Les Woodentops, top-modèles pop

The Woodentops
Louis - 09/02/2016

Le premier disque des Woodentops, Giant, a trente ans cette année.
Mais qui sont ces étranges Woodentops vous répondra sûrement un jeune freluquet né dans les années 80 ? Et bien les Woodentops, c’est les Coral avant l’heure (surtout pour leur premier disque), une bouffée d’oxygène pour les gens qui ne pouvaient pas encadrer les textes de Morrissey et des chansons incroyables (dont Morrissey, encore lui, était fan).

En 1984, les The Woodentops publièrent un premier single (Plenty) chez Food, le label de David Balfe. La maison Food en était à ses débuts (Plenty est sa deuxième sortie, la première étant le single Soul Murder des Brilliant de Martin Glove aka Youth) et n’a sûrement pas eu les moyens de retenir ces surdoués de la pop song joviale et burnée.

The Woodentops – John Peel Session 08-09-1984

Le label Rough Trade, alors plein aux as grâce à la paire Morrissey/Marr, signa alors ces joyeux drilles pour décrocher de nouveau le jackpot. Il n’en fut rien évidemment.
Giant impressionna le milieu indé: on en parla dans le premier numéro des Inrocks et l’album fut deuxième des charts indés anglais.
Après ça ? Les The Woodentops publièrent d’autres disques (le très bon Woodenfoot Cops on the Highway) mais ne transformèrent jamais l’essai.

The Woodentops

Découvrir ce disque trente ans après sa parution est un régal et cela pour plusieurs raisons.
Découvrir des chanteurs du calibre de Rolo McGinty quand on a une trentaine d’années est un vrai bonheur.
Découvrir la section rythmique des The Woodentops quand on a une trentaine d’années est un régal absolu. McGinty a déjà le chic de chanter comme si sa vie en dépendait. Que dire alors du bassiste Frank de Freitas ? Son frère, Pete de Freitas des Echo and The Bunnymen, était l’un des meilleurs batteurs du rock anglais des années 80. Frank de Freitas est l’un des meilleurs bassistes (méconnus) du rock anglais des années 80. C’est que ça devait pas rigoler tous les jours dans la cuisine familiale des De Freitas…
Giant est une petite révolution en 1986. McGinty n’a aucun tabou et ajoute tous les instruments qu’il peut à ses pop songs. Alors que Michael Head faisait dans le délicat et le bucolique avec ses Paleys, McGinty fait jouer à pas forcés ses troupes. Le résultat est hallucinant.

The Woodentops

Et en concert, c’était encore mieux. Les bienheureux qui ont survécu au concert de l’Élysée Montmartre ne s’en sont toujours pas remis.

Rolo McGinty

Comment avez-vous rencontré les gens de Rough Trade ? Et surtout pourquoi avoir signé avec eux ?

Rolo McGinty : A l’époque nous avions le choix entre quelques labels et Rough Trade était celui qui nous intéressait le plus. Leur catalogue était fantastique, the distribution basement. On aimait beaucoup de groupes qui étaient sur ce label. Notre manager travaillait à temps partiel dans un des bureaux donc il connaissait tout le monde. C’était l’endroit idéal pour réussir.

Vous êtes de Londres. De quel quartier exactement ?

Rolo McGinty : Nous avons commencé dans le sud de Londres, un coin qui s’appelle Clapham Junction.
Panni, l’entrepôt qui hébergeait pas mal d’artistes, avec une grande pièce libre qui était disponible.
C’était une époque fantastique.

Et pourquoi avoir choisi Bob Sergeant comme producteur ?

Rolo McGinty : Le label le voulait car c’était un « hit maker ». Quant à nous, nous aimions son travail avec The Beat ou les Banshees.

The Woodentops

Quel est ton meilleur souvenir de l’enregistrement de Giant ? Et le pire ?

Rolo McGinty : Mes meilleurs souvenirs sont liés à Benny qui enregistre ses parties de batterie. Programmer le LinnDrum a été quelque chose de marrant à voir et à apprendre. J’en ai eu un après. Benny jouait de la batterie en parfait accord avec cette machine. Il y avait énergie folle. Ce fut un chouette moment à vire. J’étais présent pendant l’intégralité de l’enregistrement mais pas pour le mix final. Enregistré les parties de guitare avec un micro dans un seau fut marrant sur le coup. Les premiers mixages sonnaient magnifiquement. Il y a eu quelques tensions pendant cette période. Je n’étais pas prêt à aller aussi loin que Bob. Depuis le début du groupe, je contrôlais tout. Alors évidemment, c’était assez étrange.
Il ne voulait pas que quelqu’un soit au dessus de son épaule et lui dise quoi faire. J’aurais peut-être dû. Comment ça je demande si ça va ? Bref, je n’étais pas là.

Peux-tu définir ce disque en un seul mot ?

Rolo McGinty : Brillant.

Quelle est ta chanson préférée sur ce disque ?

Rolo McGinty : Get It On. Ce fut la première chanson des Woodentops. La version présente sur le disque est une bonne version.

Où a été enregistré ce disque ?

