Dimanche 31 juillet 2016 à Cabourg. Le soleil trône fièrement sur les plages normandes.
Sur le sable cabourgeais, tous les touristes ont pris leur tube de crème solaire. Sauf une personne : Fishbach.

Cette Ardennaise, peu habituée des températures clémentes a pris ses tubes de pop. Mais attention. Fishbach fait de la pop froide et entêtante qui s’assume et qui devrait prendre son envol en 2017 avec un premier album. Sur la scène du festival de Cabourg Mon Amour, Fishbach a achevé le public avec ses hits Béton Mouillé et Mortel.

Dimanche 31 juillet 2016 à Cabourg. Une éclipse de soleil vient d’avoir lieu. Le vent froid a recouvert la station balnéaire. Les météorologistes cherchent la cause de ce changement climatique brutal. Le public de Cabourg Mon Amour est le seul à avoir la solution. Elle s’appelle la comète Fishbach.

Tu es en train d’enregistrer ton album. Où en es-tu ?

Fishbach : J’en suis à un stade où les choses sont quasiment terminées. Il y a encore quelques voix à faire mais les morceaux sont tous là. Le mix est très important car il s’agit de morceaux minimalistes. Je suis donc plutôt heureuse. Je fais une petite pause estivale de trois semaines pour laisser reposer un peu. Fin août, je recommence avec les idées plus claires et les oreilles à froid. Il sortira au début de l’année 2017.

Tu l’enregistres avec qui ? Tu travailles avec la même équipe que celle de ton EP ?

Fishbach : Non. C’était vraiment particulier pour l’EP car on a fait que mixer les maquettes. Je produis tous mes morceaux. Des copains m’ont dit que c’était des versions HD des morceaux et au final je trouve ça très juste. Là j’ai envie d’élaborer un peu plus. Comme c’est un album, c’est un tout. Je bosse avec deux personnes. La première personne vient du jeu vidéo et elle a de vraies idées de narration et de nombreuses idées les couleurs. Elle revisite mes morceaux. C’est génial. Et l’autre personne est un ingénieur du son. On fait ça tous les trois. C’est vraiment excitant. Je suis la seule à chanter sur le disque.

Fishbach – Béton Mouillé

Quand tu dis que vous faîtes ça tous les trois… Tu enregistres toi même tous les instruments ?

Fishbach : Alors, la personne qui vient du jeu vidéo sait jouer de tous les instruments et elle met mes idées en musique car j’ai du mal à les appliquer. Là, je chante quelques notes et elle les retranscrit à l’aide d’un synthé. Si on doit refaire une partie de basse, je peux le faire même si je ne suis pas bassiste. Je reste directrice artistique du projet même si je délègue certaines choses.

Ton album sortira via le label Entreprise ?

Fishbach : Ah oui ! J’ai beaucoup de chance d’être sur ce label. Au niveau de l’équipe, de l’éthique, tout me correspond parfaitement. Je suis entourée de gens formidables qui me tirent vers le haut, prennent soin de moi, qui mettent en place toutes les conditions pour que l’enregistrement du disque se passe bien. J’adore aussi le vivier d’artistes qu’Entreprise développe. Mais vraiment ! C’est pas corporate ! Tous les groupes… J’adore. Je pense à Bagarre, Grand Blanc, Lafayette. J’adore ces gens et leur musique me parle énormément même si c’es très différent de ce que je fais. Il y a cette envie d’être unique. Regarde Bagarre : qui d’autre fait ça en France ? Personne. Ils ont un truc très très fort. Cela m’inspire beaucoup.

Il y aura des morceaux de ton EP avec une nouvelle jeunesse sur cet album ou tu remets les compteurs à zéro ?

Fishbach : Il y aura un morceau je pense… C’est très délicat quand les artistes revisitent leur morceau. Le public aime toujours la première version. Il y a des gens qui vont peut-être me découvrir avec l’album alors il n’est pas impossible qu’un des morceaux de l’EP arrive sur mon album. Dans une version pas trop réarrangée mais chanté selon l’humeur du moment. Je te laisse deviner de quel morceau il s’agit.

Il y a aura des reprises ?

Fishbach : Non pas sur l’album. Je pense que je les posterai sur soundcloud pour en faire quelque chose d’unique. J’adore faire des reprises. Mais l’album ne possédera que des compositions originales.

Et tu as des idées pour la pochette ?

Fishbach : Ce sera un portrait !

Comment écris-tu tes chansons ? Tu appliques toujours la même méthode ?

Fishbach : Pas du tout ! Je compose tout, j’envisage tout… Mais parfois j’aime travailler avec d’autres auteurs. Comme je chante à la première personne, c’est parfois plus facile d’utiliser les mots des autres pour évoquer mes sentiments. Je parle avec des amis des thème que j’aimerais aborder. Je les laisse broder autour de l’histoire car j’aime évoquer mes sentiments via leurs mots. Il y a un coté plus ludique, plus détaché. La moitié des chansons sur l’album ont été écrites par d’autres personnes. Ou alors c’est le fruit d’une écriture commune. Moi je m’en fous que ça vienne de moi ou pas. Ce qui compte, c’est que le morceau soit bon.

