormément de propositions je suis sollicité d’une façon assez exponentielle et j’ai d’ailleurs l’impression d’être directeur d’un très grand festival c’est assez étonnant. J’ai le sentiment d’avoir des oreilles qui sont plutôt bien faites c’est un peu de l’autosatisfaction mais mon métier est de choisir des artistes et c’est passionnant de choisir les artistes dans ce vaste territoire que sont les musiques actuelles d’aujourd’hui.

Pour cette dixième édition vous continuez à soutenir les jeunes créateurs avec trois résidences. Jacinthe, Pethrol et Sammy Decoster. pouvez -vous nous parlez un petit peu de l’intérêt de ces résidences ?

Ce festival est un festival qui a sa singularité et je pense que sa richesse vient aussi de l’accompagnement des jaunes artistes dans le petit coup de pouce que l’on peut sonner a certains artistes qui en sont quasiment à leurs débuts de carrière. Il est donc important qu’il y ait des lieux pour les accompagner pour les installer dans la durée. Souvent les résidences s durent une semaine ce sont des résidences techniques et artistiques. Il y a souvent des coachs qui accompagnent les artistes ici dans un cadre qui est excellent puisque c’est le cadre du théâtre avec sa très belle salle ou dans d’autres très belles salles comme le théâtre de Gleizé ou à Jassans. On donne donc les outils nécessaires aux jeunes artistes pour qu’ils créent tout simplement. On soutient la création chanson dans ce cadre-là. C’est quelque chose d’indispensable que d’arroser la jeune fleur de la chanson française. C’est aussi l’occasion pour ces artistes en résidences de se présenter à un vrai public car souvent ces artistes on les fait intervenir dans le territoire, pas seulement au théâtre mais ils peuvent aller par exemple dans notre Emmaüs local, dans des lycées. On fait aussi des concerts dans la maison d’arrêt. Les artistes que l’on accueille particulièrement ce qui sont en résidences sont amenés à faire des concerts des ateliers avec différents interlocuteurs pour des concerts un peu singuliers, des concerts en appartements. Tout cela contribue à tisser du lien avec le public et avec les habitants. Quelque part c’est une espèce d’initiation au métier puisqu’on les met en contact avec le public le vrai.

Feu! Chatterton – La Malinche

Quelles vont être les surprises de cette 10ème édition, et comment faites-vous pour établir une telle programmation pour faire les bons choix ?

Il y a une ligne artistique qui est celle d’accompagner la création l’émergence, les premiers albums, dans le domaine de la chanson plurielle puisque toutes les esthétiques sont représentées ; ça va de la chanson presque rive gauche celle d’autrefois avec des mots et un petit instrumentarium de rien du tout, jusqu’à l’électro en passant par les musiques rock pop. Il y a donc ce choix-là. Après sur le nombre impressionnants d’artistes que l’on va voir on prend les bons ! Quand je vois Feu ! Chatterton, je ne me pose pas de questions métaphysiques, je vais les voir à la sortie et je leur dis voilà vous êtes exactement le genre d’artistes que j’ai envie d’accompagner et de défendre. Cela se fait tout seul. La difficulté est de repérer ces artistes-là. On est jamais le premier à les repérer car souvent on a entendu parler d’eux et on sait qu’il y a un intérêt à Feu! Chatterton, Frànçois & The Atlas Mountains. Après c’est par ces rencontres sur le plateau que l ‘on fait notre choix. Je dis on car nous sommes deux a établir la programmation Olivier Boccon-Gibod qui dirige la société Caravelle qui fait la programmation avec moi. Après avoir vu écouté des centaines de cd et s’être déplacés 150 fois on établit la programmation. On choisit les artistes qui ont une vérité, une identité du caractère. On les choisit aussi en fonction aussi d’éléments économiques. On est aussi dans un théâtre relativement intimiste il y a des choses qu’on peut faire d’autres pas mais on accueille aussi des artistes qui flirtent avec l’électro. On a du mal à imaginer que Woodkid qui remplit la Halle Tony Garnier puisse venir à Villefranche. On peut être dans de petits lieux de 100 150 places très intimistes ou dans ce théâtre de Villefranche qui a un grand plateau .Nous sommes capables d’accueillir des artistes qui ont déjà de l’envergure artistique et technique. Nous avons le souci de nous adresser aussi au jeunes génération avec une programmation en direction du jeune public avec chaque année quelques 100 jeunes spectateurs qui viendront voir cette année du slam du hip hop avec les Frères Casquettes qui est une espèce de concert joyeux et participatif pour les jeunes.

Talisco – Your Wish

Votre coup de cœur cette année ?

