[1999 – 2019] Puzzle (Never Forget)

Tahiti 80
Louis - 24/09/2019

En 1999, on a assisté à la dernière éclipse totale du soleil, on a vu l’Assemblée Nationale adopter le PACS et on a été peu nombreux à apprécier Eyes Weyed Shut de Stanley Kubrick. En 1999, un groupe français va éclipser toute la concurrence au point de se faire adopter par le public européen ET japonais. En 1999, Tahiti 80 publie Puzzle, son premier disque et met tout le monde d’accord.

Certains mettent quelques disques à trouver le bon tempo, le bon modèle. Pas Tahiti 80 qui allume la bonne mèche dès le départ avec Puzzle. Découvrir Tahiti 80, c’était tomber nez à nez avec des compositions pop sensibles et diablement efficaces et écouter la voix de Xavier Boyer. On écoutait depuis quelques années Vedder et Blur. Et d’un seul coup, on découvrait un groupe français qui avait un chanteur du niveau des groupes anglais.
Découvrir Tahiti 80, c’était une petite révolution musicale (grâce aux morceaux) et graphique (grâce au travail de Laurent Fétis).

Retour sur la genèse de ce disque avec Xavier Boyer.

Comment vous êtes-vous retrouvés sur Atmosphériques ?

Xavier Boyer : A l’époque à Rouen, il y avait un organisme qui s’appelait le C2R (Centre Régional du Rock) qui faisait la promotion des groupes régionaux, je crois que l’histoire est que Pascal Dauzier le DA d’Atmosophériques a entendu un morceau (Things Are Made To Last Forever) en passant voir leur stand et que ça lui a plu. Il a récupéré le contact de notre manager, Jérôme Boitout et nous a demandé plus de morceaux et un rendez-vous. Problème c’est qu’on sortait de discussions avec d’autres labels qui nous avaient tous demandé de chanter en français pour les fameuses histoires de quotas et qu’Atmosphériques était le label de Louise Attaque qui incarnaient tout ce que nous n’aimions pas dans le rock français ! On a donc pris du temps pour répondre, et Jérôme a fini par nous forcer à rentrer en contact et nous a dit que Pascal était sur la même longueur d’ondes que nous, et ne voulait pas nous changer.

Atmosphériques semble miser gros sur vous puisqu’Andy Chase produit le disque, Eric Matthews vient jouer de la trompette et on trouve un Fountains Of Wayne aux claviers. Vous avez eu la main sur le choix de ces trois personnes ?

La rencontre officielle s’est faite lors du défunt Festival Les Inaperçus où l’on jouait avec les William Pears. Marc Thonon le big boss d’Atmosphériques a assisté au concert, et quasiment à l’issue de notre discussion, ils ont parlé d’enregistrer un album à NYC avec Adam Schlesinger. Finalement, le manager français d’Ivy à l’époque groupe dans lequel évoluaient Adam et Andy Chase a poussé pour que ce soit Andy qui réalise le disque. Franchement, pour nous à l’époque c’était tellement énorme que l’un ou l’autre c’était quasiment la même chose ! Pendant les sessions, Adam passait régulièrement écouter, Andy a du lui proposer de jouer du piano sur Made First. Je me souviens lui avoir demandé fièrement, « tu veux que je te donne les accords? », il a décliné poliment, en disant que ça devrait aller, je ne savais pas qu’il avait l’oreille absolue…. bref. Il a ensuite joué une partie d’orgue sur Hey Joe. Pour Eric Matthews, c’est un peu différent, on était en studio on avait des idées de parties de trompettes, Andy et nous étions fans de son album solo et de son groupe Cardinal. Andy a chopé son numéro et l’a fait venir pour 2 jours à NYC.

Tahiti 80 – Heartbeat

Le disque a été mixé par Tore Johansson (The Cardigans). Là encore, c’est vous qui avez choisi ?

Pour le coup oui, on avait une liste de mixeurs qui nous plaisaient et Tore plaisait aussi bien à Atmo, Andy ou à nous. C’était LE producteur du moment et il a dit oui assez rapidement. On avait fini les sessions en décembre 1998 et on est partis en février 99 à Malmö en Suède, au studio Country Hell, car loin de tout, routes enneigées, campagne etc ! Rétrospectivement, il y avait un côté The Shining dans ce lieu, un peu coupé du monde. Ce qui est marrant c’est qu’avant de partir, Eggstone (co-propriétaires du studio) avaient joué à Rouen, on leur avait prêté des cymbales et on avait pu faire connaissance avant que Per Sunding ne vienne nous récupérer au ferry Copenhague/ Malmö. La maison était tellement grande qu’il y avait plusieurs cabines avec d’autres producteurs, pleins de chambres avec des instruments partout, c’était dingue, mais on était là pour écouter et regarder Tore mixer.

Tahiti 80
© Sylvain Marchand

Le disque a été enregistré à New-York. Dans le studio d’Andy Chase ? C’était dans quel coin de New-York ?

