Nouvelle signature du label Vietnam, O publie son premier album solo en ce début d’année. Derrière O se cache Olivier Marguerit, membre de Syd Matters et fine gachette du paysage musical français. Un disque de Mina Tindle ? Il le produit. Le disque sensationnel de Stéphane Milochevitch alias Thousand ? Il tient la basse dessus.

Ces derniers temps, la marée s’est retirée emportant O dans les grands fonds. Il en ressort un tsunami pop où O se joue des formats, des mélodies et des convenances. Un torrent, la boue parle donc en toute pudeur de l’univers intime de ce trentenaire et entraîne dans ses remous mélodieux l’auditeur. Un torrent, la boue est un de ces disques qui ne savourent pas à la première écoute mais qui se découvre encore à la trois millième.
Et comme souvent, c’est avec les choses les plus simples qu’on obtient le meilleur résultat. O a mis deux ans à faire ce disque. Ces vingt-quatre mois ont déposé une patine sur les morceaux (La Rivière et Bébi notamment) et donnent une limpidité à un propos pop aussi complexe que singulier.

Comment ressens-tu le fait de sortir un disque en solo ?

Olivier Marguerit : C’est un peu étrange. J’ai l’impression d’avoir vécu déjà plein de sorties de disques avec mes groupes mais pas de cette façon. C’est très différent.
Pour l’instant, c’est très très cool. C’est une petite sortie, il n’y a pas une pression folle sur mes épaules. J’ai l’impression que cela s’est construit de manière assez simple et très progressive donc je n’ai pas une attente dingue des personnes.
Ce qui agréable est que pour l’instant j’ai des bons retours presse.
Pour l’égo c’est chouette, je ne sais pas si ça sert à faire vendre des disques mais pour moi c’est chouette. Souvent les gens de la presse écoutent peut-être un peu mieux les disques que les autres, ils essayent de comprendre ce que tu fais donc le retour est important pour quelqu’un comme moi qui suis resté pendant deux ans seul. D’un seul coup tu as des gens qui te disent « J’aime bien ce que tu fais… ».
C’est chouette.

Tu les lis les critiques ?

Olivier Marguerit : J’ai lu vite fait l’article des Inrocks en diagonale. Je ne veux pas trop savoir, ne pas trop me rendre compte de ce que la presse en pense. Je ne sais pas si une mauvaise critique me ferait du mal. Je ne sais pas. Disons que j’essaye de m’en détacher. Et puis cela fait assez longtemps que je fais de la musique donc je sais comment les choses fonctionnent. Des gens se sentent obligés de bien aimer, des gens qui naturellement n’aiment pas. Ils n’aiment pas ton image, ce que tu représentes.

Tu avais des modèles de disques solo ?

Olivier Marguerit : Des disques solo je ne sais pas mais des disques oui. Il y a l’album Rock Bottom de Robert Wyatt. Ce disque est fantastique car il s’autorise plein de choses qui sortent d’un format commercial. Les morceaux s’enchainent et tu as l’impression de rentrer dans une sorte de narration quand il commence son album. J’aime bien cela, ça m’intéressait. Sur mon premier disque, je voulais travailler des formats un peu différents. Dans tous les cas, je ne voulais pas être que sur des pop songs. Du coup, ces disques qui offrent un format étiré, une nouvelle forme m’ont intéressé.
Il y a ce disque de Robert Wyatt… Et un disque de Todd Rundgren, A Wizard, a True Star, un disque très bizarre où il fait un medley de ses chansons. Tu rencontres une entité très étrange, très particulière.

Sur mon premier disque, je voulais travailler des formats un peu différents. Dans tous les cas, je ne voulais pas être que sur des pop songs.

Pourquoi avoir fait le choix de l’enregistrer seul, dans ta cave ?

Olivier Marguerit : Cela c’est fait comme ça. Sans label, sans entourage, sans argent… C’était naturel pour moi de le faire à la maison. J’allais à mon studio et voilà. Les choses se sont construites de manière très empirique. Il y a qu’à la fin de l’enregistrement, j’en avais un peu marre des fausses batteries. Je suis donc allé en studio avec mon batteur, Jérôme Laperruque, faire des parties de batterie.
Mais très clairement, 90 % de ce qu’il y a sur le disque a été fait dans ma cave.

Et comment as-tu rencontré le label Vietnam ?

Olivier Marguerit : J’ai connu Vietnam grâce à de deux mes amis qui sont signés dessus. H-Burns et Pharaon de Winter. C’est un label cool qui a signé mes potes et pas mal de monde me disait de faire écouter à ces gens ce que je faisais. « Ils adorent ce que tu fais, vas-y, fais leur écouter ». Moi je ne les connaissais pas plus que ça donc je disais « ok, oui, ok… ».
Cela ne se faisait pas et régulièrement on me disait de faire écouter mon travail à Franck, le boss du label.
Et un jour un mec m’a dit : « Mais vraiment, va leur faire écouter ! ». J’ai mailé Franck et on s’est vu dans la foulée et on a fait affaire en cinq minutes.

