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Paul Weller par Nicolas Sauvage

© Alain Bibal

Passionnant depuis 1977, Paul Weller est toujours présent et ne compte pas prendre sa retraite comme le reste de la promo de la même année. En attendant le prochain disque de l’ex Jam, on peut lire la biographie que lui consacre Nicolas Sauvage. Ouvrage imposant et passionnant, Life From a Window, Paul Weller et L’Angleterre Pop explique la trajectoire singulière de ce musicien.

La qualité du livre de Nicolas Sauvage est inversement proportionnelle à la popularité de Paul Weller en France. Quand l’ex Jam débarque en France, c’est le temps d’un seul et unique concert parisien… Véritable institution anglaise, Paul Weller n’a jamais intéressé les foules françaises. Pour quelles raisons ? La raison l’ignore.
La discographie de Paul Weller a pourtant eu d’excellents V.R.P. en France avec Nicolas Ungemuth (qui signe ici la préface) et Noel Gallagher. Dans les années 90, l’aîné des Gallagher divulguait à tout bout de champ ses influences. Weller y figurait évidemment en bonne place.
Malgré cette O.P.A. des gens de bon goût, Weller n’a jamais eu un public conséquent en France.
Life From a Window, Paul Weller et L’Angleterre Pop nous emmène à travers les rues de Londres et l’Angleterre à la poursuite de la discographie de Weller. Car si Noel Gallagher n’a jamais réussi à se réinventer (c’est là tout son problème), ce n’est pas le cas de Weller qui change de style comme de chemise. Et Dieu sait que les chemises sont importantes pour les mods.

Comment est née l’idée d’écrire un livre sur Weller ? Et pourquoi écrire sur Weller ?

Nicolas Sauvage : Je suis avec un intérêt la carrière de Paul Weller depuis maintenant trente ans. Au fil du temps, l’idée selon laquelle son parcours pouvait servir de colonne vertébrale pour raconter une large partie de l’histoire de la pop britannique s’est imposée. Entre les premiers disques de Jam et son récent True Meanings c’est un paysage fascinant qui se dessine pour l’ amateur du genre. Mon ambition était de le restituer au plus juste. Par ailleurs, personne ne s’est penché jusqu’ici sur l’oeuvre de cet artiste exemplaire. Il était temps je crois d’écrire quelques pages sur le sujet.

Combien de temps a nécessité l’écriture de ce livre ?

Techniquement, il s’est écoulé neuf mois entre la rédaction de la première phrase et le point final. Je peux toutefois avancer l’idée selon laquelle j’écris ce livre dans ma tête depuis maintenant quelques années. J’ai passé tellement de temps à essayer de convaincre mon entourage sur la valeur de son legs qu’il m’a semblé judicieux de finalement consigner tout cela sur un peu plus de 500 pages.

Comment as-tu découvert Weller ? De quelle génération es-tu ?

J’ai connu Weller alors que l’histoire de Jam puis celle du Style Council était déjà achevée. J’ai entendu pour la première fois une chanson signée Weller en 1989. J’avais 15 ans à ce moment et j’ai immédiatement été séduit par ce mélange d’énergie punk et cette approche mélodique héritée des sixties. Ce qui m’a surtout progressivement fasciné chez Weller, c’est ce rôle de passeur. En découvrant l’univers de l’homme c’est un monde étonnant qui s’ouvre soudainement : Les Who et les Small Faces, Dr Feelgood et les Pistols puis la northern soul, le funk, Maurice Ravel, l’acid house, Gang Starr, Nick Drake, Neu! ou Curtis Mayfield… Pas mal pour un type régulièrement réduit à une obsession pour les 60’s, non ? A titre personnel, Weller a joué dans mon approche de la musique un rôle comparable à celui de François Truffaut pour le cinéma. J’aime l’idée de découvrir un véritable univers référencé et pas seulement le simple travail d’un musicien.

