L’année 2017 devrait être sans conteste l’année d’Anne Darban. En quatre morceaux, elle arrive à réconcilier les amoureux de Delerm et les fanatiques de pop indie. C’est dire elle était attendue.

Nous avons rencontré Anne Darban dans un café de Montmartre. Avec des mots bien sentis, elle a su merveilleusement bien décrire ses petites comptines pop qui enchante l’hiver naissant.

Montgolfière

Pourquoi as-tu appelé ton EP Montgolfière ?

Anne Darban : Le titre qui a donné naissance à cet EP s’appelle Montgolfière. Il en a été le point de départ et j’ai ensuite réuni des titres qui prolongeraient ce morceau. Il a été le fil conducteur pour aborder cette thématique liée au rêve, à l’envie d’évasion et au voyage intérieur. Je voulais une certaine cohérence entre les morceaux.

Anne Darban – Montgolfière

Et cette pochette ?

Anne Darban : J’ai rapidement imaginé une pochette très graphique. J’aime la photographie, mais je ne visualisais pas de photo comme support visuel à cet EP. Je ne voulais pas que ce soit trop « enfantin », « cliché » avec un dessin de montgolfière, qui n’évoquerait rien d’autre que le titre. J’ai donc travaillé avec une graphiste. On s’est concentré sur l’équilibre entre le réel et l’imaginaire, qui est une des thématiques récurrentes de ces morceaux. Il y a donc des nuages en noir et blanc, des formes abstraites et géométriques. Ce petit symbole, de la goutte inversée, peut faire penser à la montgolfière. L’idée des pointillés et des traits liants renvoie à l’idée de mouvements, de rythmes.

Qui a réalisé cette pochette ?

Anne Darban : C’est une graphiste de Caen, car je viens de Normandie, qui s’appelle Angélique Andrillon. Je l’ai rencontré par ma photographe, Solveig Robbe. En découvrant son travail, j’avais adoré son esthétique. Je voulais un univers graphique singulier. Je lui avais transmis quelques inspirations notamment des affiches réalisées par un studio (concepcion studio) autour des films de Wes Anderson dans un style rétro minimaliste.

Et comment as-tu rencontré Benoit Guivarch ?

Anne Darban : C’est la rencontre qui m’a permis d’avancer dans le projet. A l’époque je tenais un blog musical où je faisais des chroniques et des interviews. J’avais interviewé Le Noiseur. Je lui avais demandé un peu d’aide pour les arrangements de mes morceaux et il m’avait mis en contact avec Benoit avec qui il avait travaillé. On a rapidement eu envie de travailler ensemble. Nous avons des univers musicaux assez proches. Nous aimons notamment des groupes indé et une certaine pop anglo saxonne, assez épurée, un peu mélancolique.

Laquelle ?

Anne Darban : Syd Matters, Peter Von Poehl, The National, Mina Tindle. Mes morceaux n’étaient qu’en piano/voix à l’époque et les arrangements de Benoît leur ont permis de s’inscrire dans ce type d’univers et de s’enrichir.

Oui, je voulais quelque chose de véritablement pop. Je me suis vraiment concentrée sur les mélodies, sur des refrains qui restent.

On écoutait quoi chez toi quand tu étais petite ?

Anne Darban : Il y avait Voulzy, Souchon et Daho. Et des choses plus rock aussi comme les Stones, les Beatles.

C’est étonnant, car tes chansons sont très « catchy ». On rentre immédiatement dedans. Il y a un coté pop très assumé.

Anne Darban : Oui, je voulais quelque chose de véritablement pop. Je me suis vraiment concentrée sur les mélodies, sur des refrains qui restent. Je voulais quelque chose de très mélodique.

Et pourquoi chantes-tu en français ?

Anne Darban : Je ne parle pas très bien anglais. C’est la première raison. Je ne me verrai pas écrire en anglais. L’écriture en français puis le chant en français me viennent plus naturellement.

Anne Darban
Anne Darban (Fujifilm Instax Mini Monochrome)

A quel moment de la journée écris-tu tes chansons ?

Anne Darban : Il n’y a pas de règles. J’ai toujours des carnets sur moi. Souvent, les idées viennent de l’extérieur. Je vois une affiche de film ou une publicité, j’y pioche un mot une image, et me vient une idée que je note. Souvent c’est en marchant en écoutant de la musique que des idées viennent. Ensuite, je reprends ces notes et je travaille sur les mots, leurs sons, avant de me pencher sur le sens à donner à la chanson. Maintenant je travaille souvent les textes et la musique ensemble.

Pourquoi ton EP est-il composé uniquement que de quatre titres ?

Anne Darban : Je voulais que ce disque sorte assez rapidement. Quand nous avons parlé d’enregistrer cet EP avec Benoit, j’avais d’autres morceaux également. Mais nous avons décidé de travailler uniquement ces quatre titres. Pour leur cohérence, le fil conducteur qui s’est rapidement créé entre eux. J’avais la sensation qu’en ajouter un autre rendrait l’ensemble moins harmonieux.