Tu me tends une perche énorme… Tu viens de Charleville-Mézières donc on évoque forcément Rimbaud te concernant. Ta manière de composer illustre parfaitement les mots de ce poète : « Je est un autre ».

Fishbach : Joli ! Je pense que je vais la ressortir dans les prochaines interviews. Je te remercie.

Mais comment t’es-tu retrouvée de Charleville-Mézières à Paris sur le label Entreprise ? Ils sont venus te chercher ? C’est la magie d’Internet ?

Fishbach : Non ce n’est pas la magie d’Internet. Je suis seule sur scène mais j’ai un ingénieur son qui m’accompagne tout le temps. C’est très important. Je viens de Charleville. La grande ville la plus proche est Reims. On s’est rencontré dans cette ville. D’ailleurs La Cartonnerie et la SMAC de Reims m’ont beaucoup aidé dans mes projets. J’allais voir des concerts là bas. Il m’a dit que mes maquettes étaient très bonnes et que je devais les envoyer à des labels. Moi, je ne voulais pas. Je voyais mes maquettes comme des choses peu abouties. Je lui ai données. Il bossait pour Blind Digital Citizen, un groupe du label Entreprise. Il les a envoyées à Michel. Deux jours après, alors que je jouais dans une église, il est venu et nous avons parlé de contrat chez Entreprise. J’étais très touchée. Je n’aurais jamais osé leur envoyer ma maquette. Donc tout est le fait de mon ingénieur son. Je le remercie énormément.

Et d’où te vient ce goût pour la cold wave ?

Fishbach : Je ne sais pas. Mes parents n’écoutaient pas de musique à la maison. Cependant ils faisaient la fête avec leurs amis dans des grandes salles qu’ils louaient. Ils sont nés dans les années 60 donc ils écoutaient des artistes des années 80. Inconsciemment, j’ai du enregistrer cette musique. J’avais aussi une nourrice qui écoutait Mylène Farmer. Elle était très douce, très ordonnée. Et je ne comprenais pas pourquoi elle écoutait cette femme qui chantait des choses aussi vicelardes. J’avais une sorte d’attraction-répulsion pour cette femme. Ces sentiments sont restés imprimés. Vers chez moi, dans les Ardennes, il faut savoir rire. Il y a un vrai truc de misère sociale. Mais pourtant, il y a une vraie chaleur humaine. On dit des choses tristes sur de la musique joyeuses et le contraire aussi.
J’ai une chanson qui s’appelle Le Château et qui évoque le suicide d’un de mes collègues au Château de Vincennes. Le morceau possède un rythme assez entraînant parce que ça me permettait de faire mon deuil. Cette chanson est une thérapie.

TOP 11

1) Quel est l’album que tu attends le plus ?

Fishbach : Ta question est difficile. Je n’ai pas vraiment d’idoles. Je vais dire Christophe car son dernier album m’a un peu déçu. J’aimerais retrouver Christophe.

2) Le groupe que tout le monde a écouté sauf toi ?

Fishbach : Je vais dire PNL.

3) Ta bande originale de film préférée ?

Fishbach : Celle de l’Inspecteur Gadget. Et de loin ! Je l’écoute en boucle, je peux la chanter à tue tête.

Inspecteur Gadget – Thème

4) Le meilleur endroit pour faire un concert ?

Fishbach : Les endroits où ce n’est pas prévu de faire de la musique.

5) Le meilleur endroit pour voir un concert ?

Fishbach : La même chose : les endroits où ce n’est pas prévu de faire de la musique. Une église, un Lavomatic, une plage…

6) Le producteur de tes rêves ?

Fishbach : James Murphy.

7) The Cure ou Joy Division ?

Fishbach : The Cure.

8) Quel groupe choisirais-tu pour tourner un rockumentaire ?

Fishbach : La Femme.

9) Si tu pouvais créer un festival de musique… Quel nom ? Quelles têtes d’affiche ?

Fishbach : Je l’appellerai « Mauvais Coton » et j’inviterai LCD Soundsystem et PJ Harvey.

10) Un écrivain qui aurait dû se mettre à chanter ?

Fishbach : Gaston Bachelard.

11) Un chanteur qui aurait dû se mettre à écrire ?

Fishbach : Olivier Vallois.

Fishbach - EP

L’EP de Fishbach est disponible dans toutes les bonnes crèmeries et sur toutes les plateformes de téléchargement. Il est publié par le label Entreprise

Fishbach sera en concert à la rentrée :

  • le 4 octobre à Mulhouse (Noumatrouff)
  • le 5 octobre à Clermont-Ferrand (La Coopérative de Mai)
  • le 6 octobre à St Jean De Vedas (salle Victoire 2)
  • le 7 octobre à La Rochelle (La Sirène)
  • le 12 octobre à Paris (MaMA 2016)
  • le 17 novembre à Villefranche sur Saône (Théâtre) pour le festival Nouvelles Voix.
  • Pouet? Tsoin. Évidemment.
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