La carrière de Weller est unique. Sa longévité et son intérêt (surtout) sont incroyables. Il se remet en cause mais il sait surtout bien s’entourer. N’est-ce pas une de ses principales forces ?

Absolument. Il est en fait l’un des rares musiciens de cette génération à avoir systématiquement regardé vers l’avenir dans sa trajectoire artistique personnelle. Pour qui s’est sérieusement penché sur son oeuvre, l’idée d’un musicien rétro est une grossière erreur. Le fonctionnement de Bowie ressemble dans une certaine mesure à celui de Weller. Chez Bowie, les noms de Tony Visconti ou Brian Eno ne sont jamais loin mais il ne s’est pas interdit de tenter des choses avec Nile Rodgers ou Reeves Gabrels. Ce n’est pas toujours très heureux mais il tentait régulièrement une remise en question de son vocabulaire. C’est un peu la même chose avec Weller. Même si des gens comme Steve White ou Steve Cradock sont familiers pour les amateurs, ses associations avec Robert Wyatt ou Graham Coxson donnent un autre sens de lecture. Il faut insister sur l’aspect polymorphe de la discographie de Weller, c’est l’une des clefs de la fascination dont il continue à faire l’objet plus de quarante ans après ses débuts.

Comment pourrais-tu qualifier la relation que Weller entretient avec Noel Gallagher ?

Je pense que c’est avant tout une histoire de timing et d’admiration mutuelle. La rencontre entre les deux hommes s’est produite à un moment décisif dans la carrière de Weller. Je crois que Noel Gallagher est très loin du lad un peu idiot que décrivent ses détracteurs et il semble que l’amitié qui le lie à Weller depuis des années n’ait en fin de compte par beaucoup de rapport avec ce grand moment de narcissisme que représente la Britpop.

De 2008 à 2010, Weller tutoie la perfection avec 22 Dreams et surtout Wake Up The Nation. Comment expliquer cette hausse de niveau ? Niveau qui était déjà plus que formidable avec Illumination et Stanley Road ?

Sans dévoiler ce qui est raconté dans le livre, je pense que cette période dont tu parles est consécutive au changement de paysage global. Le disque qui précède 22 Dreams est de facture assez classique et vient, d’un certain point de vue, boucler une période débutée dix ans plus tôt avec Stanley Road. 22 Dreams marque dans une certaine mesure un retour à l’état d’esprit de Weller au début de Style Council. L’un des partis-pris par le Council était la quête d’une liberté formelle et c’est un peu le sens de 22 Dreams. Ce disque couvre un large spectre esthétique et s’autorise des incursions dans des styles pour le moins variés. Il y a également la présence de Simon Dine sur les albums de cette période qui a indiscutablement ouvert d’autres horizons en termes de production. Je n’aime pas beaucoup l’idée de renaissance artistique généralement évoquée pour les trois disques réalisés avec Dine mais il faut bien admettre que ceux-ci ont ajouté une véritable épaisseur à la discographie de Weller sous son nom.

TOP 5 WELLER

1) Ton disque préféré des Jam ?

Ah ah ! Impossible de répondre sans le regretter quelques minutes plus tard mais bon… S’il faut s’y coller, disons Sound Affects.

2) Ta chanson préférée du Style Council ?

Une seule ? Pour aujourd’hui ce sera My Ever Changing Moods.

The Style Council – My ever changing moods

3) Ton disque préféré de Weller ?

Pas simple non plus… Wake Up The Nation m’a particulièrement impressionné à sa sortie.

4) Le disque de Weller que tu as le plus attendu ?

Le prochain…

5) Ta pochette préférée d’un disque de Weller ?

Je trouve celle de Wild Wood magnifique au format 33 tours.

Life From a Window, Paul Weller et L’Angleterre Pop de Nicolas Sauvage est disponible chez Camion Blanc.

La photographie en Une est signée Alain Bibal.

Pouet? Tsoin. Évidemment.
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