[1990 – 2020] Sublime Submarine

Pete Astor© Philippe Dufour
Louis - 31/12/2019

Ils sont tous les deux dans ce bar de Pigalle situé au 114 boulevard Rochechouart. Le premier est Peter Astor, ex leader de The Loft et de Weather Prophets. Soutenu mordicus par Creation Records, il s’apprête à sortir Submarine, son premier disque solo, et à prendre tout le monde de court avec. Le second est Renaud Monfourny, photographe du mensuel Les Inrockuptibles. Son collègue Stéphane Deschamps défendra dans quelques mois le disque le temps d’une belle chronique… Mais pour l’instant, ils sont tous les deux dans ce bar de Pigalle situé au 114 boulevard Rochechouart.

Ils se sont rencontrés quand Peter Astor jouait dans The Loft et quand ses chansons étaient produites par Joe Foster et John A. Rivers. Un respect, une admiration, une amitié indéfectibles les lient. Ils se retrouvent dans ce café parisien pour faire des photographies. Renaud Monfourny est armé de son Nikon argentique et d’une pellicule photo couleurs. Un garçon de café les prévient qu’ils ne sont pas autorisés à prendre des photographies. Renaud fait les photographies. En les regardant 30 ans plus tard, on voit un Anglais de 30 ans qui trône sur la Seine malgré le fait qu’il remonte la Tamise à contre-courant. En 1990, l’Angleterre ne jure que par l’électronique et Creation par le shoegaze avec les EPs de Ride et de My Bloody Valentine
Avec Submarine, Peter Astor joue toujours aux cartes avec ses idoles (Television, Lou Reed). Mais ce coup-ci, c’est lui qui remporte la manche. Économe et toujours sur la retenue, Astor a enregistré un disque d’une classe folle.
Un an plus tard, Renaud Monfourny partira à Londres pour photographier Astor. Un des clichés, pris dans un Londres enneigé, finira sur la pochette de Zoo, la suite de Submarine. Mais ça, c’est une autre histoire.

D’où vient le titre de ce disque ?

Le titre de l’album est celui d’un titre d’une des chansons. Cette chanson résume en quelque sorte le sentiment que je pensais être adapté à l’album dans son ensemble. Et en plus, il s’agit d’un mot très cool. Et c’est un mot qui donnerait une journée de travail à Freud.

Peter Astor – Club tourne-disque (Submarine, version acoustique, 1990)

L’artwork du disque est signé Shanghai Packaging Company. Derrière ce nom se cache Lawrence (Felt, Denim, Go-Kart Mozart). Comment vous-êtes vous rencontrés ? Durant l’enregistrement de Me And A Monkey On The Moon ? Et pourquoi l’as-tu choisi pour l’artwork de ce disque ?

Je suis ami avec Lawrence depuis les débuts The Loft. On s’est rencontré lors d’un concert à Birmingham en 1985. Nous sommes apparus au même moment, aux débuts du label Creation. Nous avions le sentiment que nous étions des âmes sœurs grâce à notre culture commune. C’est devenu plus connu aujourd’hui mais à l’époque nos goûts étaient considérés comme très spéciaux. Cela nous a lié. Nous avons toujours parlé de visuels et il semblait tout à fait juste que Lawrence fasse la pochette ; il a également eu l’aide de Vaughan et de Chris de 23 Enveloppe. Ce fut un immense avantage pour la pochette.

Le dernier disque de Felt a-t-il eu une influence sur toi et donc sur Submarine ?

Pas particulièrement. J’ai toujours été un immense fan de Felt. Mais pour moi, le meilleur de Felt tient dans le disque Space Blues, quand Felt explore des sons qui sont tout sauf des sons de guitare.

Submarine était ton premier disque solo. Est-ce que cette sortie t-a particulièrement stressé ?

Je suppose, je voulais juste le rendre aussi bon que possible. Creation m’a donné un budget correct et j’ai pu passer pas mal de temps à travailler avec Brian O’Shaughnessy aux Bark Studios.

Quand as-tu écrit les chansons de ce disque ?

La plupart d’entre elles ont été écrites au cours des deux ou trois années qui précédent le disque; même si Beware était une chanson que je jouais dans The Loft. Une chose qui, selon moi, fait une différence dans cet album, c’est que je me suis assuré que j’y incluais les meilleures chansons que j’avais en ma possession. Je pense que chaque chanson de l’album est forte et c’est important. Le disque est également arrivé à un moment où je passais beaucoup de temps à écrire, à chanter et à jouer de la musique…. J’étais donc en forme quand je l’ai enregistré.

Ce fut un enregistrement facile ? Combien de temps cela t-a pris ?

Cela a pris un certain temps… Honnêtement, je ne me souviens pas combien de temps… Quelques mois peut-être avec des moments de pause.

Pourquoi l’as-tu produit toi même ?

Je pensais que j’étais la meilleure personne pour réaliser ce que j’avais en tête pour le disque.

Pourquoi avoir choisi de travailler avec Brian O’Shaugnessy ?

Nous nous connaissions bien et son studio était juste en bas de chez moi. Il connaissait aussi très bien le studio et l’équipement qu’il utilisait – ce qui signifiait que nous pouvions nous concentrer sur la descente des idées plutôt que de nous soucier de la façon de les descendre.

