A l’occasion de leur concert à la Maroquinerie de Paris, nous avons rencontré Xavier et Médéric de Tahiti 80. Près de 20 ans après Puzzle ils reviennent ensoleiller nos oreilles avec Sunshine Beat Volume 1.
Interview…

Vous allez fêter vos 20 ans discographiques, si c’était à refaire, que changeriez-vous ?

Xavier : On a écrit dans Natural Reaction, notre nouveau single I don’t know why I used to say regrets are for the weak. On a essayé de maîtriser ce qui était de notre ressort et notre parcours est plutôt assez bon.
Médéric : on n’a jamais vraiment eu le temps en 20 ans de s’arrêter et de regarder derrière. C’est arrivé sur la réédition de Puzzle, c’était la seule fois en 20 ans, ou nous avons regardé en arrière.

La tournée de réédition de Puzzle a-t-elle eu une influence sur le son de votre nouvel album ?

Xavier : Oui forcément, on a regardé dans le rétro, rejoué les chansons que nous n’avions pas joué depuis quinze ans, qui avaient disparues de nos set lists. Hey Joe par exemple, c’était plaisant çà jouer, ce sont des morceaux fait pour jouer dans des stades, ça nous a fait réfléchir à ce qu’est la pop. A cette époque nous appliquions la recette pop à la lettre, nous voulions écrire de gros tubes. Puzzle étant la pierre de notre maison, notre œuvre, on ne voulait pas reproduire ce qui était déjà fait. Y replonger, nous a fait prendre conscience que c’était génial de faire des choses efficaces et directes. Puis sur Sunshine Beat, nous renouons avec la production d »Andy Chase qui était le producteur du début. Sunshine Beat n’est pas un disque que nous aurions pu faire à la place de Puzzle, mais il a cette fraîcheur. C’est une réaction aussi au disque précédent Ballroom qui avoir une noirceur, un coté dark sur la production, le son, c’était moins joyeux.

Les projets personnels vous ont fait rebondir ?

Xavier : Oui, ça permet de s’échapper, on apprend beaucoup de choses, on a d’autres idées en revenant. C’était nécessaire. On a pas changé de cadre, on a toujours écrit des chansons pop, c’est notre passion, mais on en a écrit une centaine. On a toujours envie de changement, et ce changement peut venir des expériences solos.

Vous avez votre propre studio à Rouen comment se passent les compositions ?

Xavier : Pedro et Mederic habitent toujours Rouen, moi je suis entre Paris et Montpellier, les choses se font en partie à distance, il y a plus de travail personnel sur ordinateur, moins de répétition, on arrive avec des morceaux assez avancés que l’on met en commun. Avoir son studio, c’est un peu un piège aujourd’hui, tu peux changer des micro détails sur chaque prise. On est très perfectionniste, sur cet album on travaillait avec Andy Chase qui venait tous les trois mois passer une dizaine de jours, ce qui coupait les sessions.C’est bien d’avoir son studio mais j’aimerai bien changer de formule.
Méderic : l’avantage avec un producteur c’est que cette personne est là pour faire les choix sur les réglages etc et tu gagnes du temps sur ces aspects.
Xavier : la musique c’est aussi faire des rencontres, sur l’album précédent, on avait travaillé avec Richard Swift, sur mon dernier album solo j’étais avec Stéphane Laporte de Domotic.

TAHITI80

© Fred Hédin

Chacun sa spécialité ?

Xavier : Oui on peut comparer ça avec le fait de ne plus avoir de label, on maîtrise notre carrière mais parfois on aimerait que ce soit comme il y a 15 ans, avoir un directeur artistique et plus de temps à passer sur la musique en elle-même, mais c’est le prix de l’indépendance. Avoir son studio, son label, ses éditions, ça demande beaucoup de responsabilité mais sur un disque comme the Sunshine Beat, on donne aux gens une version qui va assez loin dans l’idée que nous en avions, c’est ça qui est plaisant.

SK : Vous avez une belle collection d’instruments analogiques dans votre studio…

Xavier : On a un rapport un peu fétichiste à ces instruments qui t’apportent un son, mais nous avons pleins d’ampli guitares et il nous arrive d’enregistrer des guitares sur un Pod ou des simulations d’ampli. Après on a notamment une string machine au studio qui ne se remplace pas par un plugin, le son est bon, il se place vraiment bien dans le mix. On a appris aussi au fur et à mesure que c’est bien de faire un album avec de vrais instruments analogiques, et nous sommes arrivés à un bon équilibre. Il suffit parfois d’une string machine ou d’un écho pour que le son respire, mais nous ne somme pas jusqu’au-boutiste dans cet aspect.

Peut-on s’attendre un jour à un album avec des sons purement electro comme Baxter Dury et BED ?

Médéric : Il y a John Grant aussi qui a fait ça.
Xavier : Pour nous c’est plus une question de dosage, ça pourrait être intéressant de partir sur cette idée pour un prochain album car nous n’aurions pas tous nos repères. Nous cherchons l’étincelle pour le prochain album, c’est intéressant d’avoir un projet de départ et de voir sa route, sa destination.
Médéric : Les morceaux démarrent souvent par des maquettes chez nous, avec des boites à rythmes, des claviers et parfois on trouve que cette couleur de départ fonctionne, le coté DIY des maquettes fini par apporter une touche électro à l’album final.

