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Björk – Vulnicura

Björk - Vulnicura

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Björk – Vulnicura

Originellement prévu pour Mars le dernier Album de Björk, Vulnicura a « leaké » et voit sa sortie avancée au 20 janvier. Du coup qu’en est-il de ce nouvel opus que la chanteuse définit comme un retour au Songwritting traditionnel. Bon de ce côté là, alerte spoiler, traditionnel, c’est peut-être pas le mot.

Björk

Dès le début de l’album on comprend qu’il ne s’agira pas là d’une écoute aisée, rendue possible par la simple ouverture de notre ouïe. On comprend qu’il faudra un peu plus qu’une paire d’oreilles pour se confronter à ce son là, à ce chant désossé, sans pareil. On connaît Björk depuis de nombreuses années, on connaît son génie mais à chaque fois, bêtement, trivialement, on se dit : qu’est-ce qu’il fout le violoniste, il se sent mal ? … c’est absurde mais c’est humain, c’est là qu’encore une fois, se profile une chose, une idée, il y a Björk et y’a le reste.

Vulnicura est une autopsie des tréfonds, une analyse, un constat de deux êtres, à ceci près que cette autopsie n’a pas pour but de disséquer le corps froid mais dans faire ressortir la vie, par les entailles, ce qu’il en reste, dans la peau vide.
Dès Stone Milket son chant ressemble à la voix d’une femme amoureuse qui ne trouve pas exactement les mots pour retenir ou faire partir celui qu’elle aime, qui cherche, hésite, souffle, retrouve sa candeur, la perd, devient finalement éloquente, à la lumière de vieux souvenirs. Tant de choses se passent.
Le chant de Björk a ceci de glaçant qu’il nous empêche d’attendre, comme à l’habitude, les salves successives couplets/refrain, de s’y préparer, pour ne pas être surpris et renversé. Peut-être nous rappelle-t-elle au détour de cette oeuvre à quel point la musique ambiante est parfois confortable, compréhensive envers son auditeur, pas dérangeante.

Ici, c’est : reptation lente des claviers, sons d’outre-monde, d’abord invisibles, inaudibles puis apparaissant d’un coup et devenant impossible à ignorer dans ce qu’ils ont d’infiniment litaniques, de souverains. Comme une aube arctique, tout semble venir d’en bas, lentement, tout semble sourdre et apparaître, pour éblouir, pour apaiser, éblouir sombrement parfois, comme dans le terrifiant Family qui ne s’érige que pour créer son propre surplomb, d’où il se jettera plus tard. Ce que Vulnicura rappelle aussi, si cela était nécessaire par ses arrangements de violons hallucinants, c’est que l’ami à quatre cordes n’a pas pour seule vocation d’être un gentil ornement émouvant mais aussi qu’il a une palette profonde, de grincements, de frappements, de battements…
En d’autres temps et d’autres albums on pouvait se demander si elle se foutait pas tout simplement de notre gueule avec cette manière, parfois, de nous dire : t’es pas d’mon monde toi, qu’est-ce tu fous là ?
Mais Vulnicura est assez féerique et mystérieusement beau pour qu’on ne reste pas simplement dans le vestibule, son oreille à la main, à se demander où la poser. A la place on atteint cette sorte de perplexité songeuse, cet envie de capter les nuances, de les faire siennes ; il ne s’agit pas de tout comprendre, de tout posséder, dans cette création là, car on ne saisira finalement que les notes assez curieuses et peu farouches pour s’être approchées de notre crâne hébété ; les autres, continueront de flotter dans cet entre-deux-mondes qui existe entre la musique de Bjork et notre perception…
Album extraordinairement humain de Bjork, Vulnicura, revient après une décennie de musique plus cryptique pour nous parler de sensation d’homme et de femme, sans violence mais avec une puissance rare. Une évidence finalement, malgré l’expertise, la précision, la complexité.

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