Microcultures

Comment t’es tu retrouvée sur Microcultures ?

Anne Darban : Je cherchais une plate-forme pour lancer une campagne de financement participatif. Laura m’a parlé de Microcultures. Je connaissais un ou deux artistes de leur catalogue comme Gisèle Pape et Pauline Drand. J’ai trouvé qu’il y a avait une cohérence artistique. Cela a été un coup de coeur ! J’avais moi même envie de découvrir des projets sur leur plate-forme.

Track by Track

Montgolfière

Anne Darban : Cette chanson a un an. Elle a été écrite très rapidement, en un jet. D’habitude, je reviens sur mes chansons… Je l’ai jouée pour la première fois en public lors d’un concert aux Trois Baudets, en piano voix. J’ai eu plusieurs retours du public sur cette chanson après le concert, elle avait beaucoup plu ! Elle est plus lente que les autres, plus mélancolique aussi… C’est peut être plus difficile de la mettre en avant mais j’ai bien aimé ce parti pris de ne pas verser dans la facilité. Les images sont venues très vite aussi. Alors j’en ai parlé avec Célia Garnier (Celisaby) avec qui je projetais de faire un clip et on a bossé dessus. Donc la voilà en clip.

Anne Darban – Montgolfière

Descendre la lune

Anne Darban : Celle-ci, c’est l’inverse. Elle existe depuis trois ans environ et j’y suis revenue plein de fois. Le point de départ c’était le jeu de mots sur « décrocher la lune » au sens de faire l’impossible pour quelqu’un et de « descendre la lune » qui me semble marquer la fin d’une histoire peut être par désillusions. Après avoir écrit Montgolfière, ce projet d’évasion, j’y ai vu du sens. Elle a mis du temps à aboutir. C’est aussi grâce à Benoit qui y a vu un certain potentiel et à ces idées d’arrangements qu’elle a trouvé sa place.

Histoires

Anne Darban : Je l’avais écrite depuis un certain temps, en rentrant d’une soirée, assez tard. Je l’avais rapidement imaginé comme une chanson pour introduire les concerts. J’aime cette idée d’une chanson qui évolue dans sa structure, un peu comme un tourbillon et qui n’a pas forcément de refrain. Les arrangements de Benoît lui ont donné une nouvelle couleur.

De l’eau

Anne Darban : Je l’ai écrite au lendemain des attentats du 13 novembre. J’avais besoin d’écrire. Dans ces circonstances, on va vite sur des textes très sombres. Je crois qu’il pleuvait. Et on pleurait. Alors assez rapidement, je me suis dit que l’eau était un élément intéressant.

Anne Darban – De l’eau

Par pudeur peut être, j’aime assez qu’on ne perçoive pas le sens initial de ce morceau. Ou qu’on puisse au moins l’envisager dans d’autres contextes. Je me suis dit qu’avec les arrangements, le rythme, la mélodie, ce titre devrait être plus pop encore que les autres et contraster avec les circonstances de sa naissance.

Top 10

Ton disque de l’année 2016 ?

Anne Darban : J’hésite entre deux. Mais je vais dire l’EP Dans la matière de Ladylike Lily. Cet EP de 6 titres, je l’adore, il m’accompagne depuis plusieurs mois.

Le disque que tu attends le plus ?

Anne Darban : Le prochain Baden Baden.

Le disque que tout le monde a écouté sauf toi ?

Anne Darban : Il y a en plein. Je n’ai pas écouté le dernier Leonard Cohen notamment. Je connais d’ailleurs assez mal cet artiste.

Ton disque préféré de Delerm ?

Anne Darban : A Présent. Je n’ai peut être pas assez de recul, car il vient de sortir et je l’écoute tout le temps. Mais c’est certainement mon préféré.

Vincent Delerm – Je ne veux pas mourir ce soir

Ta chanson préférée de Beaupain ?

Anne Darban : Je peux vivre sans toi, qu’il a écrite pour la BO des Biens Aimés et chantée successivement par Ludivine Sagnier et Catherine Deneuve.

Ton affiche préférée de film de Truffaut ?

Anne Darban : Domicile Conjugal. J’en ai une version originale chez moi. C’est sûrement mon film préféré de Truffaut.

Le producteur de tes rêves ?

Anne Darban : Peter Von Poehl.

Le meilleur endroit pour voir un concert ?

Anne Darban : Le Trianon.

Le meilleur endroit pour faire un concert ?

Anne Darban : Ayons un peu d’ambition… Le Trianon ! Sinon actuellement, Les Trois Baudets, cette salle est super, j’ai adoré y jouer

Le refrain ultime ?

Anne Darban : Week-end à Rome de Daho (peut être car je l’ai reprise dernièrement en concert alors c’est celle qui me vient spontanément).

Etienne Daho – Week-end à Rome

Montgolfière d’Anne Darban est disponible via le label Microcultures.
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Pouet? Tsoin. Évidemment.
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