Comment as-tu trouvé le son de ce disque ?

J’aime un peu ça. Cela ressemble un peu à une guitare acoustique et à un enregistrement vocal en termes d’équilibre entre la voix et la musique, mais la musique elle-même est plus textuelle. Ce qui est assez inhabituel pour un auteur comme moi.

Les photographies de la pochette sont signées Renaud Monfourny (Les Inrockuptibles). Où ont-elles étaient prises ? Pourquoi les avoir choisies ?

Renaud a choisi l’emplacement, qui s’est avéré être fantastique. C’était près de Pigalle. Je pense que je suis allé là-bas la dernière fois que j’étais à Paris et je parlais au directeur et il a dit que l’endroit avait été re-décoré dans les années 90. Mais ce n’était peut-être pas le même endroit. J’aime aussi le couple en arrière-plan. On dirait qu’il y a là une sorte de récit.

Quelles étaient tes relations avec Creation en 1990 ?

Creation était très centré sur la scène rave. Alan, Dick…. Tout le monde m’a totalement soutenu dans ce que je voulais faire, mais le sentiment général du label était beaucoup plus centré sur le « Everything with an E ».

As-tu des regrets par rapport à ce disque ?

C’est toujours une question difficile. D’une part : bien sûr ; de l’autre ; après quelques années, j’ai déterré une copie du disque et j’écoute le tout et je l’aime toujours ! Donc, pas de regrets, juste quelques leçons apprises, comme toujours.

Merci Renaud pour tes mots.
Submarine de Peter Astor est disponible chez Creation Records.
Peter Astor sera en concert le 14 février 2020 au Centre Culturel de Lesquin avec Studio Electrophonique.


Tracklist : Peter Astor - Submarine
  1. Beware
  2. Walk Into The Wind
  3. Firesong
  4. Your Sun Leaves The Sky
  5. Holy Road
  6. I Wish I Was
  7. Somewhere Else
  8. Emblem
  9. On Top Above The Driver
  10. Submarine
  11. Chevron

English text

What’s the reason behind the name of this LP ?

The album’s named after the title song; that song kind of sums up the feeling that I thought would fit the album as a whole. Plus, it’s just a very cool word. And, of course, Freud would have a field day with it!

The Submarine Artwork was done by Shanghai Packaging Company. This « company » was Lawrence. How did you meet him ? During the Me And A Monkey On The Moon ? Why did you choose Lawrence for the Submarine artwork ?

I’ve been friends with Lawrence since he put up The Loft when we played in Birmingham in 1985. We just hit it off – in the early Creation days, there was a feeling of us being kindred spirits that came from our similar tastes and cultures – that’s now become more common but at the time what we liked felt far more secret and special. And we bonded over that. Sleeve-wise, we always talked about visuals and it seemed exactly right that Lawrence should do the sleeve; he also had the help of Vaughan and Chris at 23 Envelope which was a massive advantage to the look of the sleeve too.

How did the last Felt record influenced you for Submarine ?

Not particularly – I was always a great fan and supporter but the best Felt record for me at that time was Space Blues. It felt right to be exploring sounds that weren’t just guitar-based.

Submarine was your first solo record. There was a particular stress for this issue?

I guess – I just wanted to make it as good as I could. I had a good budget from Creation, so I could spend a good amount of time working on the music with Brian O’Shaughnessy at Bark Studios.

When did you write the songs for this record ?

Most of them were written in the previous two or three years; although Beware was a song that I’d been playing in The Loft. One thing that I think makes a difference about this record is that I made sure that I included the best songs that I had on it – I think every song on the record is strong and that’s important. The record also came at a time when I was spending a lot of time writing, singing and playing music, so it’s like I was properly ‘match fit’ when I recorded Submarine.

How easy was this recording process ? How did long it take you ?

It took a while – I honestly can’t remember how long…a few months maybe, on and off.

Why did you produce yourself this record ?

I thought I’d be the best person to realise what I had in mind for the record.

Why did you choose to work with Brian O’Shaugnessy ?

We knew each other well and his studio was just down the road from where I lived. He also knew the studio and equipment that he used really well – this meant that we could concentrate on getting ideas down rather than worrying about how to get them down.

How did you find the sound of this record ?

I kind of like it. It feels a bit like an acoustic guitar and voice record in terms of the balance between voice and music, but the music itself is more textual and unusual than a straight up singer-songwriter record.

The pictures for the cover album was done by Renaud Monfourny (Les Inrockuptibles). Why did you choose them ? Where did you shoot them ?

Renaud chose the location, which was fantastic. It was near Piagalle. I think I went past there last time I was in Paris and I was speaking to the manager and he said the place had been re-decorated in the ‘90s. But it may not have been the same place. I also like the couple in background. It feels like there some kind of narrative there.

What was the mood with the team of Creation Records in 1990 ?

It was very much centred on the rave scene. Alan, Dick and everyone totally supported me in what I wanted to do but the general feel in the company as a whole was far more leaning towards ‘Everything with an E’.

Do you have some regrets about this record?

That’s always a tough question. On the one hand: of course; on the other; after quite a few years I’ve dug out a copy of the record and am listening to the whole thing and I still like it!
So, no regrets, just some more lessons learnt, as always.

Pouet? Tsoin. Évidemment.

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