Le studio qui s’appelait à l’époque « The Place » se situait dans le Meat Packing District, totalement gentrifié aujourd’hui. Au même étage il y avait le studio de Jim Waters où Jon Spencer enregistrait ses disques. Quand on enregistrait des prises acoustiques, l’ingé son allait voir le studio voisin pour lui demander de baisser le son. Après Puzzle, « The Place » est devenu « Stratosphere » mais a brûlé peu de temps après. Ils ont réussi à sauver du matériel et se sont déplacés quelques blocks plus haut vers Chelsea, où nous avons enregistré Wallpaper For The Soul quelques années plus tard.

Vous avez mis combien de temps à l’enregistrer ?

De mémoire on a du bosser de mi-octobre jusqu’a mi-novembre. L’enregistrement se passait super bien, mais Andy étant perfectionniste et nous aussi, on n’avait pas fini les prises à la fin du séjour. Comme on était programmés aux Trans, impossible d’annuler, on est rentrés complètement décalés pour répéter, et jouer, c’était quasiment fait un A/R express. On a décollé quelques jours après, fatigués mais encore plus motivés pour finaliser les enregistrements.

Quels souvenirs gardes-tu de cet enregistrement ? C’était votre premier disque… Cela a dû être un moment très spécial.

C’était plein de choses à la fois : presque trop beau pour être vrai, entre le cliché du groupe qui part à NYC pour son premier album. En gros la démesure de l’industrie du disque, et d’un autre côté 4 copains qui sortent de chez eux, presque pour la première fois ! entre rêve et réalité, en tout cas c’est sûr que ça allait bien au-delà de nos espérances de jeune groupe.

Tahiti 80
© Sylvain Marchand

Je viens de relire la chronique de Doukhan dans les Inrocks. Les retours ont été plus que positifs. Vous étiez stressés par rapport à la presse ? Vous avez été surpris par l’engouement lié à ce disque ?

C’est compliqué parce que quand tu as la tête dans le guidon et que tout est nouveau, tu as tendance à faire abstraction de ce qui t’entoure. Il y a un flou artistique qui entoure toute cette période, c’était assez grisant. Je crois que le choc pour nous ça restera le premier voyage au Japon et tout l’engouement autour de nous, à l’époque, et encore aujourd’hui, ça nous a semblé complètement fou.

Tu te rappelles de la tournée qui a suivi la sortie du disque ? Elle était importante ?

Il y avait des contrastes étonnants, on jouait en France où les gens étaient polis mais pas hyper enthousiastes, et on passait la frontière, en Belgique notamment et là on avait des morceaux qui passaient en radio et c’était une autre histoire, les gens qui chantent, qui demandent certains morceaux. Après la grosse année, ça reste 2000 où en l’espace d’un mois on joue à Londres, Tokyo et Los Angeles, c était constamment le grand écart.

9) Quels sont tes disques préférés de 1999 ?

Midnite Vultures de Beck, Soft Bulletin des Flaming Lips, Darkdancer des Rythmes Digitales, le premier Supergrass et Apple Venus Vol.1 des XTC. Et surement aussi l’album des Chemical Brothers

Things Are Made to Last Forever est ma chanson préférée de ce disque… Tu te rappelles du moment de son écriture ?

J’avais un copain néo-zélandais, Sean, qui me filait un coup de main pour la relecture des textes. Il était cool, mais un peu dépressif parfois. Il n’avait pas eu une vie très facile, donc je me suis inspiré de ses changements d’humeur pour cette chanson, qu’il a lui même validé ensuite sans savoir que ça parlait de lui !
Pour la musique, Pedro avait samplé les five stairsteps, ce qui nous a donné une couleur harmonique sur laquelle on a brodé des accords. D’ailleurs ISAAC et Revolution 80 avaient été aussi composés avec des samples, de batterie ou de dialogues. Pour en revenir à Things Are Made to Last Forever, on avait ce bridge sur lequel je sifflotais un arrangement mais on n’avait jamais rien enregistré. On a écrit l’arrangement avec Eric Matthews en studio, je sifflais et lui rejouait puis harmonisait. Spontané !

Tahiti 80 - Puzzle

Puzzle de Tahiti 80 est disponible chez Atmosphériques.
Fear of an Acoustic Planet de Tahiti 80 sera disponible le 11 octobre 2019 chez Human Sounds/Big Wax.


Tracklist : Tahiti 80 - Puzzle
  1. Yellow Butterfly
  2. I.S.A.A.C
  3. Heartbeat
  4. Made First (Never Forget)
  5. Mr. Davies
  6. Swimming Suit
  7. Hey Joe
  8. Puzzle
  9. Easy Way Out
  10. Things Are Made To Last Forever
  11. Revolution 80
  12. When The Sun

Les prochains concerts de Tahiti 80 en France

DateSalleVilleTickets
22 Nov 2019Café de la DanseParisAcheter un Ticket
Dates de concerts fournies par Bandsintown
Pouet? Tsoin. Évidemment.

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