chronique : Sliver - Disobey Giants
Sliver, quatuor du nord-est de la France, n’en est pas à son premier accomplissement : après un très réussi Music Is A Weapon sorti en 2009 et plusieurs EP, ils nous livrent ici un nouvel épisode spontané mais toujours mûr, cohérent et réfléchi, le tout mixé par le grand Pelle Henricsson (Hell is For Heroes, In Flames, Refused).

Sliver

Combinant paroles construites et engagées, les chansons mettent en avant nombre de références : du mouvement Occupy organisé par Adbusters aux livres de Chuck Palahniuk ou Bret Easton Ellis en passant par le Comité Invisible, tout y passe ; prise de conscience sur la maladie qui consume notre société actuelle, Disobey Giants fusionne punk, rock, et hardcore, mettant pourtant à contribution aussi bien des claviers et des samples que des guitares énervées ou des cris, formant au final une combinaison personnelle, une interprétation de la musique vécue comme moyen de résistance et de se faire entendre.

Au-delà de l’album au strict sens musical, est offert un manifeste (en anglais) de plusieurs pages écrit en juin dernier, exposant chanson par chanson – mettant en lumière les Giants à vaincre – des opinions et représentations sur la société actuelle, certes, mais également et surtout, sur la place de chacun en son sein. Au final, ce manifeste écrit par Ben (chant et guitare) en devient émouvant parce qu’est au final un message d’espoir : trouver sa place et le sourire dans un système corrompu est concevable, et peut faire songer à des réflexions poussées par Stig Dagerman il y a quelques décennies de cela : « je souhaite que le plus grand nombre de gens possible comprennent qu’il est de leur devoir de se soustraire à l’emprise de ces blocs, de ces Églises, de ces organisations qui détiennent un pouvoir hostile à l’être humain, non pas dans le but de créer de nouvelles communautés mais afin de réduire le potentiel d’anéantissement dont dispose le pouvoir en ce monde. C’est peut-être la seule chance qu’ait l’être humain de pouvoir un jour se conduire comme un homme parmi les hommes, de pouvoir redevenir la joie et l’ami des ses semblables ».

Sliver – Dead President$

Si l'on en revient à l'album en lui-même, s'il s'amorce avec une introduction qui donne le ton (les protestataires du mouvement Occupy et Tom Morello), Dead President$ entre dans le vif du sujet en évoquant la dictature de l'argent et de la déshumanisation du monde ; que ce soit bien clair, cette chanson est une petite merveille, à la mélodie entêtante, au rythme enivrant et aux paroles offensives. The Invisible Committee est dans la même lignée : avec ses « we are invisible, we are invincible », elle se réfère à « L'insurrection qui vient », essai politique de 2007. The Future innove avec le piano présent dans son intro, mais niveau intro, c'est sûrement Small Is Beautiful qui marque le plus (les mots de Naomi Klein à propos du mouvement Occupy). The Quiet Riot est un interlude menant à une deuxième partie d'album toujours aussi électrique : Polaris, We Shall Live et Bring Down The Casino ne relâchent aucune énergie contestataire, puisant une ardeur à la Refused sans pour autant s'y confondre.

Ce nouvel opus se clôt sur une reprise, moins incisive auditivement parlant, mais loin d'être anodine : quel meilleur choix que de donner sa version du Partisan (la version bilingue de Leonard Cohen), symbole prégnant de la résistance durant la 2nde Guerre mondiale. Belle adaptation, belle conclusion, logique et sans fioritures.

Disobey Giants est sans doute encore plus abouti que son prédécesseur ; Sliver est engagé et engageant, prouvant encore une fois que « résister c'est créer, et créer c'est résister » ; Sliver met des mots sur les maux, écrit à propos des vérités plutôt que des slogans (à la Strummer) et emploie encore et toujours avec brio « la musique comme une arme ».

Sliver - Disobey Giants
4.0Note finale
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