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[1997 – 2017] L’avenir s’appelait Mendelson

L’année 1997 fut une fort belle année pour le label nantais Lithium. En une année, la fabrique de Vincent Chauvier publia La Soupe à La Grimace de Bertrand Betsch, le premier album de Françoiz Breut et Minor Swing de Da Capo, le groupe des frères Paugam. Sans oublier les 365 Jours Ouvrables de Diabologum et surtout L’avenir est devant le premier album de Mendelson. C’est qu’on se damnerait aujourd’hui pour avoir un tel label avec un tel catalogue avec de telles sorties.

Au milieu de cette boite de Pandore trônaient donc Pascal Bouaziz et Olivier Fejoz. Avec Mendelson, la banlieue allait prendre une autre tournure musicale. Merveilleux O.V.N.I. musical, L’avenir est devant ouvrait des portes dont personne ne s’était approché.

Comment t’es-tu retrouvé sur le label Lithium ?

Pascal Bouaziz : Comme cela ne se fait probablement plus jamais nulle part avec personne, juste en envoyant une cassette. Sans aucun réseau, ni recommandation, ni Facebook, MySpace, ni même de concerts déjà… De purs débutants, paumés dans leurs chambres respectives, qui envoient des cassettes de leurs chansons comme des bouteilles à la mer. On a envoyé probablement plusieurs dizaines, aux radios, journaux, labels : Seul Vincent Chauvier a répondu. D’abord curieux d’en entendre plus et puis petit à petit aussi enthousiaste et bizarre que nous.

Mendelson – Par chez nous

Les Inrocks ont parlé de ton disque comme d' »un disque singulier et foudroyant ». Tu avais conscience en enregistrant ce disque, de faire un disque étonnamment singulier ?

Je crois que oui on avait conscience d’être « singulier » et « différent » mais pas au point où l’on l’était réellement. Par ailleurs si je peux compléter c’était certes une ambition pour nous à l’époque d’être différent, mais nous n’avions aucun moyen d’être « normaux » et de faire un disque « normal ». Enfin pour complexifier encore plus, nous détestions les disques normaux. Donc c’était heureux pour nous d’être incapable de faire autre chose que de singulier.

Pourquoi l’avoir enregistré au Lutecia Garden Studio ?

Je crois que c’était un des studios les moins chers que Vincent de Lithium connaissait : c’était le sous-sol du pavillon des parents de l’ingénieur du son de l’album. On y enregistrait les week-ends pendant que lesdits parents étaient à la campagne. Pas vraiment de choix artistique là-dedans.

Mendelson © Emmanuel Bacquet
Mendelson © Emmanuel Bacquet

Quels sont tes meilleurs souvenirs de l’enregistrement ?

Euh… je ne sais pas si j’ai de bons souvenirs. J’étais tellement angoissé à l’idée que j’allais mourir juste après l’enregistrement que j’essayais avec beaucoup de difficultés de faire en sorte de laisser quelque chose de valable de mon passage sur terre. Je travaillais toute la semaine à faire du « phoning », je gagnais très mal ma vie, j’étais très paumé.

Aussi, on avait le sentiment que les maquettes de l’album celles qu’on avait enregistrées sur notre 4 pistes étaient bien meilleures que les versions qu’on arrivait à enregistrer pour le disque. On courrait après le son d’un enregistrement maison dans un studio qui heureusement était un peu lui aussi bricolo, maison, pas fini.

Si peut-être pourtant, pas le « meilleur » souvenir mais un souvenir précis, c’est le dernier jour du mixage, dans la voiture de Vincent qui nous ramenait sur Paris, j’ai été pris de la certitude que je ne ferais jamais mieux que la chanson Par Chez Nous. Quelque part c’était triste, mais quelque part c’était une grande fierté d’avoir réussi au moins « ça » : je pouvais mourir tranquille !

D’où vient cette angoisse de mourir ? Elle semble très présente.

Hum… Question très intime et très difficile. Mais il me semble rétrospectivement que c’est plutôt un signe de bonne santé que de se savoir mortel. Au quotidien.

Comment as-tu trouvé ton son ? Jean François Marvaud qui a mixé le disque avec toi y est pour beaucoup ?

Jean-François a eu beaucoup de difficultés à travailler avec des gens aussi bizarres qu’Olivier Féjoz et moi à l’époque. Sa phrase préférée était « un ingénieur du son y trouvait à redire. » Probablement qu’il parlait de lui. Le son est venu, comme ça… Comme nous ne faisions rien comme il aurait fallu le faire. Enregistrement sans clic en commençant par ma guitare alors que je ne savais pas jouer, du coup tout est bringuebalant décalé dans le disque. Rien n’est d’équerre, rien n’est en rythme, je chante très faux très souvent. La voix est très fragile. Très flou. Nous faisions nous-mêmes les quelques rythmiques du disque sans savoir plus que ça en jouer. Bref…

Rien n’est d’équerre sur ce disque. Tu as eu peur du retour presse ? Tu avais besoin de l’avis des autres ?

Honnêtement je croyais sincèrement qu’on allait être des stars. Même avec ce disque bringuebalant et parce que ce disque était bringuebalant en plus.

Mendelson © Emmanuel Bacquet
Mendelson © Emmanuel Bacquet

As-tu des regrets par rapport à ce disque ?

Oui. Beaucoup. Et en même temps aucun. Comme disait Arnaud Michniak de Diabologum à l’époque : « ce qui est fait n’est plus à faire ».