Mon coup de cœur c’est Feu! Chatterton ! Je trouve qu’ils ont beaucoup de talent avec cette écriture très poétique qui n’est pas sans nous rappeler Bashung ou Gainsbourg. C’est assez riche musicalement, il y a de bons musiciens et il y a surtout une attitude sur scène qui me plaît particulièrement. Là c ‘est l’homme de théâtre qui parle ! Il y a une espèce d’élégance un peu surréaliste et quelque peu rétro qui donne du sel et un petit plus à cette équipe… Je suis assez séduit aussi par Lior Shoov avec cette petite bonne femme très fragile toute seule avec des instruments singuliers un bric à brac un peu brocante d’instruments, j’aime beaucoup aussi Klô Pelgag. On parle d’elle comme un nouvelle Camille ; Camille qui était d’ailleurs au premier festival il y a dix ans. Après j’ai aussi une affection pour les artistes en résidences que je défends. Jacinthe qu’on accompagne beaucoup qui est en double résidence qui est une artiste parisienne. Pethrol j’aime bien ce duo électro lyonnais. Et puis je suis heureux d’avoir pu favoriser la venue de Sammy Decoster qui est un chanteur guitariste d’ une couleur très américaine . J’aime beaucoup aussi Talisco. Je pense q’il a beaucoup de talent. Talisco fait une carrière très récente et extraordinaire en Allemagne. On ne le sait pas beaucoup en France mais je pense que Talisco va être certainement un des nouveaux talents à suivre.

Partager cet article
2 réponses sur « Les Nouvelles Voix parlent ! »

Merci pour cet entretien qui met fort bien en lumière les protagonistes de cette cuvée 2014 des Nouvelles Voix en Beaujolais . Alain Moreau est un vrai passionné de chanson et il a ce talent de nous transmettre sa passion afin de nous faire découvrir de nouveaux artistes chaque année.

Vive ce beau festival, et vive Alain Moreau ! Merci pour ce riche entretien, et ces découvertes musicales.
Ary

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Cela pourrait vous intéresser

Nouvelles Voix 2016

Toujours de Nouvelles Voix !

Avec un visuel rajeuni et percutant, le festival les Nouvelles Voix de Villefranche sur Saône s’affirme comme le festival de la jeune création tous azimuts. Il aura lieu du 14 au 20 novembre. Rencontre avec Olivier Boccon-Gibod, son programmateur.
Radio Elvis - Francofolies 2015 © Guimauve

Le Beaujolais donne de la voix !

Traditionnellement en novembre, le Beaujolais nouveau réchauffe les cœurs mais cette année, il n’aura certainement pas un goût de banane ou de fraise.
Pethrol - Nouvelles Voix 2014 © Guimauve

Pethrol rafiné !

Sur SK*, on aime beaucoup le duo lyonnais extatique et obsédant Pethrol qui vient de sortir son troisième EP, GoldMund. Pethrol – Nouvelles Voix 2014 © Guimauve
Feu! Chatterton - Printemps de Bourges 2014 © Guimauve

On s’enflamme pour Feu! Chatterton

Qui n’a pas encore entendu parler de Feu! Chatterton brûle en enfer ou court écouter ces Nouvelles Voix samedi prochain. Feu! Chatterton – Printemps de Bourges 2014 © Guimauve

Plus dans Interviews

Karine Daviet

Karine Daviet en toute indépendance

Karine Daviet est lyonnaise et vient de sortir un premier EP, L’indépendance, recueil de six titres en français à la fois doux et âpres avec des arrangements soignés mêlant guitare acoustique, théorbe, clavecin, viole de gambe, flûtes à bec et sons électroniques. Assez logique quand on écoute sa playlist commentée ci-dessous après un questionnaire façon…
Moli © Celeste Call

5 questions à … Moli

SK* a demandé à une centaine (et plus) d’artistes appréciés par les membres de l’équipe de répondre à cinq questions très simples avec leurs morceaux du moment, nouveaux ou anciens. Voilà le tour de Moli , jeune belge de 21 ans qui pourrait suivre la trace de Mademoiselle Van Laeken. Installée à Berlin où elle…
Klon

L’ascension de Klon

Klon. Ce n’est ni con, ni Klug ou le nom d’une nouvelle planète. Quoique. Ces Magnificent Seven déboulent dans notre galaxie musicale avec un premier titre Noise, qui va faire du bruit. Il est accompagné d’une somptueuse animation réalisée par le gang lui même qui met en scène une ville-automate monstrueuse qui produit les clones…
Maë Defays

5 questions à … Maë Defays

SK* a demandé à une centaine (et plus) d’artistes appréciés par les membres de l’équipe de répondre à cinq questions très simples avec leurs morceaux du moment, nouveaux ou anciens. Voilà le tour de Maë Defays, autrice d’une caresse musicale avec son EP Whispering dont est extrait notre exclu d’hier, La vie entière. On découvre…
Bananagun

5 questions à … Bananagun

SK* a demandé à une centaine (et plus) d’artistes appréciés par les membres de l’équipe de répondre à cinq questions très simples avec leurs morceaux du moment, nouveaux ou anciens. Voilà le tour des foutraques australiens de Bananagun. Oubliez The Go-Betweens, The Saints, Nick Cave ou Silverchair, ce quintette psyché et percussif adepte de l’afrobeat…

Passionnant Johan Asherton

Et un nouveau beau disque de Johan Asherton ! L’ex-The Froggies, qui a eu le chic de ne jamais enregistrer un mauvais disque depuis ses débuts solo en 1988 avec God’s Clown, revient avec Passiontide, une collection de dix chansons sombres et élégantes.
Codeine

[1990-2020] Dix cachets de Codeine

On écrit toujours, à tort, que les Afghan Whigs étaient le seul groupe de chez Sub Pop à ne pas être originaire de Seattle. Greg Dulli, le chaud lapin de Cincinnati (Ohio) avait signé sur le célèbre label de Seattle pour sortir Up In It en 1990 après avoir sorti Big Top Halloween en 1988…