Minuit avant la nuit

Trois ans après Dolorès, Jean-Louis Murat surprit tout le monde avec Mustango. Il avait emmené son spleen aux Etats-Unis et en avait profité pour enregistrer ses morceaux en Arizona avec deux Calexico et à New-York avec Marc Ribot et Jennifer Charles d’Elysian Fields.

Sur ce disque, Murat fait ce que les Swell auraient dû faire en 1997. Les couleurs de ses chansons sont hallucinantes et le son de ce disque n’a pas pris aucune ride. Tout comme la pochette réalisée par Frank Loriou.
En 1999, on aimait perdre du temps en flânant chez les allées d’un disquaire. En 1999, on aimait tomber sur les disques de Bill Callahan encore caché derrière (le) Smog, de Wilco ou de Ron Sexsmith. En 1999, on sait qu’on se rappellera toujours du moment de la découverte de la pochette de Mustango. Quatre ans avant sa Lilith, Murat trouva sa Gigi grâce à Loriou. Depuis Jean-Louis Murat a écrit de grands disques, Frank Loriou a fait de grandes pochettes… Mais au départ, il y avait Mustango. Retour sur la naissance de cette pochette avec son auteur.

De quand date ta rencontre avec Jean-Louis Murat ? Tu avais déjà travaillé avec lui sur Live In Dolores/Murat en Plein Air en 1998…

Frank Loriou : Alors que j’étais jeune responsable du service graphique de Virgin France, j’ai effectivement travaillé sur le Live in Dolorès, dont la maquette avait été créée par Paul Ritter, directeur artistique image du label. Mais c’est pour la création de la pochette de l’album Mustango que j’ai rencontré Jean-Louis sur ses terres, en 1998. Nous avons longuement parlé, il m’a montré beaucoup des autoportraits qu’il réalisait au quotidien. Il ne souhaitait plus être photographié par qui que ce soit à l’époque, et cela dura une dizaine d’années d’ailleurs, et produisait beaucoup d’images, dont il a tiré plus tard le livre « Le dragon aux 100 visages ». Il m’a également longuement parlé de l’histoire du Royaume du Mustang, qui l’a beaucoup inspiré dans l’écriture de cet album. Et nous avons partagé de la bonne charcuterie et commenté le Tour de France, selon un rituel désormais bien établi entre nous.

Jean‐Louis Murat – Jim

Comment s’est déroulée la genèse de la pochette de Mustango ? Comment avez-vous travaillé ?

A partir des inspirations de Jean-Louis autour de cet album, j’ai fait une recherche graphique de mon côté, à partir de différents visuels. Puis tout à coup Jean-Louis m’a envoyé l’image qui est devenue la pochette, et qui s’est immédiatement imposée à nous par sa simplicité. Les meilleures pochettes s’imposent d’elles mêmes.

La photographie de Murat est signée FOB. C’était une exigence de Murat que d’avoir une photographie de lui sur la pochette ?

Je crois que Jean-Louis s’était un peu senti dépossédé de l’image sur l’album Dolorès, très conceptuel et un trop précieux pour lui, et qu’il a voulu quelque chose qui lui ressemble davantage, plus brut, plus naturaliste. Son travail d’autoportrait l’a amené naturellement à figurer sur la pochette, sans que ce soit pour autant une exigence de sa part.

Il y a eu plusieurs projets de pochette ?

Oui, j’avais fait une recherche assez poussée à partir de documentations sur le Royaume de Mustang, mais c’est une piste que nous avons assez vite abandonnée.

Quelle typographie as-tu utilisé sur cette pochette ? Pourquoi ?

La typographie doit s’appeller « Gigi » si mes souvenirs sont bons, et c’est Jean-Louis qui l’a choisie également, parmi de nombreuses propositions.

Quel est le meilleur souvenir lié à cette collaboration ?

Ma rencontre avec Jean-Louis, et la réelle amitié qui s’est établie au fil du temps, est l’une des plus belles Choses que mon métier m’ait apporté. Sur l’album Mustango j’étais fraîchement arrivé à Paris, et particulièrement timide, il m’impressionnait beaucoup, mais j’avais le sentiment de vraiment comprendre son travail, sa démarche. Il a su lire en moi aussi je crois des valeurs et une approche artistique communes, et lorsqu’il m’a rappelé une dizaine d’années plus tard pour le photographier, nous avions une réelle et profonde harmonie dans nos envies et les images que nous avons réalisées. C’est toujours un grand plaisir de le photographier, il a ce génie de créer instinctivement des instants magiques à partir de ce qui simplement nous environne. C’est très excitant pour un photographe.

Quelle est ta chanson préférée de ce disque ?

Il y en a tellement, l’album est sublime. Mais si je dois absolument en choisir une, ce serait Nu dans la crevasse, un monument d’élégance, de poésie, de mystère, d’intensité, et d’une durée de 10 minutes, quand même. Un voyage. Et sa version live sur Muragostang est juste prodigieuse également.

En 1999, tu signes la pochette de Leslie Winer et de Tiersen… Quelle année ! Quels souvenirs gardes-tu de cette année ?

Yann Tiersen, Le Phare, sorti en 1998, est le premier album dont j’ai fait le graphisme dans toute ma carrière. Il s’en est suivi un long compagnonnage également. Leslie Winer, Witch est sorti en 1999, c’est un album désormais culte, dont je suis très fier, et que j’écoute encore très souvent. Mais il y eut aussi Manu Chao et Clandestino sorti également en 1998. Et le dernier album des Innocents, avant leur séparation. C’était assez magique de travailler sur tous ces albums essentiels pour le jeune graphiste que j’étais, pas encore photographe à l’époque.

Jean‐Louis Murat - Mustango

Mustango de Jean-Louis Murat est disponible chez Pias Le Label/PIAS.
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Tracklist : Jean-Louis Murat - Mustango
  1. Jim
  2. Les Hérons
  3. Polly Jean
  4. Nu Dans La Crevasse
  5. Mustang
  6. Bang Bang
  7. Belgrade
  8. Viva Calexico
  9. Les Gonzesses Et Les Pédés
  10. Au Mont Sans-Souci
  11. Le Fier Amant De La Terre