Quel âge avais-tu en enregistrant ce disque ?

J’avais 24 ans pendant l’enregistrement et j’avais déjà l’impression d’être beaucoup trop vieux pour commencer et d’être très en retard sur tous les autres. Un attardé en quelque sorte.

Quels disques ont marqué ton année 97 ?

Je sais plus. Je suis pas un fétichiste des années. A l’époque, rien que sur Lithium entre Remué de Dominique A. et le #3 de Diabologum, il n’y avait pas besoin d’aller chercher très loin pour se prendre des claques.

Tu évoques des groupes de Lithium. Tu avais l’impression d’avoir trouvé une famille ? Des gens qui te comprenaient ?

Évidemment que oui ! Même si Vincent Chauvier détestait l’idée de rattacher le label à une « famille » probablement parce qu’il sentait qu’il fallait défendre l’extrême singularité de chacun et qu’il avait peur pour nous de cette étiquette Lithium. Et c’est vrai que tous les artistes même s’ils avaient des points communs (notamment sur le soin apporté aux textes même en anglais) étaient tous très différents.
Donc pour répondre à ta question à l’époque avant de signer avec Lithium le seul label avec qui j’avais vraiment envie de signer c’était Lithium. Et oui, Vincent comprenait réellement ce que je tentais de faire. Et Michel et Arnaud de Diabologum aussi je crois comprenaient profondément malgré toute la distance entre nos disques respectifs à l’époque là où j’essayais d’aller. D’ailleurs Michel Cloup a mixé notre deuxième album. Ce n’est pas un hasard et dès 1998 on essayait avec Michel d’écrire des trucs ensemble.

Et celle de 1996 qui a été l’année de l’enregistrement de L’Avenir Est Devant ?

A l’époque, nous n’écoutions presque que Robert Wyatt et Nick Drake avec Olivier. Peut-être que There is no one that will take care of you n’était pas loin sur la platine. Le premier album de Spain peut-être ? Je ne sais plus. Je crois qu’Olivier l’écoutait beaucoup comme c’était un grand fan du père Charlie Haden, le contrebassiste.

Comment es-tu venu à la musique ?

C’est une question trop courte pour une réponse trop longue. Désolé.

Je me suis mal exprimé. Qu’est-ce qui t’as donné envie de monter un groupe ? D’écrire des chansons ? Te rappelles-tu des premières chansons que tu as écrites ? Elles figurent sur cet album ?

Comme certains veulent rentrer dans l’écran cinéma, je voulais rentrer dans les pochettes de disques et monter sur scène et être aussi brillant et vif que Dylan, aussi secret et mystérieux que Leonard Cohen, aussi bruyant que Neil Young et les Stooges réunis.

On a commencé à écrire des chansons avec Olivier vers 1993 / 1994 : d’abord en anglais et puis tout de suite en français je me souviens d’une chanson que j’aimais beaucoup, une des premières qui s’appelaient Au Jardin qu’Olivier avait composée sur sa douze cordes. Une autre qui s’appelait Le Lit qui était belle aussi je crois. Et non, les premières chansons ne sont pas sur l’album. La plus vieille chanson sur l’album doit être La Pluie 535 qui sent encore très fort la chanson française de qualité.

As-tu fréquenté un conservatoire ?

Non. Je ne savais presque pas jouer de guitare au début de Mendelson : ce n’est pas bien sûr que je sache toujours vraiment en jouer. Cela fait des années que je ne fais aucun progrès. J’adorerai passer mes journées à jouer de la guitare, mais malheureusement cela n’est pas possible. Olivier (Féjoz, celui donc avec qui nous avons commencé à écrire des chansons vers 1994) m’a appris les rudiments de la guitare au début des années 90 quand on s’est rencontré à la Fac.

Il t’arrive de l’écouter ce disque ? Comment le regardes-tu ?

Non. Il a bien fallu que je le réécoute pour la réédition vinyle mais je n’ai pas pu aller très loin. Je le regarde comme quelqu’un regarde une photo ingrate de son adolescence. Avec douleur, gène, une légère honte et un peu de nostalgie quand même pour la période.

Si tu dois garder une seule chanson de ce disque, laquelle choisis-tu ?

Je ne sais pas. Celle qui ressemble le moins à une photo gênante, je crois que c’est encore Par Chez Nous.

Mendelson - L'avenir est devant

L’Avenir Est Devant de Mendelson a été publié en 1997 par le label Lithium et a été réédité par le label Ici d’Ailleurs.
Mendelson a publié cette année Sciences Politiques toujours chez Ici d’Ailleurs.
Les visuels de l’album et les clichés utilisés pour cet article sont la propriété d’Emmanuel Bacquet.

Mendeslon - L'avenir est devant

Tracklist : Mendelson - L'Avenir Est Devant
  1. Avec Manu
  2. Par Chez Nous
  3. Alors J'ai Dit Ah Bon
  4. Marie-Hélène
  5. Histoire Naturelle
  6. Comment A-T-Il Osé ?
  7. La Pluie 535
  8. Plus Qu'À Peine
  9. Combs-La-Ville
  10. Où Sont Passé Mes Gens ?
  11. Je Ne Veux Pas Mourir
  12. Au Début
  13. Bientôt Niveau Zéro
  14. Une Dernière
  15. Je N'Ai Plus De Souvenirs D'Une Vie Avant

Pouet? Tsoin. Évidemment.
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