Rolo McGinty : Tout a été enregistré aux studios Roundhouse. C’était dirigé par Gerry Bron du label Bronze. Il avait signé Suicide pour le marché anglais. Il y avait beaucoup de groupes de heavy metal. J’ai adoré ce studio. Il n’existe malheureusement plus aujourd’hui. J’y ai rencontré Lee Scratch Perry et plein de gens intéressants qui entraient et qui sortaient. Neneh Cherry. Elle est adorable. Vous pouviez rencontré des gens comme ç_a. .. C’était juste à coté de l’immeuble du Roundhouse dans Chalk Farm à Camden. Un endroit typiquement londonien.

The Woodentops

C’était difficile de bosser avec Bob Sergeant ?

Rolo McGinty : C’était facile de travailler avec Bob. Par contre le travail était colossal.
Parfois, nous étions en désaccords mais tout se faisait dans une atmosphère très créatrice.
Il avait une oreille très aiguisée. Comme ses yeux.
Tout le monde a été très professionnel et très prévenant à notre égard. On avait pas trop l’habitude de ça avant de rentrer en studio.

Tu peux m’expliquer le sens de la pochette du disque ?

Rolo McGinty : La pochette a été faite à la main. C’est un découpage. Je me rappelle que je marchais autour. La maquette occupait un espace contre un mur qui avait été peint pour l’occasion. Puis elle a été photographiée pour l’occasion. C’était dans une salle au dessus de notre local de répétition qui se trouvait dans un entrepôt à Clapham Junction. C’était le quartier général du groupe, de Panni Bharti et de Panny Charrington évidemment. La plupart des visuels et de nos photos viennent de là. C’est toujours le cas d’ailleurs. A l’époque, c’était un endroit en constante ébullition. On ne savait jamais ce qui allait se passer. Un jour je suis arrivé et quand j’ai voulu dire bonjour, je suis tombé sur un mec allongé sur le dos, vêtu d’un simple pagne. Du son sortait d’un son et des gens filmaient la scène. « Bonjour ! »
Un jour comme un autre…

Comment as-tu eu cette idée de mélanger de la pop music… Avec tous les instruments qui te passaient sous la main ?

Rolo McGinty : J’ai appris le piano quand j’étais encore un enfant. Et j’ai aussi chanté pendant pas mal d’années. J’ai tenté d’apprendre la guitare sans trop m’accrocher.
A 14 ans, je jouais de la basse et j’enregistrais mes improvisations au piano.
J’ai toujours adoré la trompette. Miles Davis est un héros. Tout comme Armstrong, Gillepsie et Don Cherry.
J’ai été ravi d’apprendre que Bob connaisse Steve Sidwell, un excellent joueur de trompette.
Quant au marimba, il se trouvait par hasard dans le studio, il ne demandait qu’a être utilisé.

Quel est ton meilleur souvenir de la tournée de Giant ?

Rolo McGinty : Nous avons joué la quasi totalité de l’album lors de la tournée de 1986. Tous les concerts étaient fantastiques. Je ne pourrais pas te répondre.
Si je devais te répondre maintenant je te répondrais que le concert que nous avons donné en décembre dernier à Hedden Bridge est mon souvenir préféré. Le public a commencé à chanter dès que nous avons joué History. Du début à la fin. Ils ont commencé à chanter comme ça. Quelles voix ! Un son incroyable.Ce n’était jamais arrivé avant… Pourtant on l’a jouée une paire de fois cette chanson.

Tu te rappelles du concert que vous avez donné à l’Élysée Montmartre en octobre 1986 ? Vous avez plus que marqué les esprits !

Rolo McGinty : Vraiment ? Je me rappelle que j’étais totalement excité et que le vestiaire était plein de fringues comme si nous étions dans un théâtre ou un spectacle de pantomine. Nous avions très envie de les mettre pour le rappel, mais nous les aurions flingués avec la transpiration.
Une fois, on a fait ça à Reykjavik, c’était des tenues de surplus militaire. On ressemblait à un de ces groupes qui portent des tenus assorties. Notre manager nous a dit : « Je sais que vous étiez déguisés, mais au moins vous ressembliez à un vrai groupe. »
On porte toujours nos habits à nous, qu’on porte en tant qu’individus, pas comme un groupe stylisé.
Je me souviens que les agents de sécurité étaient très durs, et on a dû interrompre quelques concerts pour qu’ils arrêtent de cogner les jeunes. En même temps, ils étaient plutôt excités lors des pogos. Beaucoup de speed circulait parmi eux, et des fois ils avaient tendance à provoquer les gars de la sécurité. Ça arrivait souvent à Paris, et c’est définitivement arrivé à l’Élysée Montmartre. C’était il y a un moment maintenant, j’espère que ça arrive moins, de nos jours.

Giant des Woodentops a été publié en 1986 par Rough Trade.
On recommandera chaudement l’achat de l’intégrale Before During After parue en 2014 chez One Little Indian/PIAS.
Les Woodentops joueront Giant dans son intégralité le 21 avril 2016 au 100 Club (Londres).

Thx to Buddy

The Woodentops - Giant

Tracklist : The Woodentops - Giant
  1. Get It On
  2. Good Thing
  3. Give It Time
  4. Love Train
  5. Hear Me James
  6. Love Affair With Everyday Living
  7. So Good Today
  8. Shout
  9. History
  10. Travelling Man
  11. Last Time
  12. Everything Breaks

Pouet? Tsoin. Évidemment.

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