Quatorze ans après l’excellent Happy-Go-Unlucky, John Cunningham revient nous voir avec de nouveaux trésors. Le plus célèbre inconnu de Brighton, repéré par Stan Cullimore des The Housemartins au milieu des années 90, a abandonné les rives de la mer du Nord et une écriture typiquement anglaise pour être le parfait trait d’union entre l’Angleterre et l’Amérique. Fell pourrait bien être son meilleur disque. C’est dire si l’heure est grave !


Les dernières nouvelles de John Cunningham datent de 2010. Joe Pernice, chef de partie chez les Pernice Brothers et accessoirement patron d’Ashmont Records avait eu l’heureuse idée de rassembler Homeless House (1998) et Happy-Go-Unlucky (2002) en les publiant sous la forme d’un coffret doté d’un prix modique. L’infortune mercantile aura donc eu un seul bienfait : celui de réunir les deux génies que sont Joe Pernice et John Cunningham. En 2016, John Cunningham se retrouve chez Microcultures et a un nouveau voisin de palier en la personne de Peter Milton Walsh (The Apartments).
Une éternité semble séparer ces deux époques. Au début du vingtième siècle, des types de la trempe de John Cunningham pouvaient espérer trouver des petits labels (Top 5 Records en l’occurrence pour Happy-Go-Unlucky) pour publier leurs chansons en toute discrétion. Aujourd’hui les labels indépendants (et les majors) ont un pied dans la tombe et l’autre chez le banquier. Il faut donc trouver de nouveaux modèles. Celui du financement participatif semble être celui de prédilection pour certains de nos héros.
Grâce à Microcultures et à John Cunningham, on connait enfin le prix de l’aller simple pour le Paradis : 6458 euros. L’enregistrement de Fell aura couté que 6458 euros. En plus des leçons d’écriture, John Cunningham va bientôt donner des leçons d’économie appliquée à tous les directeurs artistiques que compte le monde musical.

John Cunningham – Frozen In Time

Et cet disque alors ?
A chaque album, nous pensons bêtement que John Cunningham a atteint l’acmé de son talent. Et à chaque fois c’est nous qui perdons. On pensait avoir atteint le firmament avec Happy-Go-Unlucky. Perdu.
Fell élève le niveau d’un cran et Cunningham fait se rencontrer comme personne Paul McCartney, Brian Wilson et Nick Drake. Le tout avec une discrétion hallucinante. Limite, ce type s’excuserait d’écrire. Attention, John Cunningham ne rechigne pas à utiliser des cordes au besoin. Mais il avance toujours à pas feutrés (Often a ghost, For the love of money) et nous surprend à chaque fois.
Une fête d’anniversaire « surprise » avec une trentaine d’amis chez lui ?
John Cunningham esquissera un sourire et forcera tout le monde à marcher avec des patins pour ne pas abîmer le parquet avant de passer la plus belle soirée de l’année.
Les dix chansons de Fell sont la suite idéale de la sainte doublette TigermilkIf You’re Feeling Sinister de Belle and Sebastian. A l’écoute de Something about the rain, Stuart Murdoch devrait rougir de honte…
Often a ghost fera pleurer dans toutes les chaumières et While they talk of life rendra nostalgiques les plus endurcis d’entre nous.
Bref, les dix chansons révèlent à chaque écoute un nouveau parfum et procurent des sensations délicieuses.
En 2015, Microcultures plaçait No Song, No Spell, No Madrigal des The Apartments en tête du classement de feu Magic. Nul doute que le doublé était assuré cette année avec Fell

Fell de John Cunningham sera publié le 24 juin 2016 via le label Microcultures.

Tracklist : John Cunningham - Fell
  1. Let go of those dreams
  2. Often a ghost
  3. We get so we don't know
  4. Something about the rain
  5. I can fly
  6. For the love of money
  7. Frozen in time
  8. What have you done ?
  9. While they talk of life
  10. Flowers will grow on this

John Cunningham – Fell5.0
10/10
Pouet? Tsoin. Évidemment.
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