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L’instant karma d’Okkervil River

© Louis Teyssedou

On se posait pas mal de questions quant au devenir de Will Sheff depuis la parution d’Away, le huitième album d’Okkervil River (2016). Comment donner une suite à un tel disque ? Comment se relever après avoir écrit le plus beau disque triste de ces dix dernières années ?


Comme pour beaucoup d’artistes, la réponse est venue de Washington avec l’élection de Donald Trump. Véritable déflagration politique, la victoire du milliardaire américain a provoqué un tsunami dans les rangs des artistes de son pays. Pour Okkervil River, la conséquence est simple et double : Will Sheff vient de sortir l’un de ses meilleurs albums et un concurrent sérieux au titre de disque de l’année.

On a découvert Okkervil River au début des années 2000. Cachée par l’ombre de Jason Molina et les disques de Palace Music, la musique de Will Sheff impressionnait déjà. Originaire d’Austin, bastion gauchiste entouré de cow-boys texans, Sheff maîtrisait dès le départ tous les codes du folk et a déjoué tous les pièges du genre. A l’aube des années 2010, après avoir fait chanter Roky Erickson le temps d’un disque (True Love Cast Out All Evil), Sheff a passé la vitesse supérieure en braconnant sur les terrains de jeux réservés d’habitude aux fans de pop et rock.

En 2018, Okkervil River publie donc In The Rainbow Rain, un disque à la confluence entre l’Amérique et l’Angleterre, entre les grandes plaines septentrionales du Texas et les clubs du SXSW et qui fait se rencontrer The Incredible String Band et Electric Light Orchestra. Sans s’en rendre compte, Sheff vient de sortir le disque qu’Arcade Fire est incapable de fabriquer.

Que signifie le titre de ce nouvel album ?

Will Sheff : C’est marrant, tu es la deuxième personne à me demander ça. Cela doit être une question typiquement française. Je crois que je préfère l’évocation des titres que leur signification. Et j’aime ce que ces mots Rainbow Rain évoquent… Je pourrais parler de leur signification, mais je crois que cela serait réducteur, et cela desservirait le disque et celui qui l’écoute.

Okkervil River – Don’t Move Back To LA

Quand l’as tu enregistré ?

J’ai commencé à l’enregistrer début 2016, euh en fait, non, fin 2016. La première session a commencé à peu près 2 semaines après les élections américaines, puis les autres ont eu lieu début 2017.

Ce fut un enregistrement facile ?

C’était facile. Enfin, c’est difficile de dire facile ou difficile… Ça peut l’être de plein de façons. Par exemple, ce n’était pas difficile à jouer, pour moi ou pour les musiciens car ils sont géniaux. Comme c’était sympa et drôle, ce ne fut pas très difficile émotionnellement parlant.
Parfois, ça peut être dur parce que tu cherches à obtenir quelque chose de précis et que tu n’y arrives pas. Cela est arrivé avec quelques chansons, qui ne marchaient pas correctement mais qui ne figurent pas sur l’album.

Quel est meilleur souvenir lié à l’enregistrement de cet album ?

L’enregistrement de la chanson Human Beings est un très bon souvenir en soit. Une grosse partie de ce disque a été enregistrée live avec les musiciens, et dans ce contexte, tu sens tout simplement que tu fais de la musique. Tu n’as pas besoin d’aller chercher plus loin…
Human Beings et son enregistrement ont été formidables dès le départ. Tu sais, Will Graefe, notre guitariste, fait un solo de basse sur cette chanson, c’est assez rare… Et c’est magnifique.

Comment as-tu écrit ce disque ? Les chansons sont très étonnantes pour du Okkervil River…

C’est une question très intéressante… En fait, ces chansons ont été très faciles à écrire, parce qu’il régnait un truc assez dégoûtant aux Etats-Unis, qui a augmenté, augmenté puis s’est brisé comme une vague. C’était assez horrifiant.
J’ai ressenti une espèce d’urgence et je n’ai pas donc eu besoin de faire beaucoup d’efforts pour ressentir quelque chose à propos de la vie. Ça a en quelque sorte clarifié pour moi la façon dont je vois les choses. C’est pourquoi les chansons ont été rapides à écrire. Parfois, pour une chanson, je fais des brouillons, des brouillons, et des brouillons, mais ce n’est pas difficile pour autant, c’est juste du temps. Une autre fois, je me retrouve avec 30 couplets pour une chanson. Mais c’était relativement facile, et j’étais à un moment de mon écriture auquel c’était assez confortable pour moi d’être créatif, et je savais que mon groupe réussirait à faire tout ce que j’avais envie d’essayer.