Comme pour Pharaon de Winter !

Olivier Marguerit : Oui, car ils ont ce truc là, ils y vont à l’envie. C’est un label qui est en train de construire son catalogue. Et au lieu de regarder les charts et de scruter ce qui va marcher, ils signent les groupes qu’ils aiment bien. Ils te laissent du temps.
C’est génial pour H-Burns, Pharaon de Winter et moi car ceux sont de vrais passionnés.
On verra ce que cela devient dans le temps. Après tu as les contraintes de labels qui te tombent dessus.
Les premières années sont très « golden years » et après tu as un petit retour du style « on a perdu pas mal d’argent sur ce disque là donc on va arrêter de faire dans l’expérimental et tu vas arrêter de chanter en indien ».

O – Mon Echo

Quand est née l’idée de faire ce disque ?

Olivier Marguerit : J’ai l’impression que ce disque est la fin d’un cycle plus que le début de quelque chose. Ça a été le début de quelque chose car j’ai commencé il y a deux à sortir des chansons sous la forme d’EP uniquement en vinyle.
Arrivé à ce disque, c’est la fin de ce parcours, de ces deux EPs. J’ai repris des chansons des EPs que j’ai retravaillées et j’ai créé de nouvelles chansons. Ce disque c’est le point final de toute cette période là. A un moment j’en avais marre de créer des EPs dans mon coin, un entourage se créait… J’aurais pu continuer à sortir des EPs mais ça me gavait donc j’ai franchi le cap. J’en ai parlé à Vietnam, j’ai de quoi sortir un disque… Je voulais prendre ce risque. Cela fait des années que je fais de la musique, je suis identifié par certaines personnes mais ce projet là, il arrive de nulle part. Maintenant, il faut faire vivre cet album.

Et la pochette ?

Olivier Marguerit : La pochette… Les premiers EPs avaient en guise de pochette des peintures. J’ai demandé à plein d’amis de faire des portraits de moi à partir de photos. J’ai eu des peintures, des dessins, des aquarelles. Et j’ai hésité longtemps à la dynamique de ces peintures.
Il fallait marquer le coup. J’ai choisi d’utiliser cette photo que j’avais faite avec un duo de photographes qui s’appelle Frankie & Nikki. Je l’ai confié à un mec qui s’appelle Chevalrex, qui est graphiste et qui a déjà travaillé pour Vietnam. Il fait plein de pochettes. Il a fait celle d’Arlt récemment et la pochette de H-Burns. C’est lui qui eu l’idée de faire cette pochette avec cette photographie dans une sorte de cartouche avec ce N&B un peu à l’ancienne qui donne un coté peut-être un peu jazz.

Un peu seventies même…

Olivier Marguerit : J’aime bien. Cela m’a vraiment interpellé car c’était une proposition assez forte.

Et pourquoi ce titre, Un torrent, la boue ?

Olivier Marguerit : C’est le titre d’un morceau de l’album qui est pour moi un morceau assez important parce que. Quand j’ai commencé à enregistrer ce disque j’ai voulu me concentrer sur les structures des morceaux. Je voulais sortir du schéma couplets-refrains. L’idée de départ était de faire des morceaux circulaires. En gros, je commence par un A, puis un B, un C… Et je reviens au début. Sur ce disque, il y a un morceau de cette première idée qui est resté, c’est Un torrent, la boue. Le début de ce morceau c’est la fin. Il ne revient jamais en arrière. De plus ce morceau raconte l’histoire de mon ancêtre, Jean Sébastien Challard. Il symbolise pas mal de choses pour moi. Il y a la structure et comme il est beaucoup centré sur moi (il parle de la paternité)… Bref j’ai voulu appeler mon disque ainsi.

O – Mon Echo

J’allais venir au fait que ce disque est centré sur toi, sur ta compagne et ta fille. Il a un coté très « comptine » à ton disque.

Olivier Marguerit : J’aime bien les comptines. Je voulais que ce disque possède un côté assez clair.

Limpide ?

Olivier Marguerit: Oui limpide, avec les mélodies très en avant et pas perturbées par les choses.
C’est un disque où il est question d’eau… Un torrent, la boue, j’aime bien ce coté ambivalent avec un torrent, ce coté fluide, et la boue, le coté stagnant, sombre. Cela crée une sensation.

Et quelle est l’histoire de My heart belongs to you ?

Olivier Marguerit : En fait, c’est le seul morceau où je me suis dit qu’il manquait quelque chose sur ce disque. Il manquait quelque chose de léger, une pop song. Je trouvais mes morceaux un peu compliqués et il me fallait quelque chose de léger dans l’architecture de l’album. Je me suis dit qu’il fallait quelque chose qui roule. J’avais cette chanson dans ma besace et je voulais la produire. J’étais obsédé par l’album Wish de The Cure à l’époque où j’ai enregistré ce disque. Je me suis dit que j’allais lui donner ce coté là. Je voulais lui donner un coté The Cure, un coté léger et souriant mais qui pleure en même temps. Je voulais vraiment faire une pop song jolie. Cette chanson vient de cette envie là.

