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Chris Garneau sur les ondes

On avait découvert l’attachant Chris Garneau avec Music for tourists et un concert à emporter magique où il faisait taire progressivement les conversations d’un bistrot parisien en reprenant en apesanteur le Between the Bars d’Elliot Smith.

Revoilà donc le globe trotter funambule, le hobbit francophile, bostonien d’origine avec son nouvel album, El Radio, encore plus riche dans les arrangements que son prédécesseur, mêlant voix, orgues en tous genres, cordes, percussions, cor, trompette, boites à musique ou encore harmonica, accordéon et flûte.

Ce little big man vous touche au cœur, constamment sur le fil de l’émotion. Sa voix frémit, vous frole, ondule, palpite, vibre, suspend le temps. Les silences sont aussi importants que les notes cristallines de son Fender Rhodes. Les mots s’égrènent, entre spleen et idéal. Il distille ses chansons comme autant de polaroids qu’il affectionne tant, autant de tableaux d’une exposition de son for intérieur. Il chuchote ses comptines acides et acidulées comme un entomologiste de l’âme. Sa pop rêveuse et introspective devient cathartique au fil des écoutes. Ce second disque est sans doute plus badin que le précédent, avec le sautillant Dirty night clown et ses pizzicati ou le rigolard et ‘paradesque’ No more Pirates, l’enjoué Fireflie et ses claquements de doigts ou ses glissando au violoncelle,  l’enfantin, Over and over et ses fuckin’ t’ing ou encore le swingue malicieux de Cats & Kids avec son refrain romantique et désabusé, She is not coming back…

La mélancolie élégiaque est bien sûr toujours présente dans les valses lentes comme sur Raw & awake ou sur le jazzy Hometown Girls, I’m sorry mum s’excuse t-il sur un filet de trompette dans Things She Said. La diction peut peut être énerver certains mais la sincérité est bien présente, il convainc avec le motif récurent de la croche pointée double claudicante qui irrigue l’album comme si ce voyageur solitaire et vulnérable tombait et se relevait sans cesse. Le disque se clôt sur une Black hawk walz, mini symphonie en apnée au fond de la piscine qui donne vraiment envie de s’immerger avec ce farfadet tendre et espiègle.

El Radio (Absolutely Kosher / Fargo) sort le 15 septembre.

Chris Garneau sera en concert aux Nuits de Fourvière à Lyon le 22 juillet avec Howard Hughes et Cocoon.

Chris Garneau - El Radio

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Tracklist : Chris Garneau - El Radio
  1. Fireflies (french version)
  2. The Leaving Song
  3. Dirty Night Clowns
  4. Raw and Awake
  5. Hands on the Radio
  6. No More Pirates
  7. Fireflies
  8. Home Town Girls
  9. Over and Over
  10. Cats and Kids
  11. Lucioles En Ré Mineu
  12. Things She Said
  13. Pirates Reprise

Plus d’informations : http://chrisgarneau.com/.

Chris Garneau sur les ondes5.0
10/10
Lyonnais qui revendique sa mauvaise foi car comme le dit Baudelaire, "Pour être juste, la critique doit être partiale, passionnée, politique...", Davantage Grincheux que Prof si j'étais un des sept nains, j'aime avant tout la sincérité dans n''importe quel genre musical...
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