Okkervil River (2)

Quelle est l’histoire de The dream and the light ?

Elle est arrivée juste après les élections américaines. Nous donnions un concert à Bruxelles et nous avons parlé avec les gens du public.
Je crois que les américains n’imaginaient pas que les élections aboutiraient à ça, et le matin où c’est arrivé, tu vois, c’était un peu comme de se retrouver jetés dehors nus dans le froid. Tout le monde aux Etats-Unis était choqué, traumatisé, pleurait, et je me baladais, je cherchais un petit déjeuner, et partout où j’allais, je rencontrais des Belges qui étaient super tristes pour moi. Après ça, on a pris la route pour aller en Angleterre poursuivre la tournée. D’habitude, les douaniers sont casse-pied avec les musiciens, et ce jour-là, ils étaient vraiment très gentils, et on a parlé ouvertement des élections… Je n’étais pas sûr de leur position politique, mais ils étaient empathiques, et l’un d’eux était un de ces magnifiques mâles alpha, et je ne l’aimais pas trop, et à côté de lui, il y avait un gars plus calme et un peu plus costaud. Pendant qu’il me contrôlait, nous avons discuté. Il m’a dit qu’il avait travaillé au Mur de Berlin. Je ne sais pas pourquoi il m’a parlé de ça il y avait peut-être un malentendu, mais il me disait grosso modo que les gens qui voulaient passer de l’autre coté du Mur le pouvaient, et qu’eux avaient le choix entre soit laisser passer soit ou utiliser la force contre eux. Ils avaient décidé de les laisser passer car ils n’avaient reçu aucun ordre de leurs chefs. Il disait « Pourtant on avait nos armes, on était prêts ». Et ce moment-là, il m’a semblé être l’exact opposé de ce qu’il s’était passé aux élections avec ces quelques personnes qui ont décidé de faire le bon choix.
C’était très émouvant pour moi, j’étais presque sidéré et j’ai commencé à pleurer, et ça a immédiatement créé un truc entre ce gars et moi, parce que j’ai senti qu’il était un peu bouleversé par ça. Juste après ce moment, je suis retourné aux Etats-Unis. Le père d’une amie venait de succomber après un long combat contre le cancer… Nous sommes allés y faire un break car mon amie y avait loué une maison. Palm Springs est le lieu d’escapade des célébrités d’Hollywood, et on était à côté de la maison de Frank Sinatra. J’ai écrit cette chanson à l’ombre des palmiers de Frank Sinatra.

Top 4

1) Quel est ton artiste français préféré ?

Euh… Attends… Laisse moi réfléchir encore 30 secondes… J’ai envie de dire Godard. J’étais dingue de ses films quand j’étais au lycée.

2) Paris ou Londres?

Je suis vraiment désolé… Mais je vais répondre Londres.

3) Ton Album préféré de Robin Williamson?

A Glint at the Kindling m’a beaucoup influencé, qui a été très important pour moi. Mais Songs of Love and Parting est mon favori. Les mélodies sont incroyables.

4) Le meilleur endroit pour faire un concert sur terre ?

Une église je pense… J’aime les bars, les églises et jouer en plein air… Tant qu’il y a des êtres humains pour m’écouter.

Okkervil River – Pulled Up The Ribbon

In The Rainbow Rain d’Okkervil River sera disponible le 27 avril 2018 chez ATO Records et PIAS.
Okkervil River sera en concert le 1er octobre 2018 au Point Éphémère (Paris).

Okkervil River - In the Rainbow Rain

Tracklist : Okkervil River - In the Rainbow Rain
  1. Famous Tracheotomies
  2. The Dream And The Light
  3. Love Somebody
  4. Family Song
  5. Pulled Up The Ribbon
  6. Don't Move Back To LA
  7. Shelter Song
  8. How It Is
  9. External Actor
  10. Human Being Song

Pouet? Tsoin. Évidemment.
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