Aline

Aline


L’histoire aurait pu être complétement différente. Les types font figure de cible parfaite : voilà que des Marseillais plus ou moins d’adoption (déjà…) se décident à chanter en français sur des mélodies qui font des clins d’œil à une certaine définition de la pop. Mais vu le calibre des chansons, vu le spleen qui se dégage des textes de Romain Guerret, les traditionnels « haters » ont mangé leur chapeau. Et leur clavier. L’album du groupe a réussi à mettre d’accord les gaziers de l’Humanité et les snipers du Figaro. Un petit miracle à lui tout seul.

Aline

Quelques heures avant leur concert à La Lune des Pirates, l’ensemble d’Aline répond à quelques questions. Et évoque les cathédrales françaises et la pop italienne.

Comment se passe la tournée ?

Romain Guerret : Elle se passe bien. Nous voyons du pays et des cathédrales.
Arnaud Pilard : On a déjà réalisé 10-15 dates. C’est une vraie tournée pour le coup avec des dates qui se suivent et s’enchaînent. Le groupe prend du galon et devient meilleur. C’est comme cela que le groupe progresse.
Romain Guerret : Et on pourra sortir un guide touristique des cathédrales.

Êtes vous surpris de l’unanimité de la critique qui règne autour de votre disque ?

Romain Guerret : Il faut passer outre les critiques… Sinon c’est insupportable.
Mais les médias télés, généralistes nous ont fait de très bonnes critiques.
Arnaud Pilard : On pensait se faire casser et en réalité non.

Vous définissez Aline comme une petite ville de province. Ne serait-ce pas plutôt la ville de l’Utopie, lieu de la recherche de la pop song parfaite ?

Romain Guerret : On est toujours à la recherche de la pop song parfaite. Aline, c’est un cadre, une image. Où il peut se passer une vraie ou fausse histoire.
C’est une petite ville, où il ne se passe pas grand chose. Une ville comme Laval. L’ennui aboutit à faire de la musique.
Pour quitter le marasme, tu crées un groupe. C’est l’archétype du groupe de rock.
Romain Leiris : L’imaginaire envahit les lieux. Un peu comme dans le camion où la musique domine l’espace.
Arnaud Pilard : On aime les lieux, les espaces. Mais à cause du planning de la tournée, nous n’avons pas le temps de visiter les villes.
Romain Guerret : Un cadre géographique aide à écrire. On aime bien ce coté « vieille France ».. C’est l’image d’un vase où fanent de vieilles fleurs. Cette beauté surannée conditionne la musique.
J’aime bien les villes comme Tours, Laval.

Comment il faut comprendre le titre de l’album ? C’est Aline qui regarde le ciel ou l’auditeur qui se doit de le regarder ?

Romain Guerret : C’est un conseil au personnage. Il se dit « Comment je peux m’en sortir ? ». Le ciel est un symbole d’espoir.
Le ciel, c’est l’apaisement et l’ataraxie. Il permet de prendre de la hauteur et de regarder les êtres humains.
Il peut aussi représenter la mort.
Romain Leiris : C’est un titre ouvert.
Romain Guerret : Il y a deux fins possibles à l’album. C’est à toi de faire le choix.

Est ce que le titre Teen Whistle est une référence directe aux Pogues ? J’ai cru comprendre que vous étiez fan de ce groupe…

Romain Guerret : Les Pogues, c’est formidable, c’est le romantisme blessé. C’est comme ça que j’ai commencé le rock. Lors d’un voyage en Angleterre pour un échange linguistique, un pote avec une cassette des Pogues. Je devais avoir 14 ans.
Les Pogues, c’est le coté épique, les landes, l’Irlande déchirée.
Et puis Shane MacGowan, c’est un putain de chanteur. Comme Frank Black ou Morrissey.
Arnaud Pilard : Il y avait un tin whistle dans le studio. On a enregistré quelques notes. C’est le fruit du hasard, il n’y a pas de calcul de notre part.
Après on aime les Pogues, le chant habité de Shane MacGowan.
Romain Leiris : Je suis un gros fan des Pogues. Tu imagines Shane MacGowan accoudé au comptoir quand tu écoutes les disques… Mais le type est vachement carré. Le chant est parfait.
Romain Guerret : Je me les suis farci les Pogues. Aujourd’hui, je m’écoute les quelques morceaux ici ou là, je me fais des compilations.

Vous pouvez nous expliquer le choix de reprendre la chanson « C’est bidon » d’Alain Souchon ? On vous attendez plus sur une reprise de Gamine par exemple ?

Romain Guerret : Évidemment c’est un contre-pied.
Arnaud Pilard : Nous avons fait une émission sur France Inter. On voulait reprendre un titre de Gamine mais ce n’était pas assez grand public pour eux. Donc on a choisi cette chanson d’Alain Souchon. On voulait déjà la reprendre avant.
Romain Guerret : Et puis c’est une très bonne chanson. On a aussi une chanson de Murat « Tout est dit ».

Vous êtes un peu comme Noel Gallagher (gloups…) avec la scène française pop des années 80. Vous avez un espèce de rôle de passeur avec des groupes comme Gamine, Les Fils de Joie, les Désaxés ?