J’essaye de faire quelque chose d’honnête…

Et tu les écris à quel moment de la journée tes chansons ?

Olivier Marguerit : J’en sais rien. Souvent je traîne beaucoup de bouts de morceaux pendant des mois. Puis je commence à les organiser. Souvent une phrase, un bout de mélodie colorent le tout.

Le texte toujours après la mélodie ?

Olivier Marguerit : Oui très souvent.

Tu as donné ton premier concert au Silencio ? Une tournée est prévue ?

Olivier Marguerit : Ce n’était pas le premier. Mais oui, une tournée est en train de se mettre en place. Un concert est calé à La Maroquinerie. Ce sera le 29 mars 2016.

Et quel effet cela te fait de jouer ce disque sur scène ?

Olivier Marguerit : C’est assez excitant. Sur scène on est trois. J’ai trouvé deux mecs qui gèrent tout sur scène. Moi j’ai juste ma petite guitare et eux reproduisent tout le reste. C’est très chouette. Ils sont hyper solides. Et ils sont marrants.

Peux-tu définir ce disque en un seul mot ?

Olivier Marguerit: Hum… Aventureux. Oui aventureux. Je l’espère. J’essaye de faire quelque chose d’honnête, de faire des choses qui ne sont pas standardisées et qui soient proches de moi. Je n’ai pas hésité à prendre des partis-pris assez marqués.

TOP 10

Ton album préféré de 2015 ?

Olivier Marguerit : Je ne me souviens pas. Ah si! Le dernier Avi Buffalo.

Le disque qui va forcément te décevoir ?

Olivier Marguerit : Le disque de Renaud. J’ai beaucoup aimé quand j’étais jeune… Il risque de ne pas être à la hauteur de mes attentes.

Le disque que tu attends le plus ?

Olivier Marguerit : Le disque de Renaud. Sinon j’attends beaucoup le disque de Ricky Hollywood. C’est un type avec qui je joue… J’ai attendu quelques bouts et c’est génial. L’ensemble devrait être top.

Le meilleur endroit pour voir un concert ?

Olivier Marguerit : J’aime bien Le Point Éphémère car j’y ai vu des super concerts. C’est l’endroit où la programmation me plait le plus et c’est aussi l’endroit où j’ai le plus joué.

Le meilleur endroit pour faire un concert ?

Olivier Marguerit : J’ai eu la chance de faire L’Olympia avec les Syd Matters et j’avoue que cet endroit est cool. Je ne sais pas si c’est le meilleur endroit pour faire un concert mais l’endroit est tellement prestigieux pour ta famille, ton entourage.

Et quelque chose de moins prestigieux… Ton disque honteux ?

Olivier Marguerit : Les Dix Commandements. J’en parlais encore ce week-end avec une amie. Bon je ne l’écoute pas souvent.

Ta B.O préférée ?

Olivier Marguerit : J’aime beaucoup la B.O du Grand Bleu qui m’a pas mal inspiré pour ce disque. Le morceau Plonge Dans L’eau est une référence au Grand Bleu.

Le producteur de tes rêves ?

Olivier Marguerit : Je crois que j’aimerais faire un disque avec Sufjan Stevens.

Le métier de l’industrie musicale que tu ne comprends pas ?

Olivier Marguerit : Je comprends de moins en moins la place d’un manager. Mais le manager à l’ancienne. Celui qui se contente juste d’entourer les musiciens qui pour le coup ont de moins en moins d’argent. Je crois surtout que je comprends de moins en moins l’industrie musicale.

Et si tu pouvais créer un festival? Quel nom lui donnerais-tu? Quels groupes inviterais-tu ?

Olivier Marguerit : Je fais un festival autour de l’eau. J’installe une scène sur l’eau et les groupes plongent quand ils attendent de jouer.
Il y a très longtemps, quand j’étais un enfant et que j’allais à la plage avec mes grands-parents, j’avais envie de voir un concert avec une scène sur l’océan.
Et j’invite Tame Impala. Je les ai vus l’année dernière en festival et ça a rempli toutes mes attentes.

O - Un Torrent, La Boue

Un torrent, la boue d’O sera publié le 29 janvier 2016 via Vietnam/Because Music.
O sera en concert à La Maroquinerie (Paris) le 29 mars 2016.

O - Un Torrent, la boue

Tracklist : O - Un torrent, la boue
  1. L'odeur Du Coton
  2. La Rivière
  3. Répéter/Disparaitre
  4. 4 My Heart Belongs To You
  5. Plonge Dans L’eau
  6. Mon Echo
  7. Bebi
  8. On The Run
  9. Un Torrent; La Boue
  10. A Kiss

Pouet? Tsoin. Évidemment.
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