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Stuck In The Sound : Shoegazing Kids

Stuck In The Sound - Shoegazing Kids

Stuck In The Sound - Shoegazing Kids
Stuck In The Sound – Shoegazing Kids

Tout adulte normalement constitué est plutôt content d’être enfin sorti de ce que l’on appelle communément l’âge ingrat. Personnellement, c’est tous les matins que je me félicite d’avoir franchi sans trop de séquelles cette dure période de la vie qu’est l’adolescence. Pourtant, en écoutant Shoegazing Kids, le dernier album de Stuck in the Sound (sorti le 26 janvier dernier) on sentirait presque poindre, comme quand on lit du Rimbaud, la nostalgie de cette période d’incertitude et de désorientation.

Stuck In The Sound

Quand on est ado, on marche en regardant ses chaussures, on se lève tous les jours hyper tôt pour aller au collège ou au lycée à 8h (8h !!!!) dans les matins blêmes de l’hiver et on développe des ruses de sioux pour tromper l’ennui. Oui, mais c’est aussi la période où on chante ses tubes préférés dans sa chambre (au grand désespoir de ses parents), où on a le cœur qui bat la chamade pour un rien, et où on a très envie de s’acheter une guitare. C’est dans ce bouillon de culture d’émotions – notamment musicales – que nous plonge le second album de Stuck In The Sound.

Tous les morceaux de Shoegazing Kids (mixé en Amérique !) sont ciselés comme des petits bijoux. Entre des morceaux planants, « Zapruder », « Playback A.L. », ou « I Love You Dark », d’autres plus rock’n’roll et qui vous feront danser avec jubilation, comme, « Ouais », « Shoot Shoot », « Beautiful Losers », « Dirty Waterfalls », « What », ou encore le très destroy « Gore Machine », le fil rouge est sans conteste une émotion toujours en tension qui ne vous lâchera pas et qui est soulignée, presque avec raffinement, par la voix étonnante du chanteur, Jose Reis Fontao.

Cet album n’est pas une Madeleine de Proust qui ferait ressurgir des souvenirs simplement en imitant « le bon vieux temps » et Stuck in the Sound ne font pas du neuf avec du vieux. Les influences sont subtiles et latentes ; elles ne sautent jamais aux yeux (aux oreilles ?) et je me demande même si on n’y trouve pas un peu ce qu’on veut tant elles sont subliminales. Pour l’auditrice que je suis et qui avait quinze ans tout juste à la mort de Kurt Cobain (souvenirs émus…), des présences spectrales planent sur cet album : The Cure, My Bloody Valentine, Pearl Jam, Jeff Buckley (souvenirs tout aussi émus…) mais ce n’est peut-être que mon imagination.

N’ayons pas peur de le dire : Stuck In The Sound, avec d’autres excellents groupes français (Brooklyn, Neïmo, Syd Matters…) marquent l’avènement d’un nouveau son rock français. Ils ouvrent enfin des portes, restées fermées trop longtemps, en commettant l’ultime transgression : écrire en anglais. Et on les en remercie chaleureusement car l’utilisation de l’anglais s’impose comme une évidence dans ce rock indie qui n’est pas plus « français » que du flamenco peut être finlandais.

J’avoue être soulagée d’avoir réussi à caser deux références littéraires que le rock français ait des perspectives d’avenir plus enthousiasmantes que les BB Brunes. Et si vous préférez un son un peu plus brut de décoffrage, ne les ratez pas en concert. Excellent groupe de scène, ils seront encore en tournée en France en avril et mai – le 6 mai au Bataclan à Paris avec I am un chien en 1ère partie – et on les retrouvera après une escapade allemande dans de nombreux festivals cet été.

Et pour voir les Stuck en live, voici une vidéo enregistrée par l’équipe du Hiboo, à l’EMB (Sannois), le 23 janvier 2009.

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