Il y a eu un changement de line up avec votre batteur qui eu des problèmes auditifs l’empêchant de jouer de la batterie.

Xavier : Il fait surtout de la photo maintenant, il a fait beaucoup d’images pour le groupe, et Natural Reaction est une composition de lui aussi initialement.

Le changement de line-up vous a amené une évolution, apporté des choses ?

Xavier : Sur ce disque on est revenu au noyau dur du groupe, et avec Andy Chase qui était là au début. Depuis que Sylvain est parti ça a un peu changé l’équilibre, nous n’avons plus le studio de répétition et nous utilisons plus de boites à rythmes, et Raphael vient se greffer. Son planning ne nous permet pas de travailler à l’ancienne en répétant beaucoup ensemble, il a d’autres projets. Il y a d’autres personnes qui viennent se greffer aussi comme Hadrien qui joue du clavier et nous sommes heureux d’avoir ces très bons musiciens mais sur le processus créatif c’est vraiment Moi, Médéric et Pedro, le canal historique.

Tahiti 80 – Natural Reaction

Valerian 7000 est beaucoup intervenu sur vos clips...

On cherchait quelqu’un qui sorte du cadre, il a une culture musicale assez proche de la nôtre, on a fait le clip de Let Me Be your Story avec lui et nous avons beaucoup aimé, nous avons échangé des idées pour le clip de Natural Reaction. Nous cherchions une esthétique très DIY, comme les clips de Sebadoh au caméscope ou de Sonic Youth à l’époque sur MTV. On a connu des clips fait avec 100 000 euros et aujourd’hui on a moins d’argent mais il y a beaucoup d’outils pour développer ces concepts, et Valerian maîtrise très bien ces outils. Avec Valerian, c’est une rencontre artistique et humaine.

Comment gérez vous le contraste entre Tahiti 80 mainstream au Japon et le Tahiti 80 très indie en France ?

Xavier : Nous aimerions bien être mainstream partout en faisant ce qu’on fait ! On est un groupe Indie, simplement les japonais ont saisi quelque chose dans notre musique, le coté immédiat, l’efficacité avec des arrangements étranges, des changements d’harmonie. Les Japonais ont toujours répondu présent, mais en France, la perception est différente, soit c’est pas assez rock, soit c’est pas assez électro, alors que nous revendiquons le fait d’être toutes ces choses à la fois.

Médéric : Il y a eu la French Touch, nous n’avons jamais fait parti de ces scènes.
Xavier : Il y a maintenant à l’étranger un genre qui est la French Pop, un écho français à la Brit pop. Quand on écoute le groupe Australien Parcels, on a l’impression que leurs plus grosses influences sont les groupes Français comme les Daft Punk ou Phoenix.

Dans les années 90 il y avait une frontière entre les groupes Indie et le Mainstream.

Xavier : Il y a un mélange des genres aujourd’hui, un coté un peu cynique « tes fans m’intéressent ». Paul McCartney avec Kanye West par exemple, ce qui donne des choses un peu hybrides.
Dans la presse musicale par exemple, Pitchfork, tu n’as maintenant que des news sur les Kardashians, la musique ne suffit plus, tu dois avoir des choses super graves à raconter. Il ne fait pas oublier qu’à la base nous sommes là pour la musique.
Nous n’avons jamais été prêt à tout pour que ça marche. Mais par définition l’essence de la pop, c’est de toucher les gens, mais encore une fois nous ne sommes pas prêt à tout pour y arriver.

Les plateformes de streaming permettent aux groupes de traverser les frontières, pour vous qui avez été connu à l’étranger avant ce phénomène, est ce que ça vous apporte quelque chose ?

Xavier : Je trouve ça génial, je peux passer des heures à découvrir des artistes.
Médéric : C’est mieux qu’une Fnac en province, mais ce sont les mêmes artistes que l’on te vend si tu ne va pas chercher.
Xavier : C’est un paradoxe, tout est disponible et en même temps, la presse ne fait plus découvrir d’artistes.
Apres financièrement c’est plus la même donne et nous avons eu de la chance de commencer il y a 20 ans et d’avoir beaucoup d’argent investi sur nous à l’époque. Ça nous a permis d’avoir notre studio. En fait il n’y a jamais eu autant de musique qu’aujourd’hui mais ça n’a jamais été aussi difficile d’en vivre.

Tahiti 80 - The Sunshine Beat Vol.1

The Sunshine Beat Vol.1 de Tahiti 80 est disponible chez Human Sounds.

Tahiti 80 - the sunshine beat

Tracklist

Tahiti 80 - The Sunsh!ne Beat, Vol. 1
  1. Let Me Be Your Story
  2. Natural Reaction
  3. Sound Museum
  4. My Groove
  5. Wonderboy
  6. Hurts
  7. To Anyone Strung
  8. Turning Point
  9. Jokers

Les photographies utilisées pour cet article sont la propriété de Fred Hédin.