Vidéo : Pain-Noir – Dix ans plus tôt

C'est la belle surprise du chef du jour, un nouveau morceau de Pain-Noir pour égayer notre table en ce début d'été. Et quel morceau. Un chef d'oeuvre.

PAIN-NOIR - Dix ans plus tôt

Il y a des connections qui se font malgré nous, auxquelles on ne donne du sens qu’a posteriori. Relire durant la claustration L’homme qui plantait des arbres de Giono, revoir Un roi sans divertissement avec la chanson de Brel, Pourquoi faut-il que les hommes s’ennuient, lire encore A La ligne, le premier roman coup de poing poétique et réaliste de Joseph Ponthus ou encore L’établi de Robert Linhart, plongée au cœur de la chaîne et de son humaine inhumanité ou retrouver le temps long de L’Identité de la France de Fernand Braudel croisé durant des études d’Hisoire et … écouter Pain-Noir, ce jour, Dix ans plus tôt. On est loin de Sardou.

Discographie

Il y a des chansons nécessaires et Pain-Noir invente peut être un nouveau genre, la protest song néo rurale, sans faire de l’écologie un dogme. Il évoque cette France des terroirs qui disparaît peu à peu, notre société en mutation, cette terre qui ne ment pas, ces gestes maintes fois répétés. Pain-Noir est un artisan avec un regard tendre sur le passé, un « voyageur immobile » comme se surnommait Giono qui excelle dans le travail à façon. Et le montage à partir de vidéos d’archive par Aurélia Ravaud Croisier (Balzane) est une merveille de précision, la batterie rythmant le travail à la chaîne ou la montée chromatique de la guitare irriguant la chanson comme la sève ensemence l’arbre.

Mais c’est aussi l’art d’une forme d’enjambement dans la scansion de la chanson et des (re)pères brouillés par le jeu sur les temps. Ce titre est par ailleurs un hommage aux gestes, aux corps maltraités et aliénés, aux pères fourbus et esquintés. Mais les cris d’enfants dans la cours de récréation rappellent aussi le rôle de nos instituteurs malmenés, celui d’éveilleur de conscience pour accéder au libre arbitre, à l’autonomie.

Il n’y a peut être pas tout cela dans cette chanson, il y a ce que l’on y projette à son écoute et qui change à sa réécoute, ce qui est le signe des immenses chansons qui nous aident à vivre. Et l’on se souvient alors à nouveau de Fernand Braudel qui La dynamique du capitalisme écrivait, « je crois l’humanité plus qu’à moitié ensevelie dans le quotidien. D’innombrables gestes hérités, accumulés, pêle-mêle, répétés infiniment jusqu’à nous, nous aident à vivre, nous emprisonnent, décident pour nous à longueur d’existence. »

Pain‐Noir – Dix ans plus tôt

Nos terres ne donnent plus ce qu’elles donnaient dix ans plus tôt
Ici les arbres ont disparu
Et seules les pierres portent beau
Et si le soir, si le soir tu m’entends, ça n’est que le bruit du vent.

Nos terres ne donnent ce qu’elles donnaient plus dix ans plus tôt
Les sources ont perdu leurs vertus
Et nous ne buvons plus leur eau
Et si parfois dans le soir tu m’entends, ça n’est que le bruit du vent.

Nos terres ne donnent plus ce qu’elles donnaient dix ans plus tôt
Et seule la rouille des charrues
Nous rappelle que des mots
Dans le soir un peu froid du printemps couvraient les voix des enfants.

Nos pères ne sont plus qui ils étaient dix ans plus tôt
Et si le pire reste tu
Nous laisserons aux étourneaux
Ce tumulte, ce vacarme incessant qui couvre le bruit du vent.

Nous gagnons les villes, nous brûlons les champs
Nous quitterons les villes, nous laisserons le temps faire son histoire
À mesure que le vent chante.

Nos pères ne sont plus qui ils étaient dix ans plus tôt
Leurs yeux nous disent le temps perdu
Et même leur corps semble de trop

Et si parfois dans le soir tu m’entends, ça n’est que le bruit du vent.

Nos corps ne sont plus ce qu’ils étaient dix ans plus tôt
Et nos carcasses mises à nu
Coupées de leurs oripeaux
Cèdent la place à mesure que le vent pousse les débris du temps.

Nous gagnons les villes, nous brûlons les champs
Nous quitterons les villes, nous laisserons le temps faire son histoire
À mesure que le vent chante.

Nous quitterons les villes, nous brûlerons les champs
Nous brûlerons les villes, nous laisserons le temps faire son histoire
À mesure que le vent chante.

Factory de Evelyn Barron : ce film capture l’horreur de l’ambiance et de la monotonie du travail dans une bijouterie et se concentre sur l’ennui et les frustrations des travailleurs. Le film nous rappelle graphiquement que les maux de la révolution industrielle restent à résoudre.

Lyonnais qui revendique sa mauvaise foi car comme le dit Baudelaire, "Pour être juste, la critique doit être partiale, passionnée, politique...", Davantage Grincheux que Prof si j'étais un des sept nains, j'aime avant tout la sincérité dans n''importe quel genre musical...
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