Romain Guerret : La France n’est pas juste avec certains de ses groupes.
On connaissait Gamine, pas les Désaxés. Alors on creuse. Il y a plein de groupes qui chantent en Français qui sont de qualité.
Arnaud Pilard : C’est pénible la rengaine du rock français pas bon…
Romain Guerret : Mais tant mieux si des gens découvrent ces groupes grâce à nous.

Votre disque fait penser aux Cure, aux Smiths mais aussi à Felt. Vous êtes comme Lawrence ? Vous avez un programme et des projets de conquête mondiale ?

Romain Guerret : Nous n’avons pas de programme. Le meilleur moyen de se planter, c’est d’avoir un programme. Surtout quand tu vois comment Lawrence en chie aujourd’hui.
Arnaud Pilard : Quand tu vois tous les produits Universal…. Les budgets… C’est même pas dit que cela fonctionne. Donc nous voulions une voie différente. On a formé ce que l’on voulait.
Romain Guerret : On va sortir un deuxième disque. Un disque qui claque. Un peu présomptueux pour conquérir un plus grand public. Mais d’une teneur complétement différente par rapport à « Regarde le ciel ».

Quelle éducation musicale as tu reçue ?

Romain Guerret : Ma mère écoutait les Beatles, Brassens. Mon père Joe Dassin.
Quant à ma sœur, elle écoutait Madonna, Wham. Et Daho évidemment.
Adolescent, je n’arrivais pas à dormir donc j’écoutais la radio toute la nuit. NRJ, des grosses radios…
Mon enfance a été bercée par Barbara et Julien Clerc. Mais cette idée de tube des années 80 est un fil rouge pour moi.

TOP 10

1) Le meilleur disque de 2013 ? Le pire disque de 2013

Vincent Pedretti : Les reprises de France Gall par Jennifer.
Romain Guerret : Woodkid mais tout le monde lui tombe dessus. Le meilleur ? Girl’s name. Ou Wampire. J’ai entendu trois quatre chansons, c’est pas mal.
Arnaud Pilard : Il est pas encore sorti ce disque…
Romain Guerret : Oui mais déjà, quand tu arrives à aimer une ou deux chansons sur un album, c’est énorme.

2) La meilleure place dans une salle de concert ?

Romain Guerret, Romain Leiris et Vincent Pedretti : Dans la fosse, devant.
Arnaud Pilard : Près de la console, pour le son.

3) Si Aline était un film ?

Romain Guerret : Mes Petites Amoureuses de Jean Eustache.
Vincent Pedretti : Un film de Tati.
Romain Guerret : Un film de Tati ?
Vincent Pedretti : Si, pour le coté formel, enfantin. C’est très cadré et structuré.

4 )Le refrain ultime ?

Romain Guerret : Sarà perché ti amo de Ricchi e Poveri.
Arnaud Pilard : Ancora Tu de Lucio Battisti. Les mecs qui ont fait ça, en studio, ont du se dire qu’ils avaient trouvé un sacré truc.

5) Le festival de vos rêves ?

Romain Guerret : C’est compliqué. On pourrait l’appeler…
Romain Leiris : « Comme dans un festival pop ».
Romain Guerret : Oui ou ‘Tous nos potes ». On inviterait Motorama, John Maus, Marc Desse.
Arnaud Pilard : Et Alex Rossi.
Romain Guerret : Et des potes comme The Wake ou les Manson’s child.

6) Le chanteur des 80’s avec qui vous voudriez boire un verre ?

Tous : Shane MacGowan.
Romain Leiris : Oui enfin là tu prends une cuite…
Romain Guerret : Tu prends une cuite.

7) Si vous deviez tourner un film sur un groupe de rock vous choisissez ?

Romain Guerret : Les Pistols… Les Clash… C’est déjà fait. Les Buzzcocks.
Romain Leiris : Ou sinon sur les Pixies.
Romain Guerret : C’est déjà fait. Gigantic. Non les Buzzcocks.
Arnaud Pilard : C’est bien les Buzzcocks. Mais un documentaire ? Un film ?

Comme vous voulez.

Romain Leiris : Sinon le Velvet pour une fiction.
Arnaud Pilard : On prend qui pour jouer Lou Reed ?
Romain Guerret : Le Velvet pour une fiction, les Buzzcocks pour un rockumentaire. Goldorak sinon mais ce n’est pas très rock.

8) Le métier de l’industrie que vous ne comprenez pas.

Tous : Directeur Artistique.
Arnaud Pilard : Il s’agit de types qui sortent d’écoles de commerce. C’est déplorable. On en a croisé certains. Ils ne comprennent rien.

9) Votre disque honteux ?

Romain Guerret : Aucun. Même si tu aimes une chanson de Shakira ou de Sheila, c’est qu’il y a quelque chose..
Ah si peut être une chanson de Frankie Goes To Hollywood : Welcome to the Pleasuredome.
Arnaud Pilard : Peut être un disque d’Elton John.

10) PSG ou OM ?

Tous : Alors là rien à foutre.
Romain Guerret et Arnaud Pilard : Allez, Saint Étienne pour notre tourneur.
Vincent Pedretti : Strasbourg sinon.